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Lire ou Courir : ne plus choisir
Jean Echenoz   Courir
Les éditions de Minuit 2008 /  13.50 € - 88.43 ffr. / 141 pages
ISBN : 978-2-7073-2048-3
FORMAT : 13,5cm x 18,5cm

Date de parution : 09/10/2008.
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Deux ans après l’extraordinaire Ravel, Jean Echenoz nous offre aujourd’hui le deuxième volet d’une trilogie sur des figures célèbres du XXe siècle. Première surprise : le romancier délaisse la sphère artistique, qu’il avait sondée par le biais du compositeur du Boléro, pour le monde du sport. Car celui qui court, dans Courir, n’est autre que le grand champion de demi-fond Emil Zatopek.

Dans le même temps, Jean Echenoz ne cherche pas à faire une biographie au sens strict du terme. Ecrire «Emile» et non «Emil» est sans doute la discrète mais décisive indication de ce décalage par rapport à la véritable histoire du champion tchécoslovaque. Ce qui retient l’auteur des Grandes blondes réside davantage dans la volonté de construire un personnage éminemment paradoxal. Emile n’aime pas le sport, mais lorsqu’on lui demande de courir, il s’exécute docilement. Emile est celui qui court le plus vite, mais il est celui qui court de la façon la plus inesthétique. Emile est ballotté par les autres, par l’Histoire, par ses propres capacités. Echenoz fait de son personnage une sorte de bille de flipper, petit élément baladé au grès des événements, pure succession de trajectoires diverses. Emile est davantage un mouvement qu’un personnage au sens commun du terme : mouvement du coureur, autour des stades, le long des routes, mouvement du voyage (en Finlande, en France, au Brésil). Emile est de bonne composition ; il va où on lui dit d’aller, s’y applique avec ténacité, en s’agaçant quelquefois des ordres un peu trop stricts du régime communiste tchèque.

En effet, et c’est une des grandes nouveautés par rapport aux précédents romans de Jean Echenoz, l’Histoire est un élément central de Courir. La Tchécoslovaquie d’Emile est successivement envahie par les Allemands, libérée par les Russes, victime d’un régime oppressif et totalitaire, puis finalement à nouveau envahie par les forces soviétiques lorsque ledit régime tentera de se faire plus doux. Emile devient tantôt un instrument de propagande, symbole du rayonnement et de la force du communisme, tantôt un élément encombrant qu’il s’agit de contrôler, de surveiller, voire de tromper. Le mouvement dont on parlait précédemment se fait alors chaotique : Emile propulsé, Emile retenu, Emile encouragé, Emile entravé.

Courir : le verbe désigne aussi l’emballement du mouvement historique, cette trajectoire souvent incontrôlable et incontrôlée du terrible XXe siècle, les grandes foulées du nazisme et du communisme. Le roman s’ouvre et se ferme significativement sur cette mobilité historique : arrivée des chars allemands, arrivée des chars russes. Courir pour oublier, pour tenter d’aller plus vite que l’Histoire, courir comme exutoire ou comme adaptation : Emile court peut-être pour toutes ces raisons, complémentaires et contradictoires. Le romancier trace ce décor et ces enjeux avec une discrète ironie et un humour impassible qui fait mouche à chaque fois (courir : rire malgré les coups ?!).

Et la phrase court aussi, bien sûr, à grandes foulées, en trébuchant parfois, parfois avec fluidité : la course est rythme, souffle, respiration, style ; elle est pleinement écriture. Jean Echenoz démontre encore une fois son extraordinaire agilité de prosateur et de romancier. Après la musique, la course : deux façons différentes de décrire les mouvements de l’écriture. Nous ne sommes pas dans la simple métaphore, mais véritablement dans une correspondance profonde. Le travail littéraire est d’autant plus magnifique qu’il se montre discret ; la virtuosité des précédents romans de Jean Echenoz sautait aux yeux ; ici, le texte s’épure, devient pur rythme, lui aussi trajectoire, vecteur, flèche rapide et précise. Qui sera la troisième figure de cette trilogie sur des hommes du siècle, des hommes du mouvement ? Parions, pour notre part, sur un inventeur, un technicien, un scientifique.

Quoi qu’il en soit, c’est avec une grande impatience que l’on attendra le dernier opus de la série, après ces deux chefs-d’œuvre que sont Ravel et Courir.


Fabien Gris
( Mis en ligne le 29/10/2008 )
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