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Bestiaire impertinent
Vincent Wackenheim   La Revanche des otaries
Le Dilettante 2009 /  16 € - 104.8 ffr. / 187 pages
ISBN : 978-2-84263-180-2
FORMAT : 12cm x 18cm
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Le texte est court mais son sujet évoque un épisode fondateur : l’Arche de Noé. Mais ce Noé-ci se révèle bien surprenant : pensez, Vincent Wackenheim nous le dépeint en tacticien politique, un brin velléitaire et, un comble sur une Arche, zoophile !

Voici donné le ton de ce petit précis d’impertinence. Et le lecteur, embarqué sur l’Arche, découvre la vie à bord, la cohabitation entre les espèces et un beau jour, comme tout cet équipage et au premier chef Noé, un couple de «dinoZores» (sic) à fond de cale… Par quel mystère sont-ils arrivés là ?

Cette énigme agite l’Arche tout entière, et commence de rompre un fragile équilibre social, dont Noé est le dépositaire. Que faire de ces encombrants invités ? C’est ainsi que se déploie un immense bazar où les bêtes sont les acteurs, ce qui est certes la moindre des choses sur une Arche, a fortiori celle de Noé. Il y est question des bêtes mais aussi des hommes. De fait, nul besoin d’aller chercher bien loin une allégorie de notre société, tant les références sont claires et abondantes, tant elles constituent une part de la «stratégie du récit». Les plus évidentes références sont politiques, clairement affichées dans ce décor burlesque. Sur le bateau, des commissions se créent et certains préconisent des «débats participatifs (les plus critiques demandant comment un débat pouvait ne pas être participatif…)». Et chaque chapelle est servie, comme ainsi : «l’affaire fut pschitt, le lion en fut affecté». Nous laisserons au lecteur le soin de dénicher la référence la plus mordante…

Parce que le texte de Vincent Wackenheim est un texte éminemment politique, qui s’ingénie à décortiquer les grands principes du pouvoir. Sont passés en revue ceux de Machiavel (conquête et conservation du pouvoir), mais avec une dérision permanente que toute cette faune accentue. La Ferme des animaux est convoquée, et avec l’humour, voici une féroce critique sociale. De tout temps, «un gouvernement gouverne, et ment».

Plus ciblées dans notre actualité, sont aussi singées nos habitudes, comme ici un phare de notre époque : «la nouvelle cuisine était tristement née, et avec elle le culte de l’insipide et du léger, du pas cuit, du franchement cru, du consommé et du diaphane. On fit du radis le symbole de l’excellence culinaire. Exit le gras et le riche, le nourrissant, le mitonné et le saignant. On sortait de table avec au ventre la curieuse impression d’avoir toujours aussi faim».

L’équilibre du texte tient en ce permanent va et vient entre les références savantes, transmis de manière ininterrompue aux élites intellectuelles par elles-mêmes, et une sous-culture de l’actualité qui y tient une place équivalente. Les professeurs de stylistique (qui jubileront), d’Histoire des idées politiques, de Théologie bien sûr, mais aussi le lycéen, l’employé de bureau, bref le petit peuple du métro sont convoqués, sans ménagement. Convoqués mais aussi interpelés. Parfois brutalement. La place du Divin ? Quelle type de société ? Répondez, lecteur, je vous empêche une lecture passive !

Quelques centaines d’années plus tôt, l’auteur se serait enfui à Ferney, lui qui s’attaque ni plus ni moins au mystère de la Création et se place dans la lignée de ceux qui caricaturaient les Papes en divers animaux. Mais derrière la construction diabolique du récit, on se risque à soupçonner une grande angoisse existentielle. Vincent Wackenheim a égratigné Noé lui-même, porté un masque de loup ou de singe, mais derrière la fumée de la critique et de l’humour, que faire de ce pessimisme et du renoncement ? Or, le bonheur s’accommode mal avec la désespérance.


Stanislas Bosch-Chomont
( Mis en ligne le 04/09/2009 )
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