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Identités meurtrières
Rachid Benzine   Nour, pourquoi n’ai-je rien vu venir ?
Seuil 2016 /  13 € - 85.15 ffr. / 93 pages
ISBN : 978-2-02-134089-1
FORMAT : 13,0 cm × 19,0 cm
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.«Toute sacralisation mène au désastre totalitaire. Toute référence à des identités individuelles ou collectives est un leurre. Il n’y a qu’une seule identité, c’est l’identité humaine».

Rachid Benzine, enseignant et islamologue, prône dans ses essais et conférences un islam contemporain et modéré. Déchiré dans sa foi et dans son humanisme par les attentats de Paris, il tente de mettre en mots son malaise, son désespoir et son questionnement... et choisit pour le faire et pour la première fois, le genre du roman. «Une partie de moi venait de s’en prendre à une autre partie de moi, d’y semer la mort et la douleur».

Un père veuf, musulman et professeur de philosophie, a élevé sa fille unique, Nour, dans la foi autant que dans les valeurs universelles. Un jour, contre toute attente, Nour disparaît. Aucune nouvelle jusqu’à ce que son père reçoive d’elle une lettre de Falloujah : Nour a tout quitté pour faire le jihad et rejoindre un «mari» rencontré sur Internet.

Le choix et la forme d’un roman épistolaire s’est rapidement imposé à Rachid Benzine. L’éloignement physique et la distance géographique le justifient. Mais le décalage temporel entre l’envoi et la réception des lettres permet aussi de montrer, d’une part, la montée de la barbarie «ici et là-bas» (les lettres couvrent la période entre 2014 et 2016), d’autre part, l’évolution dans la confrontation d’idées échangées entre Nour et son père. Au-delà de choix radicalement opposés, une complicité et un désir de comprendre l’autre demeurent, alimentés par les souvenirs et un amour réciproque.

Cet échange, parfois violent, illustre intelligemment et douloureusement toutes les contradictions ou interprétations à l’œuvre dans la pratique de l’islam, mais plus généralement dans la confrontation de deux civilisations. Le père en appelle à des notions telles que la culture, l’éducation, les valeurs humanistes et une foi tolérante, des ponts qui pourraient (devraient ?) instaurer un dialogue. Mais en face s’érigent les murs «d’un dogme mythifié par le temps» qui conduit à la terreur, aux persécutions, aux exécutions, aux viols et à l’esclavage.

Nour, convaincue d’avoir atteint le «Paradis», tente de justifier sa radicalisation, son endoctrinement en évoquant les crimes commis par l’Occident envers les populations arabes et musulmanes, et d’imposer sa décision de se dévouer à ce qu’elle croit être la cause juste de cette religion, en rejetant une à une les idées prônées par son père et dont elle était pourtant imprégnée. La relation entre ces deux êtres ne tient plus que par l’écriture, fil ténu et pourtant indestructible, lien d’amour qui rattache encore deux mondes séparés.

Le titre l’indique bien, tout est questionnement et doute dans le désespoir de ce père incapable d’accepter la perte de sa fille : aurait-il pu prévenir le désastre ? Peut-il encore guérir l’esprit de son enfant ? Au-delà de l’histoire familiale, Rachid Benzine élargit ce questionnement au monde dans lequel nous vivons : s’agit-il (et suffit-il) d’opposer civilisation et barbarie, raison et religion, modernité et archaïsme pour constater les dérives et trouver les réponses ? Dans la recherche de la vérité d’une foi, le doute est non seulement permis mais souhaitable face à des certitudes qui n’engendrent que «la hargne, la bêtise, l’ignorance et la lâcheté».

«N’avons-nous donc rien à offrir à notre jeunesse ?», demande-t-il. Le rire et la culture sont-ils encore des armes capables de nous sauver ? On ne peut s’empêcher de penser aux interrogations d’Amin Maalouf : «A l’ère de la mondialisation, avec ce brassage accéléré, vertigineux, qui nous enveloppe tous, une nouvelle conception de l’identité s’impose – d’urgence. Nous ne pouvons nous contenter d’imposer aux milliards d’humains désemparés le choix entre l’affirmation outrancière de leur identité et la perte de toute identité, entre l’intégrisme et la désintégration».

Rachid Benzine, pourtant, veut conclure son roman avec une note d’espoir, celui que le monde arabe soit un jour «un monde meilleur, apaisé, ouvert sur la planète». Le prénom «Nour» ne signifie-t-il pas «lumière» ?


Sylvie Koneski
( Mis en ligne le 03/02/2017 )
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