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La Condition politique
Jean-Marie Rouart   Les Romans de l'amour et du pouvoir
Robert Laffont - Bouquins 2017 /  30 € - 196.5 ffr. / 960 pages
ISBN : 978-2-221-19616-8
FORMAT : 13,2 cm × 19,7 cm

Philippe Tesson (Préfacier)

La Blessure de Georges Aslo (1975)
Les Feux du pouvoir (1977)
Avant-guerre (1983)
Le Cavalier blessé (1987)
Le Scandale (2006)

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Les éditions Bouquins réunissent cinq romans de Jean-Marie Rouart (né en 1943) dans un même ouvrage. Le premier Rouart (si l'on excepte Le Scandale), celui des années 70-80 et du roman politique (presque à thèse). Un choix arbitraire (bien que thématique) puisque les romans ne se suivent pas dans la chronologie littéraire de l'auteur. La Fuite en Pologne (1974), Le Mythomane (1980) manquent à la sélection. Ainsi que, bien évidemment, toute une série de romans parus avant Le Scandale (2006).

Rouart, élu à l'Académie française en 1997, vient du journalisme (Le Magazine littéraire, Le Figaro, Le Quotidien de Paris) et publie son premier roman en 1974 (en fait, son second puisque le précédent ne fut jamais publié). Dans les années 70-80, années idéologiques par excellence, marquées par un tournant évident, sa vision esthétique reste très ancrée dans l'univers politique avec ses réseaux, ses manipulations, ses combats, ses trahisons dans un monde d'affaires et de puissance économique. Le pouvoir reste le but à atteindre, quels que soient les fourvoiements et les alliances. Chacun de ces romans aborde la conquête d'un pouvoir et inclut des problèmes récurrents de rivalité entre des hommes, des amis, des frères ou des adversaires. La plupart du temps, il y a un vainqueur mais surtout des vaincus qui y perdent leurs illusions (et parfois leur âme). Les Feux du pouvoir vient clore en quelque sorte cette vision de la prise du pouvoir politique qui dure depuis les années 30 (thématique d'Avant-guerre) et que l'on ne retrouvera plus de cette manière traditionnelle dans les années 80 avec l'explosion des médias et le règne de l'image.

Parallèlement aux intrigues politiques, c'est le désir féroce pour des femmes énigmatiques qui dévorent les personnages masculins de Rouart (déjà consumés par leurs ambitions, leurs manques de moyens et leurs détestations). L'écrivain décrit un tourbillon de sentiments, de pensées et d'action pris dans un engrenage de passions humaines et politiques. Que ce soit dans Les Feux du pouvoir (Prix interallié 1977) ou Avant-guerre (Prix Renaudot 1983), les personnages sont propulsés par des femmes désirées qui leur servent de tremplin ou les conduisent à la chute. La concurrence nait ainsi entre des hommes qui déjà se jalousaient plus ou moins leurs conquêtes féminines.

Grandement influencés par Nizan (pour les rivalités idéologiques), Drieu (pour le cadre de la vie bourgeoise) et Aragon (pour l'influence politique), les romans de Rouart s'inscrivent donc dans une tradition littéraire d'entre-deux-guerres... Un tableau est dressé par des personnages (proches du cliché malheureusement) qui se combattent et s'entre-dévorent, mus par des passions négatives et sexuelles. Rouart peine à se départir de ses obsessions et il a composé une œuvre basée essentiellement sur ces turpitudes (avec en fil rouge une époque historique particulière). Le second Rouart est bien moins pompeux et a préféré s'intéresser à sa propre biographie et à ses histoires féminines, ce qui le rend à la fois plus léger et tragique. Dans cette anthologie, le contexte politique a une importance colossale et l'auteur semble à court d'idées pour y placer des personnages dont la psychologie ne prend pas souvent.

Plongeant le lecteur dans des événements pas toujours contemporains (Le Cavalier blessé se passe en 1805 et Le Scandale, seul roman exporté aux Etats-Unis, en 1935), cette série de romans écrits entre 1975 et 1987 (en excluant Le Scandale) a assez mal vieilli. Le futur académicien a écrit des romans bien trop... académiques (téléguidés par une thèse assez froide et sans grande ampleur romanesque) qui ont dû plaire au lecteur des années 70 mais qui laisseront froid celui de 2017 (plus habitué à l'ironie grinçante de l'auteur d'Une jeunesse perdue). Le style très journalistique et sans grâce littéraire ne permet pas au lecteur d'accompagner ces personnages dans leurs ambitions et leurs parcours rocambolesques. On sent l'influence des ainés (notamment durant des scènes où les protagonistes festoient ou couchent ensemble) mais l'amplitude désirée ne se déploie pas. L'académisme des intrigues s'inscrit trop bien dans la platitude du style. Ces romans psychologiques frisent même parfois le ridicule dans la description des passions. Nizan et Drieu s'imprégnaient davantage du réel sans chercher à recomposer un climat trop ancien.

Cette anthologie romanesque rend donc compte des passions d'un auteur en devenir, qui a su se renouveler avec une œuvre moins académique. Cinq romans politiques de facture classique qui témoignent d'époques révolues, qu'elles soient napoléoniennes, hitlériennes... ou giscardiennes ! A découvrir tout de même pour mieux méditer le présent.


Jean-Laurent Glémin
( Mis en ligne le 17/03/2017 )
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