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L’Usage du quartier
Amara Lakhous   L'Affaire de la Pucelle de la rue Ormea
Actes Sud - Lettres italiennes 2017 /  20,80 € - 136.24 ffr. / 208 pages
ISBN : 978-2-330-07548-4
FORMAT : 11,5 cm × 21,7 cm

Elise Gruau (Traducteur)
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Originaire d’Alger, ayant émigré en Italie à l’âge de 25 ans, Amara Lakhous, après avoir étudié l’anthropologie culturelle, se lance dans la fiction. Dans ses romans, il fait se côtoyer des personnages multi ethniques solidement ancrés dans un quartier généralement populaire. Grâce à son œil aiguisé et à un solide sens de l’humour, il sonde la société italienne d’aujourd’hui, confrontée à une immigration relativement récente et à ses corollaires : incompréhension, rejet, racisme mais aussi solidarité.

Si l’auteur, d’œuvre en œuvre, poursuit son analyse par l’apparent choix d’un genre, le roman policier, il construit toujours ses romans de manière chorale pour laisser la parole à plusieurs personnages, s’inspire de la comédie italienne et son approche est toujours sociologique. Ce qui l’intéresse et l’émeut est de mettre en contact, et souvent en conflit, des personnages culturellement, linguistiquement et ethniquement différents dans un lieu donnée pour mieux illustrer son credo : ce «malentendu constructif duquel naît le dialogue». Lui même, immigré, a sérieusement réfléchi sur la condition minoritaire et le communautarisme (sa thèse d’anthropologie était intitulée «Vivre l’Islam en situation de minorité»). Lakhous se fait fort «d’italianiser l’arabe et d’arabiser l’italien». Concrètement, il émaille ses textes de dictons, fables, souvent venus de l’arabe, mais en les traduisant, les insérant presque naturellement dans la langue d’écriture… qui varie car Lakhous a la particularité rare d’écrire à la fois ses romans en arabe et en italien.

Cette comédie mi policière, mi sociale est donc le quatrième roman d’Amara Lakhous et le deuxième à mettre en scène le journaliste-narrateur Enzo Lagana et la ville de Turin. Dans le quartier de San Salvario, une jeune fille, Virginia, accuse deux jeunes jumeaux Roms de l’avoir violée. «Aussitôt les provocations, les intimidations et les insultes ne se sont pas fait attendre». L’accusation est immédiatement réfutée par les Roms qui vivent relégués dans un camp près d’un parc. Mais qui les croit ?

Le feu des peurs et des haines couvait sous la cendre et, à grand renfort de discours populistes et nationalistes, la meute contre les gens du voyage est lâchée. C’est le déclenchement d’une chasse à l’Autre orchestrée par Mario Belleza, chef du comité de quartier «Maîtres chez nous», qui a «l’habitude de créer en permanence des associations… pour casser les couilles, surtout aux émigrés». Le décor est planté et le ton monte entre défenseurs des Roms et xénophobes pour qui, d’où qu’ils viennent, les étrangers provoquent toujours une peur ancestrale : «Il est temps de dire non aux Gitans et aux extracommunautaires» ! C’est bien connu, tous les Roms sont des voleurs de poules et d’enfants… De là à violer, il n’y a qu’un pas vite franchi.

Lagana, résident de San Salvario, tente de couvrir l’affaire d’une manière éthique et au plus près de la vérité, mais son éditeur et le directeur du journal le roulent dans la farine et contrefont ses articles de manière à satisfaire la doxa et à envenimer la haine, arguant d’une «urgence tzigane dans ce pays». Certains personnages élèvent la voix pour défendre la communauté Rom : Luciano Terni, un acteur de théâtre, activiste politique qui fait du bénévolat auprès des Roms et qui avouera plus tard à son ami Lagana qu’il fait lui même partie de cette communauté. Mais, entre honte et peur, comment assumer sereinement cette appartenance ? La mystérieuse Drabarimos, diseuse de bonne aventure, qui s’est choisie Tzigane et s’est installée au camp rom, est l’autre voix du roman et le pendant de Luciano. Sans oublier Sam (Samir) l’ami marocain, musicien et double de l’auteur, et sur qui il plaque quelques clichés «méditerranéens».

L’Affaire de la pucelle de la rue Ormea se lit comme un roman social et tout à fait au goût du jour. Sous couvert d’enquête, Lakhous tend avec ironie un miroir pas toujours reluisant à nos sociétés. Mais, beaucoup des personnages qu’il met en scène sont remplis de tendresse et d’humour. Des liens, parfois inattendus, peuvent se créer et maintenir l’espoir d’un échange salutaire des cultures. Le «vivre ensemble» existe encore.


Sylvie Koneski
( Mis en ligne le 10/04/2017 )
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