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Entre passion et responsabilité
Zeruya Shalev   Douleur
Gallimard - Du Monde Entier 2017 /  21 € - 137.55 ffr. / 400 pages
ISBN : 978-2-07-017817-9
FORMAT : 14,2 cm × 20,5 cm

Laurence Sendrowicz (traduction)
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- Douleur n’est pas un titre attrayant, mais si la douleur est bien présente à chaque page de ce roman, elle n’accable pas, ni ne pousse au désespoir. Au contraire, Douleur est un roman passionnant dès le début, l’intrigue se renouvelle constamment et le besoin de tourner les pages plus vite ne fait que grandir.

L’histoire commence un matin à Jérusalem, à notre époque. Iris voit son mari lui rappeler que cela fait 10 ans qu’elle a été victime d’un attentat suicide. Soudain, la douleur liée à ses blessures se réveille. Fauchée dans ses occupations quotidiennes, incapable de continuer ses activités, Iris dresse un bilan de sa vie. Directrice d’école ambitieuse au travail reconnu, elle jette un regard amer sur ses réussites, sur sa vie de famille. Elle repense au grand amour de son adolescence, dont le rejet et la séparation ont failli la tuer.

Depuis le point de vue d’Iris, nous assistons à ses hésitations, ses questionnements, ses actes. Entre devoir et désir, responsabilité et passion, le roman est truffé de rebondissements. L’intrigue, d’abord simple, s’étoffe au cours du récit, comme une mélodie qui persiste mais se retrouve petit à petit accompagnée d’une harmonie de plus en plus complexe.

Le temps principal du roman est le présent, un phénomène encore relativement rare dans la littérature hébraïque. Le présent donne de l’allant au texte tout en permettant d’articuler nettement les allers et retours avec le passé, parfois de manière surprenante, mystérieuse, comme au tout début où actions et émotions s’enchaînent vite. La prose de Shalev est pleine de rythme et de sonorités poétiques. On a presque l’impression de lire de la musique. Il faut saluer le travail de Laurence Sendrowicz, avec une traduction qui n’hésite pas à réécrire, qui cherche à cacher l’hébreu, mais qui reproduit admirablement bien les sensations de lecture que l’on a avec l’original.

Malgré cette réussite globale de l’adaptation française, on regrette quelques fautes impardonnables : un «professeur d’arabe» dans le version originale se transforme en «enseignant des grandes classes». Il y a quelques passages un peu «déjudaïsé» ou «déisraélisé», comme celui où Iris reproche à l'une de ses amies de se faire «femme de rabbin ou femme rabbin» ; dans l’adaptation française, cette dernière devient «plus royaliste que le roi» et défend «les valeurs de la famille». L’humour dans les dialogues, avec l’utilisation de l’argot, n’est pas toujours réussi ; par exemple, le fils d’Iris la salue un matin en lui disant «Madame la directrice», mais c’est traduit en français par «bonjour dirlo». Le mot hébreu pour la douleur, כאב (ke’ev) est utilisé pour le titre original et se retrouve partout dans le roman. Il peut être traduit par «mal» ou «chagrin» plutôt que «douleur». À cause de cela, on peut passer à côté de certaines ironies du sort qui se retrouvent moins appuyées. Sendrowicz sait admirablement bien réécrire en respectant le texte original. Peut-être est-elle parfois victime d’hybris et n’hésite plus assez à s’éloigner du texte. Heureusement, ces problèmes restent rares dans l’ensemble et la qualité de cette adaptation est bien au-dessus de la moyenne.

En somme, Douleur est un excellent roman qui évoque de nombreux aspects de la vie hétéronormée dans un environnement israélien juif non religieux. Si vous comptez lire ce livre, évitez peut-être sa 4ème de couverture, ou les entretiens avec l’autrice publiés dans les journaux. Cela vous réservera une belle surprise de plus à la lecture.


Nicolas Legrand
( Mis en ligne le 05/06/2017 )
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