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Le Cauchemar ordinaire
Henri de Meeûs   Pitou et autres récits
Marque Belge 2017 /  25 € - 163.75 ffr. / 640 pages
ISBN : 978-2-39015-016-9
FORMAT : 13,0 cm × 20,0 cm
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Henri de Meeûs (né  en 1943) publie son premier recueil de nouvelles. 15 récits plus ou moins longs qui imposent une atmosphère et une esthétique tout à fait singulières. Docteur en droit, licencié en criminologie, de Meeûs est aussi écrivain ; il est connu en Belgique pour être le spécialiste de Henry de Montherlant (1895-1972) à qui il a consacré un site extrêmement bien documenté (www.montherlant.be) et une monographie en sorte d’hommage, Pour Montherlant (2011), un travail titanesque, à conseiller car il devrait ravir les amateurs de l'écrivain.

Dans ces nouvelles tout aussi savoureuses les unes que les autres, grâce à un style précis et sans ornement artificiel (on pense à Bove, à Dabit, mais aussi à Buzzati pour la minutie des descriptions), Henri de Meeûs, auteur à la fois sceptique, ironique et tragique, dresse un portrait aussi saisissant que terrifiant (souvent par sa banalité) de l’Homme moderne. Il décrit, la plupart du temps, des êtres seuls et installés, qui voient leur vie perturbée par une intrusion (''Pitou'', ''La Rue Verte'', ''Mariage'', ''Les Sœurs Moreels''). Cette dernière, trame de l’intrigue, conduira souvent son personnage dans les décombres. La vision de de Meeûs est très froide, un côté racinien visible dans la manière très clinique et sobre dont sont abordées les tragédies de l’existence ; les hommes semblent fuir toute passion (souvent par déception) au profit d’une vie biologique installée que l’altérité, la présence de l’autre (souvent néfaste) viennent envenimer. Ces ''cauchemars'' (une nouvelle porte logiquement ce titre) nous touchent directement car c’est de nos passions, de nos égoïsmes et de nos mensonges dont il est question ; le narrateur nous les plaque violemment au visage avec le petit rire grinçant d'un observateur lucide et moqueur.

Mais de Meeûs n’est pas que l’auteur du cauchemar intrusif. Dans ''Poupée'', même si c’est encore un cauchemar, ou ''Mariage'' (qui peut en être un aussi !), il explore notre nature, nos malaises devant la réalité, nos défiances face aux évidences, nos méfiances face aux ravages de la modernité. Dans cette nouvelle, un homme est soudain touché par un curieux virus le jour de son mariage. On l’isole, on le soigne, mais dès que sa vie matrimoniale reprend, le virus l’envahit à nouveau ! Toute l’ironie grinçante de l’auteur apparait dans ces pages tragi-comiques. Le lecteur, impressionné par l'impact visuel de ces nouvelles, toutes magnifiquement écrites, pourra se demander où de Meêus va chercher tout cela. Il fait partie de ces stylistes naturels - Montherlant bien sûr, mais aussi Bost, Perret ou Bove - qui ''donnent'' à voir.

Les thèmes s'inscrivent dans une réalité actuelle, souvent triviale mais peu à peu le drame apparait et obscurcit la scène. Une petite fille qui accuse son père, militaire de carrière, d’attouchement. Un neveu qui se travestit et qui est retrouvé assassiné. Un enfant agressé ou malencontreusement accidenté qui perd la parole, une femme qui meurt d’une crise cardiaque suite à la caresse d'un convive, un vieux monsieur placé par son fils dans une maison de retraite, qui s’en libère suite à la mort de ce dernier... Ces nouvelles réalistes au contour toujours bien définis et lisses sombrent dans le cauchemar ordinaire d'existence étriquées et menacées de toute part. La difficulté des rapports humains, la médisance et l’hypocrisie des milieux, l’impossibilité d’aimer, la solitude choisie mais contrainte... des approches certes récurrentes mais qui dressent un panorama assez désespéré d'une condition humaine brossée en 635 pages de pure délicatesse !

En une rentrée littéraire marquée par sa vacuité intellectuelle, Pitou et autres récits s’inscrit dans une lignée tout à fait sérieuse de l’esthétique de la nouvelle. Dans une lignée aussociant Maupassant à Marcel Aymé en passant par Papini, de Meeûs sait nous faire frémir avec intelligence ; le conteur, que l'on imagine ricaner en écrivant ses textes, sait nous faire apprécier ces histoires ; elle touchent directement par la précision de sa connaissance de la nature humaine et ses représentations visuelles fortes. On a du mal à choisir la meilleure nouvelle tant la suivante est tout aussi surprenante ! Un réel plaisir de lecture.

Ce recueil raffiné et soigné nous plonge donc dans les abîmes de l'individu perdu dans ses contradictions et acculé par la société (souvent incarnée par son entourage proche). Il témoigne aussi d’une certaine bourgeoisie belge étriquée, perdue dans un environnement figé où les passions refoulées finissent par tout détruire.


Jean-Laurent Glémin
( Mis en ligne le 11/10/2017 )
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