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Sur le périfluide de la mémoire
Olivier Rolin   Tigre en papier
Seuil - Points - Signatures 2018 /  8,60 € - 56.33 ffr. / 240 pages
ISBN : 978-2-7578-7123-2
FORMAT : 12,2 cm × 17,8 cm

Première publication en août 2002 (Seuil - Fiction & Cie)
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Les couleurs de la nuit périphérique ; des enseignes lumineuses aperçues du coin de l’œil qui zèbrent l’ombre comme leurs petites capitales le texte ; des bribes de souvenirs qui s’allument par associations d’idées et de sonorités – vert émeraude Esmeralda, côte d’Émeraude – et le voyage-texte commence… au cœur de la nuit, donc, vers le passé – un passé mêlé d’enfance, de jeunesse puis d’une maturité pas trop bien assumée. Tout un chaos mémoriel brassé par un narrateur qui s’adresse à lui-même – d’où un «tu» quasi permanent, un «je» qui ne se dit presque jamais sinon à travers ce «tu» comme en posture d’accusé – et qui conduit une voiture-métaphore, Remember la DS bien nommée, avec à son côté Marie, la fille de son meilleur ami, Treize, décédé bien des années auparavant.

Remember est lancée sur le Périphérique tandis que la mémoire part à l’assaut de ces résurgences parcellaires. Elles concernent Treize, bien sûr – il faut bien répondre à Marie – mais c’est toute une époque avec sa galerie de portraits qui se reconstruit de phrases en phrases parce que pour dire l’homme Treize il faut aussi dire l’époque, celle de «La Cause», la cause révolutionnaire ; il faut dire aussi les compagnons de lutte, les menus événements qui émaillaient la vie des camarades, les piaules encombrées de cendriers pleins et de tracts froissés, les «réus» et les autocritiques, les refrains militants qui mettaient du rouge partout et pas seulement à l’orient illuminé par Mao. Et il faut essayer de se dire soi-même – tentative qui ne peut faire l’économie de cette quête du père mort avant que l’on vienne au monde.

Évoquer La Cause, c’est prendre en pleine face son délitement, le salpêtre qui gangrène les idéaux – et c’est, in fine, se demander sur quoi repose l’engagement. En premier lieu, sans doute, sur une question à régler avec soi-même – Malraux le laissait déjà entendre dans La Condition humaine. Mais aussi, souvent, sur une bonne part de mythologie littéraire – et l’on comprend alors toutes ces références proustiennes, hugoliennes et autres qui fourmillent et font sur les souvenirs de drôles d’auréoles lumineuses.

A travers les destins individuels retracés au fil des pages, c’est le devenir même de La Cause qui se lit. Il est probable qu’en bien des points l’auteur et le narrateur se confondent. Peut-être est-ce là une des raisons pour lesquelles ce narrateur fluctue autant entre «tu» et «je» ; mais peut-être est-ce aussi parce que «je/tu» ne s’est pas tout à fait désenglué de ce temps où ceux qui se battaient pour La Cause avaient troqué leur «je» pour un «nous» collectif et sécurisant, ou un «on» indéfini – tout aussi sécurisant.

Bien sûr que le temps a opacifié les faits, les visages, et que les valses hésitations viennent de là – mais il y a aussi cette volonté giratoire de ne pas vraiment regarder en face ce deuil des rêves et des illusions. Et lorsque les «nous», les «on», le ciment de La Cause se sont effrités, que «je» doit apprendre à se tenir seul, il semble ne pouvoir plus regarder son passé autrement que par une sorte de procuration bizarre – ce «tu» mis en apostrophe tout juste bon à convoquer des images entrecoupées, brisées puis renouées, recomposées comme les moments d’une longue, très longue chanson avec ses refrains, ses ruptures de rythme – et ses soupirs-silences.

En écho à tous les orients évoqués – rouges mais peut-être surtout délavés – à toutes ces aurores et ces «cinq heures» fatidiques où l’on s’éveille mais pas à la vraie vie, le texte s’achève à l’aube – l’heure, aussi, où souvent meurent les héros, n’est-ce pas ? – sur une phrase-tomber de rideau un rien nihiliste, tel un adieu : «Et après ? Après, rien. On s’en va, vous en faites pas». Parce qu’il faut bien que les matins se lèvent, chantants ou non, quelle que soit leur couleur, endeuillés peut-être, avec ou sans soi.


Isabelle Roche
( Mis en ligne le 30/04/2018 )
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