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L’art du second degré
Jean Echenoz   Au piano
Les éditions de Minuit 2003 /  14.50 € - 94.98 ffr. / 223 pages
ISBN : 2707318124
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A chaque fois qu’il voit, sur la couverture d’un livre, le « m » minuscule serti de sa petite étoile - sigle des éditions de Minuit -, le lecteur tremble. C’est comme si l’ombre auguste des Anciens du Nouveau roman, immortalisés comme on sait dans une fameuse photo en noir et blanc, se faisait tout à coup menaçante et envahissante. Les années ayant passé, Jean Echenoz n’en fait pas moins partie de l’illustre lignée : filiation que certains indices savamment dosés (un peu mais pas trop) ne manquera pas de suggérer.

Histoire de mots : savez-vous par exemple ce que ce signifie le mot «animadversion», ou encore «supination», ou encore «phasme» ? Préciosité ? Non pas ! Goût de la précision visuelle ou psychologique vous dis-je. Que penser aussi de ces notations sur la propreté des salles de bain («Une salle de bains un peu sale a toujours l’air plus sale que n’importe quelle non-salle de bains beaucoup plus salle»), sur les différents usages que l’on peut faire d’un ticket de métro (presque une page) ou sur la chute inexorable des boutons de chemise («… le bouton quittait sa boutonnière et tombait en feuille morte, fruit mûr ou gland sec, rebondissant et tournoyant longuement sur le sol.») Ok, chef ! on a compris que l’on était bien au 7, rue Bernard Palissy, et non pas, pour prendre un exemple au hasard, au 22 rue Huyghens (Albin Michel).

La première partie d’Au Piano pourrait laisser croire qu’Echenoz, tel un Jean-Philippe Toussaint, cultive cet art de funambule qui consiste à n’avoir rien à dire. Heureusement pour le lecteur, tel n’est pas le cas. L’histoire : celle de Max Delmarc, quinquagénaire et pianiste de son état. Dépressif et trop porté sur la bouteille, Max est flanqué de Bernie, un personnage qui lui sert d’ange gardien et dont la fonction principale est de l’empêcher de boire avant les concerts. Max vit dans la terreur : il nourrit par rapport au piano un sentiment d’angoisse. Cela donne lieu à des métaphores à haute teneur psychédélique, et de surcroît récurrentes : «Il était là, le terrible Steinway, avec son large clavier blanc prêt à te dévorer, ce monstrueux dentier qui va te broyer de tout son ivoire et tout son émail, il est là pour te déchiqueter.»

Situation bloquée. Max en pince pour une certaine Rose, aperçue au café, puis pour une charmante voisine de quartier qui promène tous les soirs son chien. A chaque fois, il fait preuve d’une même inaptitude à conclure. Et voici qu’à la page 90 une vulgaire attaque de rue expédie Max ad patres, dans une sorte de purgatoire qui a moins à voir avec Dante qu’avec les contre-utopies postmodernes. Cet au-delà étrange et familier, on le pressent bientôt, c’est aussi le second degré du romancier où ce dernier donne enfin les voiles à l’imaginaire comme il donne cours à toute sa malice. Le lecteur, tout comme Max, est alors littéralement aux anges.


Thomas Regnier
( Mis en ligne le 20/01/2003 )
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