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Littérature  ->  Essais littéraires & histoire de la littérature  
 

''La mort à prunelle nue''
Ghislaine  Dunant   Charlotte Delbo - La vie retrouvée
Grasset 2016 /  24 € - 157.2 ffr. / 608 pages
ISBN : 978-2-246-85995-6
FORMAT : 15,3 cm × 23,1 cm

Prix Femina de l'essai 2016
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Un épais volume, consacré à une femme étonnante : Charlotte Delbo. Ghislaine Dunant est romancière et pour ce récit, Charlotte Delbo. La vie retrouvée, elle vient de remporter le prix Fémina de l’essai.

Un récit qui reprend - sans la citer - une biographie très complète, écrite par Violaine Gelly et Paul Gradvohl, parue aux éditions Fayard pour le centenaire de la naissance de Charlotte Delbo, en 2013. Le point de vue de Ghislaine Dunant n’est pas celui d’une universitaire mais d’une romancière, bouleversée par la lecture d’Aucun de nous ne reviendra et qui a eu envie d’en apprendre davantage sur cette voix. Elle s’est plongée dans les archives de la BNF. Ghislaine Dunant a aussi rencontré de nombreux témoins, dont Claudine Riera-Collet, une amie proche de Charlotte Delbo.

Née en 1913 dans une famille d’immigrés italiens, Charlotte mourra à Paris le 1er mars 1985. Entre ces deux dates, cette autodidacte, tôt engagée dans le communisme, qui avec son mari Georges Dudach fait le choix de la résistance pendant la guerre, déportée à Auschwitz puis à Ravensbrück (27 mois, janvier 1943 - août 1945), a eu une vie bien remplie.

Assistante de Louis Jouvet avant la guerre, elle découvre avec lui le théâtre et la beauté des classiques, elle le suit dans une tournée en Amérique du sud, puis, en apprenant l’exécution d’un de ses amis, elle décide de revenir à Paris en novembre 1941. Arrêtée avec son mari par les Brigades spéciales, celui-ci sera fusillé et elle, déportée. Elle portera toujours en elle ces drames, même si - et c’est un des aspects forts de son histoire - elle aime passionnément la vie, amour qu’elle proclame à haute voix jusqu’à ses derniers jours, emportée par un cancer incurable.

Femme d’écriture et femme de théâtre, elle décide dès ses années de déportation qu’elle témoignera, elle qui fut une des rares survivantes : elle est déportée dans le convoi du 24 janvier 1943, avec 230 femmes au statut de déportées politiques, symbolisé par le triangle rouge que leur imposent les nazis, et dont 49 seulement reviendront. Immédiatement, Charlotte décide qu’elle publiera pour elle et toutes ses compagnes, vivantes ou mortes, mais vingt ans plus tard pour que leurs voix puissent être entendues par une société qui aura pansé ses blessures de guerre et sera capable d’entendre cette voix. La voix de celles qui ont regardé «la mort à prunelle nue», tandis qu’à leur retour les «vivants à prunelle opaque» détournent les yeux.

Son témoignage, Charlotte l’écrit d’une belle écriture, dans des volumes qui paraissent aux éditions de Minuit, Le Convoi du 24 janvier, et en trois volumes, le tryptique «Auschwitz, et après ?» qui comporte Aucun de nous ne reviendra, Une Connaissance inutile et Mesure de nos jours. Femme de théâtre, elle porte le texte aussi à la scène ; l’intégrale de ses pièces a été publié aux éditions Fayard, en 2013, sous le titre Qui rapportera ces paroles ? Et autres écrits inédits.

Éternelle révoltée face aux injustices de tous genres, elle s’insurge lors de la guerre d’Algérie, s’insurge aussi contre la condamnation à mort et l’exécution de seize militants basques espagnols aux derniers temps du franquisme, pour lesquels elle compose en vers une pièce de théâtre, La Sentence. Contre les injustices, elle se bat avec ses armes : l’écriture, le théâtre.

Autodidacte, Charlotte Delbo a acquis une vaste culture auprès de Louis Jouvet qui l’a soutenue durant sa déportation mais avec qui elle rompt en 1947. Après la guerre, elle obtient un poste de secrétaire à l’ONU, puis en 1961 est assistante d’Henri Lefebvre, le philosophe, au CNRS. En 1965, elle publie Aucun de nous ne reviendra, vingt ans après son retour d’Auschwitz, comme elle se l’était promis : «Alors vous vivez avec Auschwitz ? - Non, je vis à côté. Auschwitz est là inaltérable, précis, enveloppé dans la peau de la mémoire, peau étanche qui l’isole de mon moi actuel» (La Mémoire et les Jours). Sa voix s’inscrit à côté de celles de Robert Antelme, de Primo Levi, d’Imre Kertész.

Un récit bien écrit sur une vie bien remplie ; Ghislaine Dunant fait partager à ses lecteurs l’énergie toujours en alerte de Charlotte Delbo, femme de théâtre, femme d’écriture, amoureuse de la vie et de ses plaisirs, qui dans sa jeunesse regarda la mort et en fut à jamais marquée.

Ceux qui le désirent peuvent entendre Charlotte Delbo dans un Radioscopie que Jacques Chancel lui consacra le 2 avril 1974, et également consulter le site www.charlottedelbo.org.


Marie-Paule Caire
( Mis en ligne le 21/12/2016 )
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