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Littérature  ->  Essais littéraires & histoire de la littérature  
 

Une littérature sans réalisme est inimaginable
Yan Lianke   A la découverte du roman
Philippe Picquier 2017 /  20,50 € - 134.28 ffr. / 200 pages
ISBN : 978-2-8097-1251-3
FORMAT : 13,2 cm × 20,5 cm

Sylvie Gentil (Traducteur)
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C’est à une promenade à travers les méandres du réalisme que nous convie Yan Lianke qui sort simultanément cet essai A la découverte du roman et le roman Un Chant céleste. Mais de quel(s) réalisme(s) parle l’auteur ? Lianke s’interroge tout d’abord sur les influences qui l’ont nourri ainsi que sur sa place de romancier mais aussi d’«impie», de «rebelle» ou de «traître», nous confie-t-il, vis-à-vis de la tradition réaliste qu’il ne peut pourtant se résoudre à renier.

Et nous voilà embarqués dans un vaste et érudit panorama du roman, de Defoe à Balzac, d’Hugo à Dostoïevski, de Tolstoï à Kafka et Garcia Marquez, sans oublier les grands auteurs chinois tels que Lu Xun ou Mo Yan plus récemment. Yan Lianke a développé un rapport particulier au réalisme, où devrions-nous dire aux réalismes, puisqu’il a toujours pratiqué dans ses romans un style qui, pour décrire le réel, privilégie l’absurde ou une réaction à l’absurde du monde, la dérision : ce qu’il définit plus justement comme le «mythoréalisme».

Lianke retourne donc aux sources et catégorise, en les hiérarchisant, les différents styles de réalisme : le réel fallacieux (soumis à un régime qui le censure ou l’oblige à élaborer un réel fictif, élément incontournable de la littérature chinoise), le réel mondain (un style qui plaît mais n’autorise ni la réflexion ni la profondeur), le réel social qui en est son pendant (une galerie de personnages sur la scène de la société). On en arrive ensuite au réel vital, apanage de ces auteurs qui ont «su faire parfaitement concorder leurs personnages et l’époque où ils les situaient» : Hugo, Balzac, Flaubert, TolstoÏ ou, en Chine, Lu Xun.

Le réalisme, nous confirme Lianke, est la plus importante forme d’écriture car les personnages sont la principale preuve de l’existence du réel. Ils gagnent même parfois plus de notoriété que leur auteur, deviennent des archétypes. Les grands romanciers du XIXe siècle ont su à la fois disséquer leur époque, en donner un tableau social, et créer des personnages riches et complexes. Le dernier et plus haut niveau du réalisme serait le réel spirituel, celui de Dostoïevski qui fouille les âmes. Si le réalisme était un corps, le réel mondain en serait la peau, le réel vital l’ossature et le réel spirituel le cœur. Tous sont nécessaires et s’interpénètrent.

C’est à l’orée du XXe siècle qu’apparaît avec Kafka un style différent, moderne, qui se moque de l’illusion du réel et s’affranchit de la cause comme de l’effet : ce que Lianke définit comme «causalité zéro» ou «cause sans cause», aux antipodes de la «causalité absolue» du réalisme du XIXe. Depuis Kafka, l’auteur devient le maître tout puissant de son style et de son œuvre et n’a plus de compte à rendre au lecteur quant à l’adéquation au réel.

Lianke rend ensuite hommage aux écrivains de la «semi-causalité» et leur chef de file, Gabriel Garcia Marquez qui inaugure, avec le «réalisme magique», un style qui fait la part belle à l’inédit, l’ambiguïté, l’imaginaire mais maintient les personnages dans leur réalité sociale et historique. «Gabriel Garcia Marquez réinsère l’histoire et le réel social à l’intérieur d’un récit centré sur l’individu, leur redonne l’existence qu’ils avaient perdue dans le roman moderne à la Kafka, sans pour autant les remettre à la place dominante qu’ils occupaient dans le réalisme traditionnel».

Lianke conclut son essai par un chapitre sur le «mythoréalisme», style qui caractérise une manière particulière de poursuivre le réel, dont l’origine remonte à la Bible ou aux poèmes d’Homère, mais qui concerne aussi une certaine littérature chinoise apparue il y a une trentaine d’années. Le mythoréalisme comme moyen de trouver une liberté, une fenêtre dans le récit réaliste, d’échapper aux conventions. Lianke en donne une approche de définition dans la Préface à son roman Les Chroniques de Zhalie : «le moyen approprié d’approcher une réalité que son absurdité ordinaire rend irrationnelle». Ce mythoréalisme communique avec le réel et la réalité «par les canaux que constituent les diverses formes de l’imaginaire, les allégories, mythes, légendes, rêves, fantasmes et abstractions issus du quotidien et de la réalité sociale».

Dans la littérature contemporaine chinoise, ce sont des écrivains tels que Lu Xun ou Mo Yan (prix Nobel de littérature 2012) qui le pratiquent. Et… Yan Lianke qui, dans ses romans, a recours à la farce macabre, à l’absurde, au rire provocateur et aux mythes pour tenter de briser l’écran du réel fallacieux, la toute puissance du discours de l’idéologie socialiste et de saisir pour le transmettre, «le réel dissimulé sous le réel» de la société chinoise actuelle. Le mythoréalisme reste l’unique recours pour l’écrivain chinois contemporain «quand toutes les manières de narrer n’aboutissent qu’à l’échec dans l’expression d’un réel authentique, esthétique et explorateur».


Sylvie Koneski
( Mis en ligne le 07/07/2017 )
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