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Roman historique, satire sociale, vaste parabole
Ernst Lothar   Mélodie de Vienne - Roman d'une maison
Liana Levi 2016 /  24 € - 157.2 ffr. / 667 pages
ISBN : 978-2-86746-842-1
FORMAT : 14,3 cm × 21,0 cm

Elisabeth Landes (Traducteur)
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Rédigé outre Atlantique en plein conflit mondial, peu après la chute de la «maison Autriche» d’où l’auteur a dû fuir en raison de sa judéité, publié pour la première fois en anglais en 1944, puis en allemand en 1946 (sous le titre Der Engel mit der Posaune. Roman eines Hauses), cet imposant roman, à la fois illustratif de son époque et étrangement actuel, nous parvient en octobre 2016 dans une traduction française fidèle à l’esprit de l’œuvre. Notons qu’en 1944 paraissait Le Monde d’hier. Souvenirs d’un européen, deux ans après la mort choisie de Stefan Zweig lors de son exil brésilien.

Comme Stefan Zweig qu’il cite (avec quelques égratignures patriotiques au passage) parmi bien d’autres grands créateurs viennois, Ernst Lothar Müller (1890-1974) compte parmi les protagonistes de la scène brillante et polynationale à Vienne de «la belle époque» sous François Joseph, où les accédants à la culture, juifs et non juifs, cohabitent sans soucis. Juriste de métier (docteur en droit, procureur) avant de se tourner vers la littérature et le monde du spectacle, il témoigne du formidable essor de la science et de l’industrie, voit naître la psychanalyse et applaudit le succès d’écrivains et musiciens juifs de renom international.

Roman historique, satire sociale - vaste parabole ? -, Mélodie de Vienne est tout cela à la fois. Au moyen d’une foisonnante fiction entrecroisée des principaux faits très documentés survenus dans l’Autriche de la fin du dix-neuvième siècle à l’Anschluss, l’auteur relate cent ans de vie des Alt, riche famille de fabricants de célèbres pianos, cohabitant bon gré mal gré dans son immeuble cossu du centre ville. Sa résistible ascension sociale s’illustre par l’ajout ostentatoire d’un quatrième étage : reflet de sa toute puissance et des mutations réelles du paysage urbain. Grandeur et harmonie apparentes y règnent sous un antisémitisme latent, nourries des conventions bourgeoises les plus raffinées. Mais sous des dehors de douce mélodie, voire par moment de naïve romance aux dialogues convenus, les sons grincent, les cordes cassent ; haines et rancœurs ternissent l’union d’Henriette Stein, jeune femme issue de milieu intellectuel juif, avec le laborieux et dévoué Franz Alt, sorte de Charles Bovary, aîné aimant, sans passion ni relief perceptibles. Henriette s’ennuie. Comme Emma, elle porte dans son cœur un Rodolphe, à la fois minable et grandiose, le sien étant l’héritier du trône impérial dont on connaît maintenant la fin, aussi tragique que sulfureuse à Mayerling.

En dépit des respectables apparences de la maison Alt, annoncées à coups de trompette par l’ange sculpté sur le porche d’entrée (Der Engel mit der Posaune), en pastiche des grands styles du passé, se dévoile une classe bourgeoise rétrograde, intolérante et hypocrite, tissée d’unions adultérines au prix de maladies dont mieux vaut taire le nom, prête à toutes formes de compromission afin de se hisser toujours plus haut dans la hiérarchie des puissances d’argent. Vue à travers le prisme concret d’un champ de courses hippiques (pp.270-281), ou celui d’une salle de concert — troublante ressemblance avec la France provinciale des «comices agricoles» sous la plume de Flaubert —, la belle société viennoise de l’entre-deux guerres offre un reflet peu complaisant des pesanteurs sociétales tandis qu’au sein de sa descendance plus ou moins légitime, incarnée par les enfants d’Henriette, se profilent les grands bouleversements survenus dans le monde : montée des sympathies fascistes et du mouvement socialiste tandis que grondent les luttes ouvrières puis l’avènement de l’antisémitisme et du nazisme porté par un autrichien, «clown grotesque (…) ridicule (…) et lâche (…)» (pp.613-615), raté des Beaux-arts et de l’armée, dont personne ne prédisait l’ascension, qui s’est pourtant montré capable d’embraser le monde et de détruire, parmi d’autres, sa propre maison.


Monika Boekholt
( Mis en ligne le 06/03/2017 )
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