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L’idiot de la famille ?
Jonathan Franzen   Phénomènes naturels
L'Olivier 2018 /  25 € - 163.75 ffr. / 680 pages
ISBN : 978-2-8236-0193-0
FORMAT : 14,5 cm × 22,0 cm

Olivier Deparis (Traducteur)
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La famille Holland n’est pas une famille très fonctionnelle, même si elle n’est pas dysfonctionnelle. Il y a Louis, le fils, un gentil garçon sans trop d’ambition, heureux dans l’univers de la radio et épris de justice – sociale, écologique, familiale, etc. Il ne ressemble pas énormément à sa mère, Mélanie, si bien-pensante, si attentive aux détails, si sensible au regard des autres, si… exaspérante de superficialité et d’autoritarisme. Sa sœur, Eileen, est plus sur le modèle maternel : ambitieuse et un brin manipulatrice, elle n’apprécie guère plus sa mère mais sait en tirer des financements pour ses projets et un avenir que l’on devine doré. Et puis il y a le père, Bob, universitaire indifférent ou détaché, observateur lucide et lâche de la désagrégation familiale.

Chacun en effet vit sa vie, méprisant gentiment celle des autres. Une famille… Mais voilà, la grand-mère, par alliance, meurt lors d’un séisme (et dans un accident un peu bête et alcoolisé) laissant un pactole amassé par le grand-père de Mélanie, John Kernhagan. Un pactole de 22 millions de dollars. Une manne pour certains, une revanche sociale pour d’autres, et dans tous les cas, une révolution : la fortune du grand père, investie dans une société chimique d’envergure, la firme Sweeting Aldren, a bien rapporté. Et si Mélanie est la seule héritière en titre, tout le monde aimerait profiter du gâteau, ou du moins, dans le cas de Louis, ne pas se laisser plumer.

Une comédie familiale un brin satirique s’annonce, avec ses règlements de compte acides, ses vilenies et ses retournements ? Changement d’ambiance ! Le drame s’impose quand même lorsque, par le biais d’une relation sismologique, Louis découvre à la fois l’origine de la fortune familiale et les pratiques douteuses qui y sont associées, aux conséquences dramatiques (et finalement cocasses en même temps). La comédie américaine se mue en un roman du capitalisme victorieux et de ses dégâts collatéraux, une histoire de l’Amérique qui réussit et de ce que cela coute.

Le nouveau Jonathan Franzen est en fait l’un de ses premiers romans, publié en 1992 : on y retrouve avec plaisir le gout des intrigues familiales et un art certain du portrait psychologique, esquissé par petites touches. Progressivement, on entre dans la famille Holland et, dans un moment dramatique, on en découvre les dysfonctionnements. Les amateurs des Corrections et de Purity ne seront pas dépaysés par ce récit qui, bien dans le style de l’auteur, passe d’une intrigue familiale à une histoire de l’Amérique industrielle et capitaliste à travers l’un de ses fleurons. Jouant sur différentes échelles, Franzen prend le lecteur à témoin et dénonce un rêve américain dont le prix est d’autant plus terrible qu’il est honteusement dissimulé, et discrètement assumé.

L’argent n’a pas d’odeur, et avec de bons communicants, le miracle américain reste pur. Au passage, les détours par d’autres univers, comme le monde des médias et la menace d’un fondamentalisme agressif, comme celui du pasteur Stites, annoncent dans une certaine mesure l’Amérique de Trump (et il faut voir dans ce roman une préfiguration, et une protestation discrète). On retrouve également le Franzen des digressions, parfois bienvenues, parfois interminables : le style détaché, et joliment traduit, ne sauve pas toutes les pages, et gageons que cette intrigue aurait pu être plus relevée avec quelques pages en moins. Franzen aime écrire, aime vivre ses romans, aime s’attarder dans quelques scènes annexes et laisse parfois son attention se perdre dans des détails et autres conversations de politesse.

Ce roman s’adresse aux amateurs d’impressionnisme littéraire, comme une fresque d’histoire américaine à travers l’histoire d’un magot et de la famille mal taillée qui en hérita. Un Franzen dans la lignée des suivants, et une vision sans complaisance des années 90 et du mythe de la réussite.


Gilles Ferragu
( Mis en ligne le 23/03/2018 )
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