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Henri & Henry
Entretien avec Henri de Meeûs - Pitou et autres récits, Marque Belge, Septembre 2017


- Henri de Meeûs, Pitou et autres récits, Marque Belge, Septembre 2017, 640 p.
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Parutions.com : Présentez-vous en quelques mots s'il-vous-plaît, les lecteurs ne vous connaissant pas encore.

Henri de Meeûs : Je suis né en mars 1943 à Bruxelles, issu d’une ancienne famille bruxelloise. J’ai étudié chez les jésuites, puis obtenu un doctorat en droit et une licence en criminologie à l’université de Louvain en 1965. J’ai été avocat durant deux années, puis j’ai choisi d’entrer dans le monde des affaires, l’immobilier et la banque. Ma carrière professionnelle, bien remplie, a duré 35 ans.

Parutions.com : Comment êtes vous entré en littérature et quels sont les auteurs qui ont bercé votre enfance ? Quelle place a pris la littérature dans votre vie?

Henri de Meeûs : Mon entrée en littérature fut tardive. Si j’ai toujours écrit par périodes, et publié deux nouvelles, pour le plaisir, dans une revue littéraire belge en 1973, je n’ai vraiment eu le temps de me consacrer à la littérature que depuis ma retraite. D’abord en organisant à Bruxelles en septembre 2007 une ''Journée Montherlant'', qui eut un immense succès (chaque conférence était coupée par des lectures de textes dits par des comédiens), et en lançant, en 2007 aussi, sur le net, le site www.montherlant.be qui reçoit des milliers de visiteurs de tous les pays du monde, 120.000 visiteurs en 2016. J'ai toujours écrit pour moi des textes, qui sont des morceaux, non terminés, et le Journal d’une année très pénible qui m’a aidé à la surmonter, donc rien d’achevé. Je ne cherchais pas à être publié.

Parutions.com : Quelles études avez-vous faites ? N'avez-vous jamais cessé de lire, puis d'écrire ?

Henri de Meeûs : Les auteurs lus dans mon enfance (la comtesse de Ségur) et jusqu’à 15 ans sont des bandes dessinées, surtout Hergé, Spirou, mais aussi les livres de la Bibliothèque Verte, ceux de Conan Doyle et de la collection ''Signes de Piste'' ; à 16 ans, Jean de la Varende, et à 17 ans, la lecture capitale, celle de Montherlant qui a éclairé toute ma vie. Par contre, j’ai toujours détesté les Jules Verne et les Saint-Exupéry, que je trouvais barbants. J’ai lu durant toute ma vie, beaucoup de romans, des livres d’Histoire, des Mémoires, etc. Le Second-Empire, les Guerres 14-18 et 40-45 furent pour moi des périodes palpitantes à découvrir. Mes écrivains préférés, outre Montherlant : Thomas Bernhard et Kafka (voir mon site littéraire www.henridemeeus.be).

Parutions.com : Parlez nous de votre rencontre avec Montherlant, un auteur qui a marqué votre vie.

Henri de Meeûs : En 1962, j’avais 19 ans et lu presque tous ses livres parus jusqu’alors. Je m’étais posté sur un trottoir du Quai Voltaire où il habitait. Je n’avais pas pris rendez-vous. J’espérais le voir sortir de son immeuble. Après ¾ d’heure d’attente, je l’aperçois venant d’en face de mon poste de guet ; il traverse d’un pas rapide, en ligne oblique, le quai, au milieu de la circulation, et gagne l’entrée cochère de son logis. En courant, je le rattrape au moment où il gravit l’escalier vers l’entresol. Beau dallage de marbre et riches boiseries. Montherlant (65 ans) est un homme racé, vêtu d’un costume de flanelle bleu. Il n’est ni petit, ni grand, et sa large carrure est celle d’un ancien athlète (Les Olympiques). Ceux qui se sont moqués de son physique («Buste à pattes», disait Céline) sont à côté de la plaque !

Je me présente comme un lecteur admirant son œuvre et de nationalité belge. Nous parlons debout sur le palier aux murs en pierres de France devant la porte de son appartement. Il sourit de voir mon enthousiasme car je lui pose plusieurs questions concernant son œuvre et les livres annoncés par lui mais non encore publiés. Il répond à tout. Je n’ai jamais rencontré durant ma vie une personne s’exprimant avec une telle courtoisie. Celle d’un autre temps. J’étais l’adolescent de 19 ans qui avait lu ses livres et il ne mettait pas fin à notre conversation. Il me prenait au sérieux. Un moment, il m’invite à entrer dans son appartement. Et moi, le dernier des crétins, craignant de le déranger, je décline son invitation.

Montherlant a répondu aux deux lettres que je lui avais écrites. La première en 1961 à propos d’une étude rédigée à 16 ans que je lui avais envoyée sur sa pièce Fils de Personne. Il avait annoté mon analyse de ce drame qui évoquait un épisode de sa vie privée, soit les relations difficiles entre un père exigeant et un fils médiocre. Il m’écrit : «J’ai lu avec beaucoup d’intérêt votre étude sur Fils de personne. Votre analyse est profonde. Une sorte de critique telle que la vôtre n’existe plus guère en France. Fils de personne est au répertoire de la Comédie française depuis 1953, mais je me suis toujours opposé à ce que cette pièce fût reprise. Le caractère français d’aujourd’hui ne supporte pas l’expression de l’autorité. (…). Je vous signale une phrase de Péguy : «A douze ans, la partie est jouée»». Montherlant ajoutait qu’il était toujours en relation avec celui qui fut le prototype de Gillou. La seconde lettre, je la lui adressai en 1970. C’était après avoir vu à la Comédie française sa pièce magnifique Malatesta. Je reproduis ici une phrase importante de sa réponse du 18 février 1970 : «Quant au désespoir moqueur, j’ai eu, je crois, dans la sérénité, toutes les formes du désespoir, comme j’ai toutes les formes de tout». Voilà ce qui explique parfaitement l’écrivain qui se comparait parfois au démon Légion de l’Evangile.

Montherlant fut mon père en esprit tandis que mon père de sang fut mon nourricier. Le style de Montherlant est unique et le classe, selon moi, parmi les grands auteurs du XXe siècle. Je place très haut ses textes écrits ayant pour sujet les années 1938 à 1940 (lire ses Essais parus en Pléiade). Pour son théâtre : Port-Royal. Pour ses romans : Les Célibataires, Les Jeunes Filles, Le Chaos et la Nuit. On ne sait pas assez que Montherlant fut un grand moqueur, que ses livres sont parcourus par une veine comique qui éclaire le fond qui est tragique.

Parutions.com : Vous publiez chez Marque Belge un recueil de 15 nouvelles dont les thématiques se rejoignent très souvent. Parlez nous de votre travail de conception de ces histoires. Comment avez vous procédé ? D'où vous sont venues ces idées, sommes toutes surprenantes ?

Henri de Meeûs : Mon Pitou et les 15 Récits imaginaires publiés en septembre 2017 par l’éditeur Marque Belge, sous le titre de ''Pitou'' (qui reprend un des personnages de la première nouvelle) furent écrits entre 2010 et 2013. Ma méthode fut celle de Julien Green : pas de plan. Je déteste être encadré. Donc, quand l’inspiration vient, je vois défiler un film dans mon esprit, et je tente de le capter par l’écrit. Les personnages apparaissent, disparaissent, les lieux, des maisons bourgeoises souvent en Belgique, à Bruxelles ou en province, mais aussi des palais baroques dans des duchés imaginaires. Ces récits décrivent une grande variété de milieux sociaux, des couples âgés, des couples jeunes, des célibataires hommes ou femmes. Des critiques m’ont dit qu’une fois que le lecteur commence un de ces récits, il ne peut plus s’arrêter.

Parutions.com : Vous avez un parti pris esthétique évident dans ce recueil. Pourriez-vous nous en parler ?

Henri de Meeûs : Un parti pris esthétique ? J’écris comme je suis ; je ne fabrique pas ; j’essaie de n’être pas barbant. Il faut que le lecteur ne s’ennuie pas et soit poussé en avant par un étonnement, et de plus en plus, quand la situation au début normale, trébuche, se détraque, et finit dans un dérapage inattendu. Il faut aussi que le lecteur visualise les scènes, qu’il s’identifie aux personnages, qu’il soit en quelque sorte hypnotisé par mon imaginaire qui refuse tout plan, qui avance dans une sorte de rêve. Le lecteur est pris par un «suspens» où le tragique et le comique se mêlent étroitement.

Parutions.com : Vous pratiquez l'ironie, le scepticisme. Vous êtes un pessimiste. A quoi croyez-vous ? Quelle est votre position dans la société ?

Henri de Meeûs : J’aime beaucoup rire. Je suis pessimiste de pensée et optimiste de volonté. Si vous n’êtes que pessimiste, autant rester au lit et pleurer toute la journée. Mais l’action, le travail, permettent d’oublier les idées noires. Il faut travailler. Construire une famille, une œuvre, par exemple. Essayer d’échapper aux gouffres. Je ne suis pas athée, et je ne fais pas de politique. J’éprouve un grand respect pour ceux qui, honnêtes, nous ont précédés et qui ont disparu. J’ai une admiration totale pour Charlotte Delbo (1913-1985) qui fut enfermée dans les camps de femmes des Nazis à Auschwitz et Ravensbrück, et dont les souvenirs d’une écriture sublime furent publiés aux Editions de Minuit : Aucun de nous ne reviendra est un pur chef d’œuvre.

Parutions.com : Avez-vous un autre projet ? Un roman, un autre recueil ?

Henri de Meeûs : Mon projet, après la publication de Pitou et autres récits, est de poursuivre la publication sur le site www.montherlant.be de la correspondance Jeanne Sandelion, poétesse de province, avec Henry de Montherlant. Cette correspondance manuscrite, inédite, qui a duré de 1926 à 1962, aura 450 pages. Sur ce même site, j’ai publié une correspondance plus abondante encore, de 750 pages, celle d’Alice Poirier avec Montherlant, qui a duré de 1928 à 1951. Alice Poirier fut obsédée toute sa vie par l’idée d’épouser Montherlant. Cela donne des situations assez drôles vu que Montherlant, trop patient, lui disait souvent : «Plutôt le cancer ou la tuberculose que le mariage !» Et ensuite je reprendrai les Nouvelles encore en chantier…

Parutions.com : Que pensez-vous de la littérature belge actuelle, comment se porte-t-elle ?

Henri de Meeûs : La littérature belge ? La Belgique est un petit pays avec très peu d’éditeurs, et sa littérature existe, souvent très caractéristique d’un esprit et d’une atmosphère belges, qu’on ne trouve dans aucune autre littérature : Ghelderode, Jean Ray. Amélie Nothomb, et Simenon, sont belges !

Parutions.com : Pourquoi avoir attendu 74 ans pour faire connaître votre travail d'écrivain aux lecteurs ?

Henri de Meeûs : Il a fallu attendre l’âge de la retraite pour disposer du temps d’écrire dégagé de tous soucis professionnels.


Propos reccueillis par Jean-Laurent Glemin (Octobre 2017)
( Mis en ligne le 22/01/2018 )
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