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Monument vide
Laurence Cossé   La Grande arche
Gallimard - Folio 2017 /  7.7 € - 50.44 ffr. / 400 pages
ISBN : 978-2-07-272019-2
FORMAT : 11,0 cm × 17,6 cm

Première publication en janvier 2016 (Gallimard - Blanche)
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Un récit résultant d'une enquête minutieuse que Laurence Cossé a consacrée à la construction de la Grande Arche. Cette histoire est un véritable roman, tant ce monument hors normes a vécu d'épisodes, suscité des passions, déclenché des affrontements meurtriers.

«Grande Arche de la Défense» en France, au Danemark, patrie de son architecte, elle est nommée «Arc de triomphe de Spreckelsen» ; il y a là bien davantage qu'une nuance ! Johan Otto von Spreckelsen, cet architecte quasi inconnu à l'époque, professeur à l'Ecole des Beaux-Arts de Copenhague, qui n'avait construit que quatre lieux de culte, deux églises catholiques et deux temples, et qui remporte, à la surprise générale, le concours d'architecture, fait du prince, lancé en 1983 sur l'ordre du président François Mitterrand. Un objectif : l'inauguration en 1989 à l'occasion des fêtes du bicentenaire de la Révolution. Contre vents et marées - et à quel prix ! -, le pari sera tenu.

La Défense s'élevait déjà depuis une vingtaine d'années, oeuvre - quasiment - d'un seul promoteur immobilier, Christian Pellerin, à la réputation sulfureuse. Restait à terminer l'ensemble avec un geste architectural. Sous le président précédent, Valéry Giscard d'Estaing, amateur de classique, l'idée de la «tête-Défense» s'orientait plutôt vers des barres basses, tours effondrées qui auraient clos l'espace. Nouvellement élu, François Mitterrand tient à marquer son septennat par la construction de monuments spectaculaires : la pyramide du Louvre, l'Opéra-Bastille, le ministère des finances à Bercy, la Très Grande Bibliothèque, autant de projets dans Paris intra-muros, à la différence de la Défense. Une différence qui aura son importance lorsque surviendra en 1986 la cohabitation, avec Jacques Chirac, maire de Paris comme premier ministre, qui tient à réduire ces budgets pharaoniques, mais fait porter toute la réduction budgétaire sur le seul monument non parisien... L'arrière-plan politique joue pleinement son rôle dans cette histoire, ainsi que les manoeuvres des uns et des autres, affairistes plus ou moins discrets, plus ou moins véreux, pour s'emparer d'un marché supposé juteux.

Toutefois, le coeur du récit de Laurence Cossé est l'histoire et le drame d'un homme, Johan Otto von Spreckelsen, architecte de conception et non de réalisation, vite dépassé par son oeuvre, incapable de comprendre moeurs et mentalités françaises aux antipodes de sa culture danoise. En revanche, il sait parfaitement compter et il est le premier architecte à imposer un droit d'image sur son oeuvre (royalties que touche encore aujourd'hui sa veuve, figure hautaine et énigmatique). Entre le commanditaire - l'Etat français et ses différentes administrations - et l'architecte, le fossé se creuse, s'agrandit, jusqu'au coup de théâtre final, inédit : la démission de Johan Otto von Spreckelsen alors que l'Arche sort à peine de terre. Des hommes déterminés, Robert Lion, le directeur général de la Caisse des Dépôts et Consignations, l'architecte Paul Andreu, l'urbaniste Jean-Louis Subileau, qui l'avaient accompagné depuis le début, poursuivront contre vents et marées un projet qui les passionne. Un projet dont Johan Otto von Spreckelsen a présenté l'épure, appuyé par un de ses amis et collaborateurs, l'ingénieur Erik Reitzel. Mais une épure demande à être transformée, et l'architecte refuse souvent les solutions techniques pour ce bâtiment hors norme, qui lui paraissent trahir son oeuvre, son «cube» parfait : l'«hypercube».

L'Arche enfin réalisée (Johan Otto von Spreckelsen est mort entre-temps d'un cancer), encore faut-il lui trouver son utilité... Or toute la beauté - somme toute - du projet de Johan Otto von Spreckelsen était là : son hypercube est à peu près inutilisable... Peu importe, les contribuables français sont habitués à payer, et voient passer sans trop s'émouvoir des projets plus ou moins farfelus pour habiter le toit somptueux, propriété de l'État, tandis que le Ministère de l'Equipement loge ses fonctionnaires dans une des pattes du monument, sans que jamais les ministres - à la seule exception notable de Marie-Noëlle Lienemann - ne daignent habiter l'immense bureau et appartement de fonction qui leur sont réservés aux derniers étages.

Dans ce monument voulu par l'Etat mais que celui-ci n'a financé qu'en partie, les luttes de pouvoir, d'argent, d'intérêt se sont déchaînées. En décembre 2014, la société Eiffage a remporté le marché de la remise à neuf du bâtiment ; Robert Lion, Dauge et Subileau qui à divers titres ont permis à l'Arche d'exister, se sont instaurés des défenseurs scrupuleux de l'esprit du monument, et le pire est semble-t-il évité ; les projets ambitieux restent de mise : aux dernières nouvelles, un «Observatoire du monde contemporain» occuperait le toit ; pince-sans-rire, Laurence Cossé note : «Souhaitons que la lunette soit puissante»...

Une histoire complexe, insensée et fascinante, très représentative des années 1980, que Laurence Cossé conte admirablement, d'une plume acérée, avec un réel sens de l'humour, souvent noir ! Un livre absolument passionnant pour qui s'intéresse à Paris, à l'histoire de l'architecture, à ses aspects conceptuels et aux réalisations techniques, mais également aux coulisses de la vie politique d'une République dans laquelle le Prince aime jouer à l'architecte, se complaît aux «gestes» sans se soucier de leur gratuité éventuelle, entouré d'une cour animée d'intentions diverses et de petits arrangement entre amis. Surnage de ceci un des monuments spectaculaires de la capitale, même s'il est vide et si aux yeux de son concepteur il représenterait probablement une trahison de son rêve.


Marie-Paule Caire
( Mis en ligne le 08/09/2017 )
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