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Buzzati journaliste
Dino Buzzati   Chroniques terrestres
Robert Laffont - Pavillons poche 2017 /  12 € - 78.6 ffr. / 597 pages
ISBN : 978-2-221-19837-7
FORMAT : 12,3 cm × 18,3 cm

Delphine Gachet (Traducteur)
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Plus de 40 ans après sa disparation, on continue de découvrir l'œuvre prolifique de l'auteur italien Dino Buzzati (1906-1972) grâce à des publications fréquentes. Connu et célébré pour ses nouvelles (Le K), ses romans (Le Désert des Tartares, Un amour), mais aussi ses pièces de théâtre (Un cas intéressant), Buzzati a été également journaliste pour Le Corriere della sera de 1928 à 1971. Les chroniques présentes dans ce recueil vont de 1939 à 1971 et explorent un éventail de thématiques souvent chères à l’auteur : le fait divers (jamais banal), la critique d'art contemporain, des portraits d’artistes, le fait de guerre, des éléments d’actualité, etc.

Le talent littéraire de Dino Buzzati réside dans sa faculté à saisir le détail d'une aventure a priori banale pour en extraire la dimension universelle (souvent bouleversante et obsédante). Ce chroniqueur pointilleux (on reconnaît le romancier) met l'exploration journalistique sur le même point que l'aventure littéraire. Les deux activités se mêlent et/ou se complètent pour saisir à la fois le réel et relever un détail singulier. En cela, on peut dire que Buzzati, malin, a écrit dans le Corriere della sera de véritables nouvelles qui auraient pu paraitre dans un de ses recueils personnels ! Des historiettes se devinent ainsi parmi des articles de presse de facture plus traditionnelle.

Comme souvent chez l'auteur du Désert des Tartares, c'est la présence d'une inquiétante étrangeté qui frappe. Outre des papiers savoureux sur quelques peintres, écrivains ou gens célèbres, le journaliste-écrivain prend à son compte des histoires tragi-comiques en réexaminant les détails percutants qui formuleront une morale. De ses chroniques de guerres au suicide d'un ouvrier en passant par la mort de 43 enfants noyés, il explore le monde moderne en prenant comme angle de vue l'âme humaine (imparfaite, absurde, mais aussi digne et courageuse). Que le crime soit de masse ou crapuleux, une vision tragique de l'homme, englué dans une absurdité quotidienne, sourd. L'auteur annonce même le monde post-moderne avec, dans les années 60, des papiers sur l'obsession de la santé (lui-même se met en scène devant la peur de la maladie), la défense des animaux (certains, envoyés dans l’espace ou mourant dans une caisse de transport), la technique au service du vivant, l'hégémonie du sport et de la starification, l’importance des sciences occultes, etc. L’idée est de se focaliser sur un élément particulier pour en tirer une morale universelle, souvent tragique mais que la l'écrivain a pour but de révéler.

Si Buzzati est nettement plus percutant dans son œuvre littéraire, ces chroniques n'en sont pas moins un fabuleux document pour plonger dans sa pensée et savourer son sens aigu de l’observation et de l’interprétation. Buzzati plait car il sert sa sensibilité par la sobriété du style. A l'instar d'un Bove ou d'un Dabit (pour citer des romanciers français du XXe siècle), il va à l'essentiel en optant par touches humanistes d'une sensibilité manifeste. La chronique qui décrit la chapelle mortuaire où reposent les corps de petits enfants noyés est insoutenable de vérité et d'une pudeur délicate. Buzzati, en observateur attachant, décrivant à la fois la douceur des corps morts et l'horreur de la tristesse ressentie par les proches, touche au plus profond de l'être et insiste sur ce qu'est la douleur de vivre. Un subtil mélange de beauté tragique et de trivialité funeste s'incarne dans un univers au final très visuel (son écriture offre souvent au lecteur une représentation très précise). Ce monde, pétri de contradictions qui font sa richesse, intéresse précisément le journaliste.

A l'heure où le terme «chroniqueur» est utilisé souvent à contre-emploi, il est bon de lire les textes à la fois réalistes, étranges, délicats, culturels et passionnants du grand Dino Buzzati, observateur précis et subtil de notre fragile condition humaine.


Jean-Laurent Glémin
( Mis en ligne le 06/03/2017 )
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