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Journal d’un contrebandier
Marc Lambron   Quarante ans
Grasset 2017 /  23 € - 150.65 ffr. / 480 pages
ISBN : 978-2-246-86369-4
FORMAT : 14,0 cm × 22,5 cm
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. «En 1997, j’avais tenu un Journal. En le reprenant, j’ai eu le sentiment de migrer vers une réalité parallèle, comme on passe dans certains romans de Philippe K. Dick de l’autre côté du temps. (…) Pour garder le son de mes quarante ans, mieux valait s’abstenir de tout remixage : il suffisait d’introduire le disque dans le lecteur. C’est ce que j’ai fait avec ce livre». Né le 4 février 1957, aujourd’hui sexagénaire et académicien, Marc Lambron offre donc à ses lecteurs ces fragments du passé, d’une année, 1997, marquée par des morts célèbres (Georges Marchais, Barbara, Robert Mitchum, James Stewart, le couturier Versace, Lady Di, etc.), des événements politiques - entre autres, la dissolution de l’Assemblée nationale -, des figures et personnalités qui occupent toujours la scène et qu’a rencontrées le romancier, chroniqueur, mondain actif : Woody Allen, Sophie Marceau...

Surdoué, Marc Lambron l’est sans aucun doute ; en atteste son cursus : normalien de la rue d’Ulm, agrégé brillant, énarque, sorti dans les premiers et entré au Conseil d’État, autant de réussites à des concours républicains, résultats d’un travail acharné et efficace et non de faveurs imméritées ; ça et là au fil des pages, l’auteur tient à le rappeler.

Des journaux, il en existe de multiples sortes ; celui-ci se tient en équilibre entre confession intime et pages très écrites, matériau de l’écrivain. Confession intime à demi esquissée - l’homme est pudique -, celle des deuils qui encadrent le texte : deuil du frère disparu (à qui il consacré un ouvrage en 2014, Tu n’as pas tellement changé), deuil du père qui meurt le 1er mai - il se contente de noter : «je n’écrirai pas sur papa» et s’ensuit un long silence du journal abandonné jusqu’au 10 juin. Autre registre de l’intime : le bonheur d’être père, de suivre ses trois enfants, leurs progrès, leurs jeux, leurs petites phrases, de les protéger. Les préoccupations du romancier aussi, qui occupent une large part du journal : 1997 est l’année de la parution de son roman 1941, dans lequel il a voulu donner de la période de Vichy une image complexe, loin des lectures manichéennes ; son souci dans le journal tient essentiellement à la réception très inégale de son œuvre, entre les amis qui l’encensent (et dont il reproduit avec satisfaction les termes louangeurs) et les critiques qui le refusent, le blessent. La promotion du livre, une émission de télévision qui l’entraîne dans une promenade dans le Vichy de 1997.

Peut-être faut-il également placer dans le registre de l’intime ses notes discrètes sur son travail de juriste au Conseil d’État, dont il ne dit que peu de choses, au contraire de sa face publique : les dîners en ville ou encore à la Closerie des Lilas, sa vie de chroniqueur mondain, d’ami de personnalités qui occupent de diverses façons la scène publique : Bernard-Henri Lévy, Beigbeder, Sollers, etc. Les nuits blanches, les rires de potaches… Des pages aux tons changeants, de l’émotion aux remarques fielleuses, tout particulièrement pour le monde littéraire à qui il réserve quelques réflexions bien senties : de Françoise Chandernagor, membre du jury Goncourt qui n’a pas voté pour 1941 : «Aurais-je écrit un roman sur Cléopâtre, l’opposition de Chandernagor aurait été identique : elle a été la première femme major de l’ENA, elle ne voudrait pas couronner le premier énarque au Goncourt, surtout s’il vient comme elle du Conseil d’État. C’est de l’esprit d’anticorps». Ou encore : «la romancière Annie Ernaux, spécialiste du déballage doloriste (mon dépucelage, mon amant Mitteleuropa, la mort de papa, la mort de maman, etc.)». Bref, l’auteur mondain et aimable peut avoir la plume acide.

Reste, le livre refermé, le plaisir d’une lecture légère, d’une élégance désabusée et intelligente, et parfois le sentiment que l’auteur se livre : «Ma vie est déjà tellement vécue en contrebande…», note-t-il lorsqu’il refuse d’animer une phase de l’émission «Cercle de minuit» sur «La vie des idées». Depuis 1997, Marc Lambron a poursuivi son chemin, écrit plusieurs romans reconnus (c’est l’occasion de les relire ou de les découvrir…), n’a jamais abandonné son goût pour la musique qui accompagne chaque page du Journal ou presque. Sexagénaire, il peut aisément se reconnaître dans le quadragénaire talentueux de 1997. Et 1997, est-ce si loin de 2017 lorsqu’on lit le samedi 22 février 1997 : «Crainte d'aller vers un pays de cervelles de noisettes où l’on serait pris médiatiquement, entre deux feux : le Front national et le politiquement correct, les deux partis liberticides de la France d’aujourd’hui» ?...


Marie-Paule Caire
( Mis en ligne le 15/03/2017 )
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