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Luna Nostra
Ian McDonald   Luna
Denoël - Lunes d'encre 2017 /  22,50 € - 147.38 ffr. / 464 pages
ISBN : 978-2-207-13495-5
FORMAT : 14,0 cm × 20,5 cm

Gilles Goullet (Traducteur)
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La Lune au 22e siècle : un mélange de Far West – où le capitalisme est la seule règle – et de golfe persique, car la Lune exporte La ressource majeure, l’hélium, qui éclaire toute l’humanité. Un monde âpre, dénué d’air, d’eau, dédiée à la seule poussière de régolithe, et en même temps, un monde qui abrite une richesse folle, une source d’énergie indispensable et convoitée.

Alors forcément, l’humanité s’est installée, a colonisé le satellite, creusé la croute pour y fonder des villes, et, depuis plusieurs générations, s’est adaptée, a commencé à muter. Là-bas, tout à un prix, jusqu’à l’air que l’on respire où l’urine que l’on évacue : rien ne se perd, tout se transforme, et votre cadavre même a déjà trouvé preneur. Mais ce monde a déjà ses prédateurs. Les pionniers constituent l’aristocratie de ce monde nouveau, une aristocratie ancienne, condamnée physiologiquement à la vie lunaire et dès lors, fière de ses origines et jalouse de ses prérogatives.

Et parmi les familles qui contrôlent l’industrie, le commerce, les transports, il y a les Corta, un clan venu du Brésil, les maîtres de l’hélium, des hommes d’affaires ambitieux, aux méthodes parfois expéditives. Tenus par Adriana, la matriarche, la fondatrice, la famille Corta tente de se faire une place parmi les Cinq dragons, les grandes familles lunaires. Pour cela, il faut conquérir des gisements, arracher des marchés, s’entendre avec des transporteurs, défendre ses droits, et se protéger des coups bas. Les alliances familiales – mariages plus ou moins forcés et pactes sans lendemains – alternent avec les guerres intestines… mais dans ce monde sans armes à feu, la violence est autre, et passe par des méthodes plus ou moins classiques.

On suit donc les Corta, et, par une logique de cercles sociaux, quelques autres protagonistes (dont Marina, une terrienne tout juste arrivée), dans un quotidien à la fois réglé et sauvage : il y a Rafa Corta, fantasque et émotif, le patron contesté de l’entreprise, Lucas, son frère, habile et retors, Carlinhos, le baroudeur, Ariel, la politique, Wagner, le vilain petit canard aux canines aiguisées, Lucasinho, le fils prodigue, charismatique et rebelle, etc. Un clan, dont la force réside dans ses aspérités, mais un clan qui se déchire sur ces mêmes aspérités… car, comme toutes les familles lunaires, la famille Corta a établi des règles de fer pour survivre, et les chausse-trappes sont autant au sein de la fratrie qu’en dehors. Alors il faut survivre. Survivre à la Lune et à ses dangers, survivre à la violence et aux intrigues des Cinq dragons, survivre à la dictature des clans, survivre au sein d’une humanité qui est en train de changer.

Comme une version science-fiction de Game of Thrones, le nouveau roman de Ian McDonald est, à l’instar des précédents, ébouriffant, tant par la finesse des intrigues et la densité des personnages, que par la fantaisie maîtrisée de ce monde lunaire. Dans un pidgin futuriste qui mélange allègrement l’anglais, le brésilien, le chinois (etc.), le lecteur découvre une société mutante et métissée, brutale, ultra-libérale et décomplexée. Une société où tout à un prix, une valeur, et qui se régule à partir de ce principe : une sorte d’oligarchie commerçante, comme une métaphore d’une société où le marché constituerait la seule norme. Mais McDonald est trop fin renard pour limiter son imagination à cette dystopie : les règles ne valent que si l’on peut les transgresser et c’est le cas dans ce roman porté par un souffle libertaire. Chaque personnage, dans sa part d’ombre, cherche à s’affranchir des règles, à ses risques et périls.

Dans un style ample, au souffle parfaitement rendu par la traduction, Ian McDonald nous entraîne dans tous les recoins de la Lune, dans ses bas-fonds comme dans ses palais, à travers ses villes et ses bouges, parmi sa jeunesse décadente comme au sein de ses plus secrets conseils : on respire, on meurt, on intrigue, on se bat, on se drogue, on se séduit, et surtout, on découvre un décor singulier, étonnant, entre réalisme social et prospective futuriste. On alterne les points de vue (du vieux lunaire à la jeune immigrée en quête d’oxygène et de travail) et les décors, dans une logique quasi ethnologique qui explore à la fois les règles politiques et financières, l’économie lunaire et ses religions autant que ses rituels sociaux.

Un roman passionnant, foisonnant, l’amorce d’un cycle prometteur, qui passionnera les amateurs de SF sensible à la richesse de l’univers présenté : une pépite à explorer.


Gilles Ferragu
( Mis en ligne le 03/05/2017 )
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