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Enquête sur des cendres
Marie Charrel   Je suis ici pour vaincre la nuit - Yo Laur (1879-1944)
Fleuve Editions 2017 /  19,90 € - 130.35 ffr. / 352 pages
ISBN : 978-2-265-11570-5
FORMAT : 13,0 cm × 20,0 cm
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Qui était Yo Laur, de son vrai nom Laure Alice Yvonne Brunel ? Le point de départ de cette enquête romancée est un petit tableau représentant une femme algérienne qui a fasciné l’auteure, Marie Charrel, lorsqu’elle était une petite fille en visite chez «l’oncle de Paris». Elle découvre alors que le peintre du tableau n’est autre qu’une de ses arrière-grand-tantes autour de laquelle plane un mystère. Devenue adulte, elle décide de se lancer sur les traces de cette femme peintre née à la fin du 19ème siècle et qui est, depuis, tombée dans l’oubli.

Sous la plume de Marie Charrel, Yo Laur prend corps et l'on est entraîné par le ton affectif de cette recherche. On s’attache à cette femme très libre pour son temps qui «n’était pas une grand peintre. Sa technique frôle la perfection… Ses tableaux n’ont pas la force de ceux de Delacroix ou Fromentin. Ils ne délivrent pas de message. Ils offrent un regard sur le monde. Ils ne bouleversent pas l’ordre étable : ils témoignent». Peu d’archives, un silence familial convenu et un nombre infime de témoins qui ont connu Yo Laur de leur vivant ne facilitent pas la tâche de l’auteure. Pour combler les vides et rendre à la fois vie à la femme et justice à l’artiste, l’auteure mêle à son enquête la voix imaginée de Yo Laur, qui devient alors une héroïne de fiction. Mais, ce procédé parvient aussi paradoxalement à nous la rendre plus proche, plus vivante.

Yo Laur est issue d’une famille de peintres : des hommes bien sûr, son grand-père, son oncle et surtout son père, Alfred-Arthur Brunel, peintre animalier dont elle suit très tôt les traces. Les premiers tableaux de Yo Laur font écho à ceux de son père, imitant d’abord ses représentations de chats, puis les complétant jusqu’à surpasser le père en technique. La jeune fille est douée et exposera puis vendra assez vite ses propres toiles, essentiellement des chats, des marines ou des portraits de ses sœurs ou de ses amis. Yo, contemporaine des impressionnistes, des fauvistes, de Klee, Sonia Delaunay, Kandisky et des cubistes, ne suit cependant pas les mouvements d’avant-garde. Elle se concentre sur ses propres recherches, peine à trouver sa place dans le Paris artistique.

Sa rencontre puis son mariage avec André Bellot, un des pionniers de l’aviation des années 1910 et le grand amour de sa vie qu’elle suivra en Algérie, donnera à sa vie un nouveau tournant et à son art une nouvelle direction. Car l’Algérie «bouscule les rapports de l’ombre et de la lumière» et sera pour l’artiste une révélation. Féministe, Yo l’est aussi certainement, qui cherche à rencontrer et à représenter sur ses toiles de vraies Algériennes. C’est alors que la Première Guerre mondiale éclate et André devient pilote de guerre. Il revient traumatisé par cette «boucherie». Yo et lui retournent alors à Paris mais l’orage gronde de nouveau et André reprend du service au Maroc dès 1940.

Marie Charrel aborde alors la partie la plus sombre de la vie de Yo, celle oblitérée par la famille, le trou noir. Elle découvre, grâce à une nièce de Yo, des esquisses que l’artiste a dessinées lors de sa détention à Fresne puis au camp de Ravensbrück, et que des codétenues sont parvenues à faire sortir pour «témoigner». Yo Laur a été arrêtée (dénonciation ? faits de résistance ? erreur ?) et déportée en août 44 à Ravensbrück. Elle avait 65 ans. Elle y mourra quelques mois plus tard.

Pour mener à bien cette biographie romancée, Marie Charrel a su fouiller avec persévérance dans les mémoires et dans les quelques archives disponibles, a remué le passé, et fait le voyage à Alger ainsi qu’à Ravensbrück. Elle parvient à faire se confondre les deux voix du récit : la sienne et celle de Yo Laur. Car cette enquête sur son aïeule se double d’une quête plus intime : Marie Charrel y entremêle aussi sa recherche du père disparu et dont elle a ignoré l’existence pendant son enfance. Marie Charrel a su faire œuvre de biographe, reconstruire patiemment et de manière sensible une vie. Arracher Yo Laur à la nuit et à l’oubli. La faire témoigner encore sur le lieu où «on achève bien les femmes» : «Un peu de charbon pour laisser trace, mes sœurs doivent savoir où et comment j’ai vécu mes derniers jours, mon mari doit savoir où je suis morte. Le monde doit savoir comment on tue les femmes dans l’antichambre de l’enfer. Ici à Ravensbrück».


Sylvie Koneski
( Mis en ligne le 04/09/2017 )
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