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Les Malheurs de Sophie
Marquis de Sade   Les Infortunes de la vertu
Flammarion - GF 2014 /  4,30 € - 28.17 ffr. / 186 pages
ISBN : 978-2-08-133013-9
FORMAT : 10,8 cm × 17,8 cm

Jean-Marie Goulemot (Préfacier)
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Au moment où le Marquis de Sade (1740-1814) écrit Les Infortunes de la vertu (1787), il séjourne à La Bastille. En effet, son passé (et passif) de libertin quelque peu pervers lui a valu quelques plaintes de jeunes femmes choquées par ses pratiques peu orthodoxes de l’amour à plusieurs… Et c’est d\'ailleurs en partie le thème de ce roman philosophique où Sophie, en prise avec la cruauté la plus ignominieuse, quelle soit sociale, religieuse ou sexuelle, ne cessera de se poser la question du vice et de son contraire, du bien et du mal et de la porté des deux notions devant la morale, l’absolu et le divin. Prémices de Justine ou les malheurs de la vertu publié en 1791, cette introduction à la pensée sadienne possède encore aujourd\'hui tout son piquant, pour ses détails choquants et son classicisme narratif.

Juliette et Justine sont deux sœurs. L’une est affranchie, éprise de liberté et pragmatique alors que sa cadette est vertueuse, chaste et obéissante. Au jour du choix de leur destin, l’une choisit la liberté, en dépit de la morale quand l’autre préfère servir la vertu. Ce choix va la conduire au fil de ses rencontres sur le terrain de la souffrance, de la torture, du viol puis de la mort.

Quelle philosophie expose Sade dans ce conte célèbre ? Laisser libre cours à ses penchants instinctifs, ses pulsions les plus morbides en dépit d’une vertu que seul Dieu est en droit d’exiger ? Ce serait bien trop simple et restrictif. Même si le marquis insiste lourdement sur le fait que les méchants s’en sortent quand ceux qui veulent faire le bien sont punis avec dureté. La thèse est on ne peut plus classique et reprise depuis : les plus forts, les plus ambitieux et les moins scrupuleux s’en sortent toujours bien mieux (socialement, économiquement, voire psychologiquement) que les timides, les modestes, les altruistes, bref ceux qui ne veulent pas s’imposer et acceptent l’injustice. Sauf que Justine (qui adopte dans le texte le nom de Sophie) va subir de plein fouet la foudre des hommes en matière de sévices, d’humiliation, de torture, de viol et de pression morale. Sa naïveté va la conduire droit au précipice et pour quel but, se demandent les méchants qui écoutent son discours ? La souffrance et la peur ?

D\'un point de vue strictement littéraire, ce conte est un petit chef d’œuvre de «classicisme gothique». A l’instar d’un Racine qui exprimait avec une rigueur de style les foudres de la passion, Sade déploie un classicisme formel pour décrire l’inénarrable. Les séances de viols collectifs organisées par des moines satyres auprès de jeunes femmes humiliées et bafouées dans leur dignité  (elles-mêmes racontées par Sophie qui se confesse) sont d’une élégance toute en images feutrées qui permettent au pornographe et son lecteur d\'imaginer les pires aberrations sexuelles. Aberrations sommes toutes consubstantielles à la nature sexuelle de l’homme (qui est un prédateur) par rapport à la femme (qui est un objet de désir, et du coup de plaisir). Mais finalement l’effroi saisit les sens… Le texte de Sade est d\'un profond pessimisme sur la nature humaine.

Sade, qui parle également au travers de la voix de son héroïne, n’approuve pas cela, mais il constate, en mêlant subtilement voyeurisme morbide, réalité de perversion et injustice cruelle. La fin du conte est cependant bien plus morale que les descriptions qui alimentent les malheurs de la pauvre fille (qui passe par tous les statuts de la dépravation : prisonnière, esclave sociale, esclave sexuelle, condamnée, vagabonde, victime, etc.). Il serait d’ailleurs intéressant de confronter ce classique à la vision féministe actuelle ! Le statut de la femme est défini par les hommes et il est on ne peut plus clair : servir, obéir et s\'abandonner au vice masculin.

Toujours est-il que la question demeure : pourquoi faut-il être vertueux quand le vice, par ailleurs, triomphe ? Pourquoi l’immoralité est-elle à proscrire alors qu\'elle nous ouvre tant d\'opportunités licencieuses ? Peut-être parce qu’il ne faut pas faire à autrui ce que nous ne voudrions pas qu\'il nous fasse. C\'est pour cela que Sophie est une sainte, et qu\'elle meurt comme elle a vécu, en martyre de Dieu.


Jean-Laurent Glémin
( Mis en ligne le 31/03/2014 )
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