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Manipulation
Delphine de Vigan   D'après une histoire vraie
Le Livre de Poche 2017 /  7,90 € - 51.75 ffr. / 384 pages
ISBN : 978-2-253-06863-1
FORMAT : 10,8 cm × 17,8 cm

Première publication en août 2015 (JC Lattès)

Prix Renaudot 2015

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Depuis Rien ne s'oppose à la nuit en 2011, Delphine de Vigan n'avait publié aucun roman. D'après une histoire vraie (publié en 2015 chez JC Lattès, aujourd'hui au format poche) était donc fort attendu. Et c'est l'histoire de cette attente, de la pression qui pèse sur un écrivain au lendemain d'un succès, que nous raconte ici Delphine de Vigan. Elle nous invite dans son intimité ; on la suit avec un malaise grandissant au fur et à mesure que le récit développe cette histoire d'emprise malsaine.

D'une certaine façon, son texte contredit tout ce que l'on a pu lire sur l'urgence de l'écriture, son évidence. La narratrice, Delphine, ne peut plus écrire, paralysée progressivement. Certes, elle tient un sujet qui renoue avec ses romans plus anciens (No et moi, Les Heures souterraines) : la télé-réalité et ses conséquences pour les acteurs. Elle a réuni une solide documentation, elle pourrait écrire, elle va écrire mais...

Mais un soir, dans une soirée où elle se rend par hasard, elle rencontre une jeune femme élégante, L., avec qui s'installe d'emblée le sentiment d'affinités fortes. Une rencontre qui pourrait être banale et sans suite mais qui va se transformer en une relation exclusive, Delphine s'enfermant dans sa panique de l'écriture, de l'ordinateur et du fichier Word, se repliant dans son appartement ou de longues promenades parisiennes sans but ; un appartement dans lequel s'installe L. comme elle s'installe dans la vie de Delphine, que ses amis désertent. Restent seuls présents mais lointains, éloignés par leurs études ou leur travail, les deux jumeaux Louise et Paul et le compagnon François, journaliste littéraire qui part régulièrement aux États-Unis pour y rencontrer des écrivains célèbres. Aucun des trois ne verra jamais L. qui s'écarte discrètement à leurs retours, n'accompagne pas Delphine dans ses séjours à la maison de campagne de François.

Delphine narre cette relation malsaine qui se construit par touches, son récit est postérieur aux faits décrits ; le lecteur sent immédiatement l'emprise de L. sans toutefois en mesurer la portée, alors que Delphine conte ses doutes, note postérieurement son manque d'attention aux détails inquiétants, son aveuglement peut-être volontaire : «Voilà sans doute comment L. s'est installée dans ma vie, avec mon consentement, par une sorte d'envoûtement progressif». L. met en péril la fragile confiance en elle de Delphine minée de surcroît par d'inquiétantes lettres anonymes, elle critique le choix de son sujet : «Les gens en ont assez des intrigues bien huilées, de leurs accroches habiles et de leurs dénouements (...) Des histoires produites en nombre et déclinables à l'infini. Les lecteurs, tu peux me croire, attendent autre chose de la littérature et ils ont bien raison : ils attendent du Vrai, de l'authentique, il veulent qu'on leur raconte la vie, tu comprends ? La littérature ne doit pas se tromper de territoire».

D'après une histoire vraie est une réflexion sur la production littéraire actuelle, l'éternelle question de la relation entre le Vrai et le roman, la fiction et le réel, ce réel dont un adolescent vante la supériorité : «il a des couilles». La question est régulièrement posée depuis une ou deux décennies avec la vogue de l'autofiction... Delphine de Vigan appartient à une génération brillante, elle rappelle au fil du récit qu'elle était en khâgne avec Agnès Desarthe et Nathalie Azoulai, l'une et l'autre auteures de romans brillants. L., qui prétend avoir été élève dans la même khâgne, appartient à la même génération de quadragénaires, elle en est la version longue, blonde, un brin désinvolte, féminine, qui assume sa vie, seule. Son métier : nègre littéraire ou plume selon les termes actuels ; se glisser dans la vie des autres, la saisir mieux qu'eux, la mettre en scène avec un talent d'écriture qui leur manque. L. a pourtant une vie à elle, du moins en distille-t-elle quelques fragments.

Au fond qui est L. ? Existe-t-elle ? Est-elle le double fantasmé de l'auteur ? Le roman est placé sous le parrainage littéraire de Stephen King ; l'angoisse de la page blanche nourrit ainsi un thriller implacable.

L'histoire finit bien puisque nous lisons le livre qui a donc été écrit, une histoire vraie puisque la couverture (comme dans Rien ne s'oppose à la nuit) s'orne de trois photos de Delphine jeune étudiante : le réel est donc bien là, l'auteur nous l'affirme... Et pourtant... qui manipule qui ? Le dernier mot, pour le lecteur attentif, est un ultime indice. On peut être déçu par le style (ou son absence) de Delphine de Vigan, mais en aucun cas lui dénier son talent à raconter une histoire, vraie, vraisemblable ou non, qui emporte le lecteur. N'est-ce pas la définition même du roman ?...


Marie-Paule Caire
( Mis en ligne le 22/02/2017 )
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