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Ecrire comme Wolfe…
Tom Wolfe   Où est votre stylo ? - Chroniques d’Amérique et d’ailleurs
Pocket 2018 /  8 € - 52.4 ffr. / 450 pages
ISBN : 978-2-266-28424-0
FORMAT : 11,0 cm × 17,8 cm

Première publication française en octobre 2016 (Robert Laffont)

Philippe Labro (Préfacier)

Bernard Cohen (Traducteur)

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De même qu’il faudrait «bouger comme Jagger», il serait sans doute intéressant de savoir «écrire comme Wolfe»… Tom Wolfe, c’est, pour le grand public francophone, quelques romans de poids : Le Bûcher des vanités, Moi Charlotte Simmons, L’Etoffe des héros... Des romans qui suivent un principe simple : chaque ouvrage explore un contexte, un monde, celui de la haute finance, celui des universités américaines, celui du domaine spatial, Miami, etc., comme autant de reportages transformés en histoire, avec une intrigue qui se nourrit des observations et autres «choses vues» de l’auteur.

Une approche naturaliste à la Zola sans doute, mais marquée par ce sens de l’écriture propre au monde anglo-saxon. Tom Wolfe est tout ça, mais il n’est pas que cela, et avant l’écrivain à succès, il y eut le journaliste à succès, dégaine de dandy sudiste (costume blanc impeccable et coupe parfaite) et regard de mauvais garçon. Car Wolfe est d’abord un journaliste, l’un de ces hommes de plumes qui, depuis Truman Capote, en passant par Norman Mailer, Hunter S. Thompson, etc., ont voulu lier littérature et journalisme, au point d’inventer un genre neuf, le «nouveau journalisme» (on parle aussi de journalisme gonzo) dont le principe est l’immersion (embedded avant l’heure), la subjectivité assumée au service d’un projet qui privilégie le vécu à l’information brute. Le résultat, ce sont des reportages impressionnistes, comme autant de plongées dans des sphères et des mondes étranges, où l’auteur nous entraîne. Le style lui-même est, à l’aune de cette approche, très oral, très visuel : le premier reportage de cette anthologie, à Las Vegas, commence par une demi-page de «Hernie» scandés jusqu’à l’abrutissement, l’histoire d’un type qui harcèle le croupier d’un casino (avant de se faire sortir)… ambiance.

Plongeons donc : Vegas, ses paumés et ses notables, l’industrie du disque ou celle des radios pour jeunes et de DJ avant l’heure, le mannequinat, l’art contemporain, la mode et l’importance des boutonnières, le fondateur de Playboy en majesté… Wolfe, c’est un peu le narrateur de Proust, égaré dans l’Amérique huppée des années 60/70 : il passe, observe, croque, pose des questions et se nourrit des réponses pour les restituer «dans leur jus» au lecteur. On croise Max Weber au détour d’un reportage sur la customisation des voitures, on convoque Poe pour la soirée dans un salon-casino discret, on musarde avec Nathalie Wood, on se moque des Anglais que l’on révère…

Avec Wolfe, il n’y a pas de cohérence, pas de règles, seulement des impressions, des croquis, des moments de vie pris sur le vif et lâchés comme tels au lecteur… du plaisir sans mélange, sans les artifices du style (ou peut-être avec trop d’artifices, comme ces passages à la majuscule pour signifier un emballement soudain et pensé), et le choix de tout observer sans trier. Et comme ça, au milieu de ces portraits distancés, ironiques et sympathiques à la fois, des esquisses d’une soirée en ville (et de sa faune chic) qui révèlent, au passage, un joli coup de crayon et un goût (on s’y attendait) pour le pastiche et la caricature. Il y a chez Tom Wolfe une curiosité vraie, et une forme de complicité sympathique avec le lecteur comme avec le sujet : c’est sans doute l’essence du nouveau journalisme, cette sympathie, et cela donne une plongée étonnante et colorée dans une Amérique encore heureuse, qui exporte sa culture et son modèle, crée ses mythes et ses héros ou en revendique d’autres (les Beatles).

Cette anthologie, riche de nombreux textes et joliment traduite, dévoile le talent d’un écrivain peu connu ici comme journaliste, ou plutôt montre quels sont les ressorts de cet auteur singulier, aux aspérités indéniables et au charme savamment ébauché. Pour les amateurs de Wolfe, mais aussi tous ceux que l’écriture journalistique et l’Amérique des sixties passionnent.


Gilles Ferragu
( Mis en ligne le 05/02/2018 )
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