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Le cri de la salamandre
Inès Cagnati   Le Jour de congé
Gallimard - L'Imaginaire 2017 /  7,50 € - 49.13 ffr. / 180 pages
ISBN : 978-2-07-271052-0
FORMAT : 12,5 cm × 19,0 cm
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Inès Cagnati (1937-2007) n’a écrit que trois romans (Le Jour de congé, Génie la folle, Mosé ou le Lézard qui pleurait) mais quels romans ! Issue d’un milieu rural d’immigrés italiens dans le Lot et Garonne, d’une famille de cinq filles, elle a été professeur de lettres.

Paru en 1973, Le Jour de congé est aujourd’hui réédité dans la collection ''L’Imaginaire'' de Gallimard. Un texte beau, poignant, étrange comme l’est la narratrice, la jeune Galla, 14 ans, qui tient d’un bout à l’autre le fil de ce récit. Galla qui nous fait voir le monde dans lequel elle vit, ou plutôt les mondes : le lycée, policé, peuplé de jolies filles riches en blouses roses impeccables, et les marécages noirs dans lesquels sa famille tente de survivre. Un univers sans pitié, cruel et taiseux, à l’image du père qui, pêchant un jour une salamandre, ne la décroche pas de la canne à pêche, de crainte de se brûler, et la laisse mourir appuyée sur un arbre.

Une mort lente et longue scandée par le cri déchirant et minuscule de la salamandre qu’entend la jeune Galla impuissante. Ce cri qui l’accompagne au long de ces vingt-quatre heures, qui commencent un soir où, juchée sur sa bicyclette hors d’âge, elle quitte le lycée pour retrouver sa famille ou plus exactement sa mère. La bicyclette, en roulant, émet un son semblable au cri de la salamandre. Bicyclette qui est aussi son seul bien, bien dérisoire qui ne tente personne.

Sur le trajet, Galla se remémore son enfance dans la ferme isolée, avec les nombreuses sœurs, le père si dur, la mère qui elle non plus n’a aucune tendresse à donner, toutes les forces de la maisonnée tendant à survivre coûte que coûte, en dépit des épreuves, des morts, des naissances trop nombreuses, de la faim, de la promiscuité. La méfiance à l’égard des autres, de tous les autres. Une méfiance qui habite Galla «la noire» dans le lycée où, interne, elle poursuit sa scolarité, grâce à une institutrice bienveillante.

Dans cet aller-retour infructueux pour voir sa mère quelques heures, passe toute la détresse de l’adolescente, sa vie entre le monde noir auquel elle appartient par toutes les fibres de son être et la blondeur de Fanny, l’amie lumineuse du lycée. Deux mondes incompatibles, que Galla veut étanches, elle qui porte sa douleur : «Alors, je comprends bien que personne ne me voulait quand je suis née. Moi aussi, j’aurai préféré ne pas naître. C’est si triste toute ma vie et d’être moi»«Je pense à moi et je me dis personne ne me veut, pas même moi. Alors j’ai pitié de moi parce que personne ne me veut, pas même moi».

Galla se livre au lecteur, alors qu’elle n’est qu’énigme pour les autres, les filles du lycée, mais aussi son père qui, ce soir-là, ne la laisse pas pénétrer le seuil de la maison ; elle dormira dans la niche avec la chienne avant de repartir au petit matin. Galla si dure à l’extérieur, est cependant capable de dire le monde, ses contradictions, ses beautés… capable d’humour, de tendresse, d’émerveillement… émue par le son déchirant du poème d’Éluard : Le front aux vitres comme font les veilleurs de chagrin. Galla roule désespérément pour tenir le lien entre les deux parties de sa vie - la ferme, le lycée -, tentative vouée à l’échec ; la bicyclette fidèle se noiera en silence, mais le souvenir du cri de la salamandre persiste…

Un beau texte, poétique et tonique, sur une enfance ravagée, mais aussi les vertus de ce qu’on nomme désormais la résilience. Publié en 1973, dans une France proche de son passé rural, Le Jour de congé se lit aujourd’hui comme un texte sur la pauvreté radicale, la misère invisible aux autres, la différence infranchissable.


Marie-Paule Caire
( Mis en ligne le 24/03/2017 )
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