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Théo-logique ?
Michel Onfray   Penser l'Islam
Le Livre de Poche 2017 /  6,90 € - 45.2 ffr. / 181 pages
ISBN : 978-2-253-18637-3
FORMAT : 11,0 cm × 17,8 cm

Première publication en mars 2016 (Grasset)
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L'historien Shlomo Sand a critiqué dans une conférence le livre de Michel Onfray, l'accusant que, ne connaissant pas l'arabe, ce dernier ne pouvait développer un point de vue pointu. Au-delà de cette critique, cet essai se fonde sur une base litigieuse : l'idée de trouver dans le Coran une base guerrière ou de conquête expliquant le terrorisme actuel. L'auteur débusque en effet des sourates violentes en plus grand nombre que d’autres beaucoup plus pacifiques. Mais quelle valeur l'analyse d'un si vieux texte peut-elle avoir pour rendre compte de phénomènes actuels  ?

Accréditant curieusement la théorie du ''choc des civilisations'' (Samuel Huntington), Michel Onfray ne revient pas sur la montée de l'islamisme radical intervenu dans un contexte fort suspect, depuis les interventions des États-Unis en 1990 au Moyen-Orient : l'URSS s'est effondrée et les ennemis qu'étaient les communistes staliniens auparavant ont été remplacée par de nouveaux. Cela pose question... On rappellera que le 14 octobre 1990, une jeune femme koweïtienne (''l'infirmière Nayirah'') témoigna, en pleurant, devant une commission du Congrès des États-Unis, qu'elle vit des soldats irakiens entrer dans l'hôpital tirer sur des bébés en couveuses. Ce témoignage a ému l'opinion publique internationale et a contribué à ce qu'elle soutienne l'action des puissances occidentales contre les armées de Saddam Hussein lors de la guerre du Golfe. Or ce témoignage était faux. La jeune femme, entraînée par Michael Deaver, ancien conseiller en communication de Ronald Reagan, était la fille de l'ambassadeur du Koweït à Washington, Saud bin Nasir Al-Sabah. Et les fameuses armes de destructions massives étaient inexistantes

Il paraît anachronique dès lors d’en référer à de vieux textes pour tenter d’expliquer ou de trouver une base au terrorisme dit islamiste actuel alors que celui-ci n’existait pas dans les années 80. Ce livre paraît donc dépassé même si Michel Onfray, par ailleurs, rappelle dans des entretiens les interventions de l’OTAN dans cette partie du monde, interventions qui auraient fait 4 millions de morts. On se souvient aussi de son tweet fort explicite : «Droite et gauche qui ont internationalement semé la guerre contre l'islam politique récoltent nationalement la guerre de l'islam politique».
 
Il paraissait donc plus logique d’écrire un essai de géostratégie, sur les services secrets par exemple, pour expliquer les tensions actuelles au niveau international que d’examiner des textes d'une autre époque. On peut lire l’essai Nos très chers émirs de Christian Chesnot et Georges Malbrunot, entre autres, pour fournir une explication plus rationnelle sur ce sujet. Par exemple, comment expliquer le fait de lutter en France contre le terrorisme tout en passant des contrats avec le Qatar qui est à la pointe dans le financement de ce même terrorisme ?

Certes, ces textes religieux ont leur intérêt pour comprendre le développement des civilisations et sur quelles bases elles reposent ; moins pour expliquer les motivations profondes de notre monde contemporain sur un sujet spécifique. D’autant qu’une grande partie des textes religieux des trois monothéismes, qu’ils soient violents comme l’Ancien Testament ou le Coran, ou plus apaisés comme le Nouveau Testament, n’authentifient en rien la volonté de puissance d’un peuple sur un autre, à moins de l’essentialiser définitivement. De fait, nos droits de l'Homme ne sont pas moins meurtriers comme Michel Onfray l’écrit aussi justement : «Au nom de quoi pouvons-nous justifier que notre civilisation serait tellement supérieure que, de facto, elle mériterait de s’imposer par les armes à telle ou telle autre civilisation ? Si ce principe français s’avérait universel, alors il permettrait à d’autres civilisations de penser de la même manière et, de ce fait, il justifierait les interventions militaires sur notre territoire. Si ce qui vaut pour nous ne vaut pas pour tous les autres, alors qu’est-ce qui justifie cette extraterritorialité ontologique – sinon cette folie que nous habillons d’un beau concept sophistique : la vieille logique colonialiste».


Yannick Rolandeau
( Mis en ligne le 12/05/2017 )
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