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L’histoire figurée
Vincent Guigueno   Christian Delage   L'Historien et le film
Gallimard - Folio histoire 2004 /  7.90 € - 51.75 ffr. / 362 pages
ISBN : 2-07-041703-4
FORMAT : 11x18 cm

L'auteur du compte rendu: Gilles Ferragu est maître de conférences à l’université Paris X – Nanterre et à l’IEP de Paris.
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Le mariage de l’histoire et du cinéma est forcément problématique : l’histoire apporte dans la corbeille des époux l’honorabilité que lui confère la science du passé, quant au cinéma, son intérêt réside dans sa capacité à mettre en image, à créer - ou recréer - du réel. Tant qu’il ne vise qu’à séduire, le cinéma est reconnu, mais en tant que représentation historique, voire objet de recherche, sa légitimité s’avère plus contestée, sinon plus contestable. Aussi une réflexion historique autour du cinéma a longtemps entraîné une certaine suspicion : dans leur introduction, les auteurs citent notamment un article ironique de Marc Ferro, pionnier en ce domaine, et qui constate dans les années quatre-vingt le peu d’intérêt que son sujet soulève au CNRS. Mais cela n’a pas empêché des historiens comme lui de défricher ce secteur et de former d’autres historiens, désormais installés sur un matériau aussi ample qu’incontestable. Sans revendiquer une valeur programmatique, cet ouvrage fait ainsi la démonstration des possibilités du genre et, dans une introduction bien menée, pose les cadres d’une «histoire figurée», autour de films «qui donnent de l’histoire une forme cinématographique».

Une première partie, autour de cinéastes très différents, applique à divers types de cinéma (du documentaire à la comédie) les propositions de l’introduction, défendant une histoire «figurée». Ainsi, le Chaplin du Dictateur illustre les ambiguïtés de l’humour face à un phénomène comme le nazisme et ses crimes, dans un contexte complexe, les années 1938-1940. Des origines du projet à sa réalisation et aux interrogations concernant sa conclusion, les auteurs décryptent avec talent les images et les coulisses d’un chef d’œuvre de la parodie historique. Dans un genre totalement différent, ils suivent le premier coup de manivelle d’un jeune soldat américain entrant dans un camp de concentration à Falkenau et filmant pour mémoire la tragédie qui se découvre aux yeux des alliés. Ce jeune soldat marqué à vie s’appelle Samuel Fuller, et l’un de ses chefs d’œuvre, The big red one (Au delà de la gloire), s’inspire directement de son expérience de la guerre et de sa tragique conclusion. En dévoilant ce reportage, les auteurs révèlent le traumatisme aux origines du film, une mise en abyme à des fins quasi-psychanalytiques. Dans le cas de Nuit et brouillard, le problème est bien différent, et il y a loin d’un Samuel Fuller découvrant dans l’objectif de sa caméra une réalité inimaginable à un Alain Resnais représentant/mettant en scène la même réalité. La difficulté à laquelle A. Resnais doit faire face est de traduire en images un tel drame, et de donner une voix aux disparus. Dans un autre registre, l’Armée des ombres de Jean Pierre Melville, film inspiré du roman éponyme de Kessel, pose le problème de la représentation de la Résistance, du moins d’une certaine idée de la résistance (gaullienne dirait-on) dans les années d’après-guerre, et en dépit d’une réalité plus complexe et hétérogène. Tous ces articles sont autant de remarquables essais sur un thème qui révèle ses possibilités.

Une deuxième partie, intitulée «pratiques historiennes de l’Histoire», évoque de manière plus théorique quelques problématiques illustrées en première partie : celle de la place de l’historien dans le film («spectateur, conseiller ou réalisateur») ou celle du rapport à la vérité (mais le terme même est discutable) – depuis le documentaire jusqu’à l’œuvre de fiction. Sans méconnaître les critiques faites à ce genre d’histoire, accusée d’un excès de déterminisme (critiques déjà faites à M. Ferro et qui, du reste, pourraient s’appliquer à tout travail sur archives), les auteurs ont élaboré un questionnement critique, adapté au film lui-même et aux diverses étapes de son élaboration, qui justifie pleinement leur démarche.

Un épais dossier en annexe vient compléter et préciser les articles. Il regroupe des documents de tout type, historiques et historiographiques, depuis un article précurseur de Georges Duby invoqué en tant que caution historique jusqu’à la copie de français d’un candidat à Polytechnique dans les années quarante, dont l’intérêt est plus anecdotique. Certains documents, comme le script d’un documentaire sur les voyages du maréchal Pétain, script commenté, ou encore celui du film d’A. Resnais, sont particulièrement utiles au néophyte pour comprendre le fonctionnement d’un film.

On l’aura compris, ce petit ouvrage recèle quelques trésors, et si la cohérence n’est pas toujours au rendez-vous – on a parfois l’impression d’être face à une vitrine historique mal rangée – la qualité et l’intérêt sont par contre là, servis par un style plaisant qui en fait une lecture accessible tant aux amateurs qu’aux curieux du septième art. Une leçon revigorante.


Gilles Ferragu
( Mis en ligne le 05/04/2004 )
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