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2084 !
Alain Damasio   La Zone du Dehors
Gallimard - Folio SF 2009 /  9,60 € - 62.88 ffr. / 650 pages
ISBN : 978-2-07-036133-5
FORMAT : 11cmx18cm
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2084 : l’humanité a essaimé dans des cités spatiales qui fonctionnent un peu comme des utopies démocratiques : un principe majeur, la traçabilité… tout est traçable, notamment (surtout) les citoyens. Une puce, une carte, un code-barre et l’Etat veille sur vous : pas d’intimité (il y a même un boulevard Bentham, l’inventeur du panoptique), mais de la sécurité… et tout ce qui s’ensuit, une sorte de Big Brother démocratique. Autre principe démocratique : la méritocratie, mesurée selon une échelle générale, le clastre, un classement total de la population. A chacun selon son mérite… ou sa tare. Et si l’on combine ces deux beaux principes, cela donne une société bien policée, plus ou moins ouverte en fonction de votre degré de déviance, de dangerosité… Le clastre ou la pyramide sociale d’Ancien régime réinventée, avec ses privilégiés, sa noblesse et son tiers Etat… qui n’aspire qu’à une chose : s’élever dans le clastre. Que du bonheur !

Le roman s’organise autour de Capt, un prof de philo correctement clastré… mais mal pensant, hostile à ce totalitarisme mou, subversif pour tout dire. Son truc à lui, c’est aller se promener dans la Zone du dehors, le dehors de la cité – désert de pierre, chute de météorites, oxygène plus que raréfié, et une vue splendide sur les anneaux de Saturne… pas forcément interdite, mais mal vue, déconseillée, marginale et donc marginalisante… un aller simple pour les bas fonds du clastre… Et comme Capt est décidément infréquentable, il appartient à un mouvement résistant/insurgé/terroriste, la Volte… un mouvement libertaire, ou du moins libéral au sens originel du terme. Volution, camarade ! Aux côtés d’autres Voltés, Boule – l’étudiante amoureuse -, Kamio – un Robespierre raisonnable -, Slift - un Danton terroriste -, Obffs, Brihx… Capt entre dans la mécanique du terrorisme, de la révolte, de la violence libératrice… et de la répression implacable. On passe, via la typographie, d’un personnage à l’autre, comme une version chorale et SF des Possédés.

On est bien sûr à un millénaire de 1984 : là où Orwell dénonçait le totalitarisme soviétique et la figure de Staline, Damasio dénonce le consensus mou, la démocratie impériale… Tocqueville aurait parlé d’une «tyrannie de la majorité» : Damasio la transcrit en une fable philosophique et SF, où l’on retrouve aussi des accents d’Alain Badiou, de Michel Foucault. Bref, une SF qui ose se frotter à la politique sans tomber dans le stéréotype. Mais chez Alain Damasio, ce qui frappe d’abord (au sens fort, physique du terme), c’est la langue, le style, des phrases qui ne reprennent pas leur souffle, des mots balancés à la mitrailleuse, un récit fiévreux, révolté et surtout une plume surdouée, qui joue et se joue de la langue, prend son envol, décrit des arabesques et retombe sur ses pattes…

Alain Damasio s’était fait connaître avec La Horde du contrevent, un texte sublime récemment réédité chez Folio SF… Le public SF découvrait là un auteur au sens littéraire du terme, boulimique de mots, exalté, violent, brutal… c’est peu de dire que l’on ne ressort pas indemne de la lecture de La Horde du contrevent. Alors, dans la foulée de ce succès mérité, Folio SF publie dans une version poche le premier ouvrage de Damasio… Et là, re-claque (d’autant que le texte est un «écrit de jeunesse», non seulement au sens chronologique du terme – l’auteur avait alors 22 ans et raconte, dans une postface originelle, le sens de ce texte et son inspiration – mais également au sens générationnel du terme : un texte bouillonnant comme le furent ceux des romantiques en 1830…). Même intrigue dense, même sens des personnages et de la psychologie, même style heurté, stroboscopique, même maîtrise des mots, des rythmes, même empathie avec le lecteur. On retrouve les audaces formelles – parfois absconses – de la Horde, les discours révoltés, le sens du récit et du silence.

Bref, un écrivain, un vrai, un grand auteur de SF, porté par une veine fabuleuse, celle des Orwell (ce n’est quand même pas pour rien que le roman débute en 2084 !), des Palahniuk… un grand texte, tout simplement !


Gilles Ferragu
( Mis en ligne le 10/11/2009 )
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