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Bande dessinée  ->  Les grands classiques  
 

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Olivier Schwartz    Yann   Le maître des hosties noires - La Femme-Léopard 2/2 (Le Spirou de...)
Dupuis 2017 /  14.50 € - 94.98 ffr. / 64 pages
ISBN : 9782800164021
FORMAT : 24x32 cm
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En possession d'un fétiche africain aux pouvoirs mystérieux, Spirou et Fantasio délaissent les rues de Bruxelles et Saint-Germain des Prés et débarquent à Léopoldville un beau jour de 1947.
Il est curieux que les Spirou à la sauce passéiste prennent aussi souvent la forme d'un hommage à Hergé. Après Le Journal d'un Ingénu et Le Groom Vert-de-Gris, La Femme-Léopard, déjà, dont cet album constitue la seconde partie, nous avait replongés dans l'ambiance de Tintin au Congo et du Crabe aux pinces d'or. Spirou, c'était Haddock perdu dans la boisson, et Fantasio, le jeune reporter prêt à l'aventure.
Cette fois, le Congo, nous y sommes. Aussi Yann multiplie-t-il les références à la première aventure traditionnellement canonique de Tintin. Il y met bien sûr une bonne dose d'ironie, dévoilant les réalités de la colonisation belge et reprenant certains épisodes de la bande dessinée avec un traitement plus authentique. À la place de Coco, le négrillon naïf, Spirou rencontre Youmba, petit voleur débrouillard à l'argot facile, puis la charge des buffles est remplacée par la marche des tanks de l'armée (d'ailleurs, il n'y a pas de buffles par ici) et si un missionnaire barbu sauve le héros du fleuve comme dans une séquence célèbre de 1930, les crocodiles ne sont qu'une invention de l'homme de Dieu. Ici, les dangers viennent moins des animaux que des hommes, des braconniers que des hommes politiques.

Le Maître des hosties noires n'est pourtant pas un album de Tintin, même moderne. D'abord à cause des éléments fantastiques qui parsèment le récit, et lui confèrent une fantaisie dans la droite ligne de Marcinelle, mais aussi à cause du travail d'Olivier Schwartz. Celui-ci s'inscrit à rebours de la ligne claire. Loin d'une narration linéaire, il choisit de tourner autour de ses personnages, de multiplier les changements de plan, nous offrant des ribambelles de petits tableaux où il y a toujours quelque chose à voir. On plonge joyeusement et on se perd dans des décors fourmillants qui nous disent beaucoup de l'époque et du lieu.

Les auteurs ont peut-être un peu levé le pied sur les private jokes, qui s'accumulaient dans l'album précédent, ou ils les ont fait plus discrètes. Mais dans leurs savoureux dialogues, dans leurs brillantes images, ils brossent un portrait du Congo colonial riche en découvertes insolites ou scandaleuses. Du savon Cadum qui rend la peau plus blanche au Cinéma de l'Évolué en passant par les films de Mata-Mata et Pili-Pili, les Laurel et Hardy africains, nous avons l'impression de vivre les dernières décennies de la colonisation.

Surprise, le récit ne progresse pas vers un acmé spectaculaire qui réunirait tous les fils de l'intrigue. Les enjeux se dénouent séparément, et l'album se conclut à nouveau à Bruxelles, dans un retour au Groom Vert-de-Gris. Ce n'est peut-être pas le choix le plus convaincant parmi ceux que Yann pouvait faire. Mais c'est aussi une façon de rattacher les thèmes de ce diptyque aux précédents, le colonialisme et la Shoah. La menace totalitaire et le racisme s'ancrent au cœur de ces Spirou, désormais lisibles comme un triptyque sur le temps du deuil, la volonté de se libérer des terreurs et des humiliations. Des thématiques bien contemporaines qui font du Maître des hosties noires un récit qui parle encore au 21e siècle.


Clément Lemoine
( Mis en ligne le 27/01/2017 )
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