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Et le gibier se fait chasseur
Marylène Patou-Mathis   Mangeurs de viande - De la préhistoire à nos jours
Perrin - Tempus 2017 /  10 € - 65.5 ffr. / 502 pages
ISBN : 978-2-262-07211-7
FORMAT : 10,9 cm × 18,0 cm

Première publication en avril 2009 (Perrin)
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La viande, aliment banal que la plupart d'entre nous consomme quotidiennement, est chargée d'une histoire aussi longue et complexe que celle de l'homme lui-même ; le savions-nous ? Disons que contrairement à ce qu'annonce le sous-titre du livre, plus que d'une présentation diachronique de la consommation de viande, l'ouvrage est celui d'une préhistorienne interrogeant aussi l'ethnologie pour suivre les prolongements de comportements dont le tournant remonte à 300 000 ans. C'est en effet le moment où l'homme, auparavant simultanément gibier et victime des grands prédateurs en même temps que «récupérateur», sous des formes diverses, d'alimentation carnée, devient chasseur. Son comportement à l'égard de l'animal se tisse alors de complexités dans lesquelles le sang de l'être vivant tient une place essentielle.

Marylène Patou-Mathis expose de façon convaincante les phases d'une évolution qu'on pourrait résumer à grands traits. Au commencement était l'Australopithèque végétarien évoluant vers l'hominidé omnivore. En liaison avec l'augmentation du volume cervical, la nourriture se fait plus substantielle. Pour se procurer les riches protéines fournies par l'alimentation carnée, s'organise peu à peu le groupe dont dépendent les nécessaires stratégies et les partages. Charognards récupérant les carcasses disputées aux autres prédateurs - une pratique attestée depuis 2 millions d'années -, les hommes s'organisent alors pour capturer le gibier. Tel serait le processus de sociabilisation. Une évolution d'ailleurs largement en débat chez les préhistoriens. Les Néanderthaliens sont généralement considérés comme les plus grands chasseurs de tous les temps. Pratiques de chasse et charognage, pense M. Patou-Mathis, ont longtemps coexisté et d'ailleurs perdurent dans les sociétés d'agro-pasteurs.

Reste que si les chercheurs cernent assez bien les techniques de chasse, l'organisation qu'elles nécessitent, les catégories d'animaux capturés, et peuvent en déduire l'outillage mental et les implications socio-culturelles qui en découlent, rien ne permet de pénétrer la psychologie des chasseurs. En tous cas, ces mangeurs de viande sont les seuls mammifères à cuisiner leur alimentation, grâce au feu, et à en tirer un mieux-être d'ordre physiologique et aussi psycho-culturel. Les seuls aussi à faire une utilisation économique des produits de la chasse.

Au Néolithique, l'homme continue à chasser, mais ses motivations ne sont plus seulement alimentaires. Acte religieux, marqueur social, pratique symbolique, activité de plaisir, depuis les Assyriens jusqu'à nos jours, l'auteure présente au fil des siècles les types de chasse successifs. En soulignant le paradoxe que constitue à ses yeux la chasse contemporaine : un jeu violent ouvertement pratiqué alors qu'on a soin d'abattre les animaux de boucherie dans des espaces bien clos. Quant à la chasse à courre, elle y reconnaît un prolongement de l'ancien sacrifice sanglant de la bête noble, tandis que la tauromachie, basée sur la mise à mort de l'animal qui fut symbole et divinité de la force et de la fertilité, serait un substitut du sacrifice antique ; encore que le torero y risque sa vie, contrairement au sacrificateur d'autrefois.

S'il passe en revue les diverses façons, dans le temps et l'espace, de consommer la viande, une bonne partie de l'ouvrage concerne les animaux eux-mêmes, la valeur symbolique des uns et des autres, des divers morceaux, et plus généralement l'histoire des rapports homme-animal : de la zoolâtrie à l'invention d'animaux fantastiques, en passant par l'attribution d'une valeur morale à certains, et tant d'autres attitudes relevant de la religion, de la culture, de l'histoire, etc, finement analysées par l'auteure et suivies dans le temps et l'espace.

Une telle analyse ne pouvait évacuer la question de la consommation de la viande humaine. Le cannibalisme - contrairement à l'anthropophagie - est une institution sociale, qu'il soit de pure subsistance, guerrier, voire de gourmandise. Attesté dès Néanderthal, toujours plus ou moins pratiqué, M. Patou-Mathis en relève les traces jusque dans les expressions les plus innocentes de notre langue.

Cette brillante synthèse concerne essentiellement les époques préhistoriques et s'intéresse à la viande chassée, non à celle qu'on élève pour la manger. Le livre, aussi nourri d'érudition que de souci de la partager avec un large public, constitue une remarquable histoire des rapports de l'homme et de l'animal. De judicieux éléments pour «alimenter» les débats écologiques actuels...


Jacqueline Martin-Bagnaudez
( Mis en ligne le 04/12/2017 )
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