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Dossier LE SOLEIL ET SES RAYONS
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Les Valets de chambre de Louis XIV
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Chronique de la Fronde
Le Despotisme éclairé

Le jardinier-soleil
Patricia Bouchenot-Déchin   André Le Nôtre
Hachette - Pluriel 2016 /  12 € - 78.6 ffr. / 600 pages
ISBN : 978-2-8185-0510-6
FORMAT : 10,8 cm × 17,8 cm

Première publication en août 2013 (Fayard)

L'auteur du compte rendu : Archiviste-paléographe, docteur habilité de l'université de Paris I, Thierry Sarmant est conservateur en chef au Service historique de la Défense. Spécialiste de l'histoire de l'Etat, il a publié en dernier lieu une biographie de Louis XIV, Louis XIV homme et roi (Tallandier, 2012) et 1715 : la France et le monde (Perrin, 2014).

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Chez Louis XIV, on le sait, tout est grand : Louis est le «grand roi», son fils est le «grand dauphin», sa cousine est «la grande mademoiselle», le canal de Versailles est le «grand canal». Il n'est pas jusqu'à la peu ragoûtante opération de la fistule royale qui ne soit désignée comme «la grande opération». Cette tendance à la majoration a contaminé l'entourage du roi-soleil : Colbert pose en «grand ministre» ; Le Brun se veut le prince des peintres, Hardouin-Mansart, le plus grand des architectes de son temps et Lulli, le fondateur de la musique française. André Le Nôtre fait partie de cette impérieuse et monopolistique cohorte. Pour ses contemporains, pour la postérité, il est le jardinier par excellence, il incarne ce concept un peu vague, le «jardin à la française», fait d'ordre, de régularité, de symétrie et d'amples perspectives.

Avec le goût sans cesse croissant pour l'art des jardins, les essais ne manquent pas qui brodent sur ce thème ou analysent telle création du maître. En revanche, les biographies étaient jusqu'ici peu nombreuses et succinctes. Le quatrième centenaire de la naissance du jardinier offrait en 2014 l'occasion de combler cette lacune : c'est ce qu'a fait Patricia Bouchenot-Déchin, en publiant ce livre (aujourd'hui en édition de poche chez Pluriel) et en dirigeant un volume collectif qui paraissait simultanément chez Hazan. L'information étant répartie entre les deux ouvrages, on trouvera ici moins de renseignements sur l'oeuvre de Le Nôtre que sur sa vie et sa carrière. Toutes deux s'inscrivent dans ce premier âge méritocratique où les sciences, les lettres, les arts et les techniques - et ceux qui les cultivent - sont promus dans l'échelle des valeurs sociales et morales, aux côtés des professions traditionnelles de l'épée et de l'église. Le peintre, l'architecte, l'ingénieur, l'écrivain, le musicien s'ennoblissent avant de s'anoblir. Mouvement lent, qui commence avec la Renaissance et se poursuit, de génération en génération, jusqu'à la Révolution et au-delà.

Le milieu de «jardiniers» auquel appartient Le Nôtre - dont l'activité correspond à ce que nous appellerions aujourd'hui «paysagistes» - connaît ainsi, tout au long du XVIIe siècle, une double ascension économique et symbolique dont la carrière du «jardinier-soleil» n'est qu'une étape. Le Nôtre n'est nullement un ''self-made-man''. Ses parents et alliés sont des bourgeois, titulaires d'emplois dans la vaste nébuleuse de la Maison du roi. Les élaborations théoriques qui élèvent le jardinage au-dessus des arts mécaniques ont lieu durant sa jeunesse. Formé auprès du célèbre peintre Simon Vouet, André Le Nôtre est un dessinateur ou un architecte de jardin autant et plus qu'un jardinier à proprement parler.

Le mérite de Le Nôtre, en dehors de ses dons d'artiste proprement dits, a été de savoir tirer parti de ce contexte favorable. Avec lui, son lignage franchit le pas de la notabilité : en 1657, il achète un office de contrôleur général des Bâtiments du roi, ce qui fait du jardinier ce que nous nommerions un haut fonctionnaire. En 1675, il est anobli. En 1693, il est fait chevalier de l'ordre de Saint-Michel. Créateur de génie, Le Nôtre a été aussi un courtisan habile. Non pas, comme un Mansart ou un Lulli, en surenchérissant dans la platitude et la flatterie, mais au contraire, à l'instar d'un Vauban, en jouant auprès de Louis XIV de la rusticité et de la franchise. Un personnage qui n'est peut-être pas moins affecté mais qui convenait mieux à un homme déjà trentenaire quand le monarque monta sur le trône et dont la carrière atteignit son sommet à la veille de la cinquantaine. Pendant quarante années, Le Nôtre sera le «bonhomme Le Nôtre», modeste et fort en gueule, qui embrasse le roi et pose la main sur l'épaule du pape. Il meurt en 1700, retiré depuis sept ans, encore très en faveur et réputé dans l'Europe entière.

Au cours de la longue vie que retrace Patricia Bouchenot-Déchin, Le Nôtre est passé du service de Louis XIII à celui de Louis XIV, de Fouquet à Colbert, de Colbert à Louvois, de la dictature artistique de Le Brun à la prépondérance d'Hardouin-Mansart. Il s'est assez bien tiré de ces différentes circonstances et si, à la fin du siècle, Mansart le supplante dans les jardins, il semble que ce soit tout simplement parce que Le Nôtre est déjà fort âgé : soixante-dix ans en 1683 lorsque Colbert meurt et que Louvois devient surintendant des Bâtiments. Le seul événement saillant de cette carrière est le voyage que le jardinier entreprend en Italie en 1679, visitant Gênes, Rome, Venise, Mantoue, Milan et Turin.

Dans ces conditions, écrire une biographie d'André Le Nôtre, au sens de la biographie classique, apparaît comme une gageure. Faute de péripéties, sa vie se résume à son oeuvre, à une série de chantiers successifs ou simultanés, aux Tuileries, à Vaux, à Fontainebleau, à Versailles, dans les maisons royales et les demeures privées. Faute de correspondances conservées ou de témoignages abondants des mémorialistes - au-delà de quelques anecdotes bien connues et partout recopiées - l'existence du jardinier royal se réduit à une suite d'actes baptistaires, de contrats de mariages, de brevets et de lettres patentes, de testaments et d'inventaires après décès. Contrainte par sa documentation, Patricia Bouchenot-Déchin tente de pallier la difficulté en replaçant très largement la vie et l'oeuvre de Le Nôtre dans le contexte politique, littéraire et artistique du temps et en donnant une très complète analyse de son activité de grand collectionneur d'art. Il n'en reste pas moins que l'homme nous échappe et que les grands ressorts de l'oeuvre sont insuffisamment mis en avant. On voudrait mieux voir en quoi elle est novatrice par rapport à l'héritage de la première moitié du siècle, en quoi elle se distingue des pratiques du reste de l'Europe, jusqu'à former ce fameux art des jardins «à la française», en quoi, enfin, l'héritage de Le Nôtre a été fécond hors de France et dans les siècles suivants. Toutes choses qui se trouveront sans doute dans le volume collectif d'Hazan (André le Nôtre en perspectives, Octobre 2013) mais qui auraient mérité ici des développements plus fermes.


En dépit de quelques défauts de détail, le livre de Patricia Bouchenot-Déchin va très vite trouver sa place parmi les usuels de la bibliothèque des «versaillologues» et des spécialistes du Grand Siècle. Mais la biographie de l'homme n'est pas l'étude systématique de l'oeuvre : il nous manque encore, pour celle de Le Nôtre, un travail analogue à celui qu'Alexandre Gady a mené à bien sur Lemercier et sur Hardouin-Mansart ou à celui qu'Alexandre Cojannot a entrepris sur Louis Le Vau.


Thierry Sarmant
( Mis en ligne le 06/02/2017 )
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