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Histoire & Sciences sociales  ->  Période Contemporaine  
 

La France de la Shoah
Jacques Fijalkow   Patrick Cabanel    Collectif   Histoire régionale de la Shoah en France
Les Editions de Paris - Essais & documents 2011 /  20 € - 131 ffr. / 471 pages
ISBN : 978-2-84621-151-2
FORMAT : 14,8cm x 23cm
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Que s’est-il concrètement passé pour les Juifs en France sous le régime de Vichy ? Dans cette publication des actes du cinquième colloque de Lacaune, Patrick Cabanel et Jacques Fijalkow présentent une première mise au point très attendue de quarante ans de recherches menées sur archives régionales et locales à l’initiative de Serge Klarsfeld auquel est confiée l’introduction. Loin d’alimenter une impression de déjà vu, cet ouvrage qui concerne autant les spécialistes que les citoyens héritiers malgré eux de leur passé, offre au lecteur une argumentation détaillée et diversifiée à partir des faits concrets et des récits singuliers dont l’ensemble, articulé sous différents angles, fonde l’Histoire de cette période.

La volumineuse bibliographie surprend par son nombre de références récentes, mémoires et thèses soutenus ou en cours, qui fait écho à l’impressionnant déploiement depuis les années 1970 des travaux, individuels ou collectifs, universitaires et/ou associatifs, à propos de la persécution des Juifs en France : à l’évidence, tout n’a pas encore été dit. Malgré l’envergure d’explorations rigoureuses, entre autres de S. Klarsfeld et de Denis Peschanski, existent en effet encore ça et là des zones à éclairer au moyen d’études plus spécifiques menées en lieu, place et date où se sont produits les évènements : «au ras des pâquerettes», comme le dit Annie Kriegel citée par Jacques Sémelin, expression qui dans le cas précis désigne autant tout détail circonscrit au plan spatial et temporel que la dominante rurale de la France des années 1940.

Comme l’explique Patrick Cabanel, il importe autant maintenant de préciser la répartition des immenses pertes humaines que de saisir les multiples facteurs, psychologiques, sociologiques, politiques, religieux et/ou géographiques, qui ont permis, à des échelles variables, individuelles et collectives, de sauver un grand nombre de personnes persécutées. Les chiffres parlent : 75% de Juifs en France, dont 85% d’enfants, ont échappé à la Shoah du fait de la résistance venue de diverses organisations juives et non juives, du concours actif de personnalités laïques, administratives ou religieuses de diverses confessions, sans omettre l’aide inconditionnelle ou monnayée d’un grand nombre d’anonymes. Mais ces faits connus relèvent d’une statistique globale alors que d’un lieu à un autre, les modalités d’exécution des ordres et de riposte s’avèrent très inégales, notamment en zones libre et occupée, avant et après l’été 1942, suivant la composition des tissus sociaux, ruraux ou urbains…

Compte tenu des nombreux paramètres se pose alors une question de méthodologie dont les différents intervenants au colloque soulignent les difficultés. Pour les chercheurs qui à l’instar de Martin de La Soudière, ethnologue spécialiste de la région Auvergne, procèdent, entre autres, par enquêtes et/ou témoignages sur le terrain, la reconstruction des faits «après-coup» encourt le risque de l’effacement et du faux souvenir. Quant aux travaux sur archives, comme le rappelle Alexandre Doulut, tout en proposant quelques pistes novatrices, ceux-ci se heurtent à l’éparpillement et à la multiplicité des documents, en France et à l’étranger, souvent inaccessibles, incomplets ou diversement orthographiés. À ces problèmes de procédures peut s’ajouter le brouillage des pistes lié à la falsification des identités de personnes déplacées, déportées ou demeurées clandestines.

D’où pour l’historien l’absolue nécessité de réunir et de croiser toutes les données tangibles, quantitatives et qualitatives, recueillies région par région, département par département, ville par ville, hameau par hameau, au cas par cas. Telle est à terme la visée de ce vaste programme de recherches dont la présente publication reflète l’état actuel. En dépit des différences d’approche et de la sensibilité personnelle des chercheurs d’âge et d’horizons divers, se dégage de ce premier bilan une impression de profonde unité car si chacune des vingt-sept contributions originales constitue une entité cohérente, elle vient en même temps s’imbriquer dans l’échafaudage d’un édifice mémoriel commun. La réussite de cette première étape n’est certes pas étrangère au travail souterrain des initiateurs du projet, au choix judicieux et ouvert du mode géographique de présentation et sans doute au pacte de transmission intergénérationnelle qu’ont implicitement signé les auteurs sans se concerter.

Construit «dans le sens des aiguilles d’une montre» (midi, sud ouest, ouest, massif central, est), l’ouvrage invite le lecteur à (re)découvrir, cartes et plans à l’appui, la France des villes, des plages et des campagnes, lieux de vie ou de villégiature qu’il connaît ou croyait connaître, et à en explorer d’autres, moins familiers, sous cet angle particulier de l’Histoire de Vichy, généralement «oublié» des guides touristiques. Chacun peut entreprendre le voyage dans les pas du guide ou à son rythme en fonction d’intérêts prioritaires, quitte à adopter des chemins de traverse et à revenir sur ses pas à des fins comparatives, cheminements que rendraient plus aisés les notes placées en bas de pages et des en-têtes complets en pages impaires.

La quantité et la qualité des informations fournies méritent un arrêt prolongé : dans les régions célèbres pour leur qualité d’accueil et le sauvetage des Juifs, comme le massif central par exemple, les sources de documentation abondent, contrairement à celles, peu disertes et pourtant nombreuses, marquées par un antisémitisme latent que relaie la presse officielle. Aussi passionnantes, sinon plus, sont les étapes en terres encore peu explorées où la somme de découvertes nouvelles fonde les bases d’une Histoire récente de la Shoah. C’est le cas notamment en région Ouest (Anjou, Bretagne, Sarthe, Normandie) et en Alsace-Moselle. Plus inattendus pour le néophyte s’avèrent en revanche l’écart souligné en Corrèze entre les actes de résistance connus et l’aide apportée aux Juifs, le fossé sociologique distinguant depuis le Moyen Âge les populations par exemple du Vaucluse et de l’Aveyron, ou encore les particularités créées dans les départements situés autour de la ligne de démarcation et à proximité des frontières territoriales…

C’est dire l’actualité et l’étendue des recherches sur la Shoah en France, consignées dans ce premier volume dont le lecteur s’impatiente déjà de connaître la suite. Ajoutons que d’autres travaux sont par ailleurs en cours, entrepris notamment par Claude Laharie dans les Pyrénées Atlantiques, par Denis Peschanski à Rivesaltes, que nous attendons avec le plus vif intérêt.


Monika Boekholt
( Mis en ligne le 08/11/2011 )
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