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Histoire & Sciences sociales  ->  Période Contemporaine  
 

L’écriture journalistique à l’aune de la littérature
Marie-Eve Thérenty   Alain Vaillant    Collectif   Presse & plumes - Journalisme et littérature au XIXe siècle
Nouveau monde - Etudes de presse 2005 /  38 € - 248.9 ffr. / 583 pages
ISBN : 2-84736-045-X
FORMAT : 14x23 cm

L’auteur du compte rendu : Ludivine Bantigny est agrégée et docteur en histoire. Elle enseigne l’histoire contemporaine à l’Institut d’études politiques de Paris et à l’IEP de Strasbourg.
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Voilà un livre qui vient renouveler en profondeur l’étude du journal et des rapports que la société entretient avec la culture imprimée. Ce recueil de textes est avant tout le fruit d’études littéraires, mais il accueille également les réflexions d’historiens. Surtout, chacun s’efforce de mêler les approches, en une démarche volontairement interdisciplinaire, et c’est donc une «poétique historique» qui se dessine au fil de ce dense ouvrage.

Les rapports, faits d’amour et de haine, de diabolisation et d’idéalisation, entre presse et littérature, sont minutieusement étudiés : au XIXe siècle, les plus grands écrivains éprouvent une méfiance spontanée pour cette nouvelle civilisation du journal, engendrant à leurs yeux standardisation et mercantilisme. Mais des tiraillements, voire des déchirements, assaillent ces auteurs, tout à la fois rebutés et fascinés. Stendhal partage ce scepticisme, mais apprécie l’esprit frondeur de la presse satirique et son inventivité. Balzac fustige le «Rienologue, nommé par quelques-uns le Vulgarisateur» et vitupère «l’ordre gendelettre (comme gendarme)» ; et pourtant, quel plus grand journaliste que Balzac ? Villiers de l’Isle Adam n’a que mépris pour la presse, mais se fait «actualiste» dans les colonnes de journaux qu’il réprouve, lui l’aristocrate ennemi de la République. Les pages qui lui sont consacrées nous font bien sentir les souffrances de l’écrivain dans un siècle où tout se précipite et dont le journal est le symbole.

Toute une partie du livre est consacrée à la diffusion de la presse, entre journaux locaux et «communication-monde» selon l’expression de Jean-Yves Mollier. Entre presse en langue régionale comme l’occitan et presse en anglais offrant aux esprits avides de culture cosmopolite un regard sur l’étranger, ce sont les modalités mêmes de cette circulation qui se font objet d’études : réseaux de diffusion, commercialisation, rôle de la technologie (par exemple la télégraphie). Littérature et histoire s’épousent encore lorsqu’il s’agit de comprendre comment des journaux comme L’Illustration ou Le Magasin pittoresque, avec leurs gravures parues au vif de l’événement puis indéfiniment reprises, exposées et déclinées, font émerger une mémoire nationale, historique et patrimoniale. Il y a véritablement là, pour reprendre les mots de Jean-Pierre Bacot, une «histoire en train de se faire et [une] géographie en train de se construire».

La production intellectuelle et politique passe désormais par le périodique. Sous la Restauration, les libéraux voient dans la presse un moyen de faire advenir la démocratie, le lieu où se constitue l’opinion. Les saint-simoniens en font eux aussi l’un de leurs chevaux de bataille : ils mêlent ainsi théorie et pratique, dans la mesure où leur philosophie comme leur écriture journalistique s’inscrivent dans une commune volonté de construction incessante et de progrès indéfini. De même, le positivisme se diffuse essentiellement grâce au journal (que l’on songe aux articles d’Émile Littré exposant la pensée de Comte dans Le National). Ceux qui, comme le catholique intransigeant et réactionnaire Louis Veuillot à la tête du journal L’Univers, combattent la démocratie et la presse libre après 1848, sont aussi, paradoxalement, ceux qui en profitent le plus, usant sans vergogne du pouvoir journalistique.

Mais l’intérêt majeur du livre est peut-être de considérer le journal comme «laboratoire d’invention scripturale». Sens du tableau et de l’instantané, détournement de pratiques oratoires, écriture télégraphique : un style journalistique est à l’œuvre et bouleverse les pratiques littéraires. La poésie elle-même en est imprégnée. Tout au long du livre, une expression revient, celle d’«universel reportage» dont parlait Mallarmé. Celui-ci regarde le journal comme un déversoir où le discours se vide de sens, dans le flot des nouvelles périmées aussitôt qu’énoncées. Mais le poète voit aussi dans la forme-journal un creuset pour réinventer l’écriture poétique, en brisant «l’étouffoir du colonnage» (Pascal Durand). Les surréalistes se souviendront de cette attention esthétique au support. La presse, comme le dit Alain Vaillant, peut également jouer le «rôle oxymorique de journal intime public». Mais l’écriture journalistique est avant tout polymorphe et collective ; il faut se rappeler par là même que, par exemple, Hugo n’a pas été à l’origine du titre «Choses vues», ni Zola du titre «J’accuse». Cette pérégrination dans la narration et la rhétorique journalistiques est, enfin, l’occasion d’explorer des genres considérés comme mineurs et pourtant forts des renouvellements d’écriture et de style : littérature panoramique (tableaux de Paris, physiologies…), comptes rendus et critique littéraire, fictions d’actualité, et même poétique de la publicité…

In fine, c’est une réflexion de grande ampleur sur le genre journalistique confronté aux autres genres littéraires qui se déploie ici, et une étude de portée majeure sur l’«ère médiatique».


Ludivine Bantigny
( Mis en ligne le 23/03/2005 )
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