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Un stimulant panorama historique sur l’écologisme en France depuis 40 ans
Michael Bess   La France vert clair - Ecologie et modernité technologique. 1960-2000
Champ Vallon - L'environnement a une histoire 2011 /  24 € - 157.2 ffr. / 402 pages
ISBN : 978-2-87673-556-9
FORMAT : 14,1cm x 21,9cm

Christophe Jacquet (Traducteur)

L’auteur du compte rendu : Rémi Luglia, professeur agrégé d’Histoire et enseignant, est doctorant à Sciences-Po Paris où il mène une recherche sur l’histoire de la protection de la nature en France de 1854 à nos jours à travers le mouvement associatif.

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Traduction d’une publication en langue anglaise de 2003 (The light-green society), l’ouvrage de Michael Bess n’a rien perdu de sa pertinence et trouve parfaitement sa place dans la nouvelle et très précieuse collection de Champ Vallon : «l’environnement a une histoire». Il pallie ce faisant un paradoxal, mais néanmoins cruel, manque de travaux en langue française sur des questions aussi actuelles que celle de l’émergence de l’écologisme dans la société française. Il permet de contrebalancer une certaine profusion de témoignages d’acteurs, certes intéressants, mais qui ne peuvent que rarement prétendre à l’objectivité ni permettre une mise en perspective distanciée.

Michael Bess réalise une œuvre de synthèse en utilisant une historiographie souvent générale, mais aussi spécialisée, à l’appui d’un questionnement original sur l’histoire française. Dans quelle mesure peut-on considérer que la France est actuellement une société «écolo-light» ? D’où provient cette synthèse assez spécifique entre les idées écologistes d’une part et les conceptions modernistes (ou technologistes) d’autre part, synthèse pouvant apparaître comme contradictoire ou à tout le moins ambiguë ?

La première qualité du travail de Michael Bess est d’inscrire le mouvement écologiste français, au sens large, dans une perspective historique plus longue que celle que l’on veut bien communément lui prêter. Non, ni l’écologie, ni l’écologisme ne sont nés dans les années 1970. Non, Mai 68 n’est pas l’événement fondateur de toute prise de conscience environnementaliste. Sans vouloir remonter trop loin – le sujet des origines est un débat sans fin –, Michael Bess est le premier auteur à proposer une synthèse intégrant pleinement les années 1950 et 1960, tout en n’omettant pas de signaler des mouvements préexistants (Société d’acclimatation, protection des paysages, réserves naturelles en métropole et dans les colonies, etc.). Il se conforme ainsi à l’intérêt même de l’histoire en tant que science, qui est d’éclairer le présent par la compréhension du passé. Ce faisant, il permet de dégager l’histoire de l’écologisme de l’immédiateté et de la nouveauté, érigées en dogme et véhiculées par les médias et les acteurs encore vivants, pour l’inscrire dans une perspective bien plus réfléchie et mise en phase avec des évolutions structurelles de la société. L’affaire de la Vanoise, celle du Larzac, le nucléaire, les éoliennes, le TGV ne sont plus uniquement des événements fondateurs mais bien les produits, et donc les témoins, de dynamiques préexistantes.

La seconde qualité de l’ouvrage de Michael Bess est de ne pas fragmenter le mouvement écologiste français mais, bien au contraire, d’étudier l’ensemble des courants qui le composent et que l’on rassemble généralement en trois groupes : les écologues (scientifiques), les écologistes ou environnementalistes (qui s’intéressent au cadre et au mode de vie) et les écologistes politiques. Encore une fois, c’est l’esprit de synthèse qui fait la force de ce livre, qui en fait aussi sa rareté parmi l’historiographie et les chercheurs de langue française.

Michael Bess s’intéresse donc à l’histoire d’une transformation culturelle profonde et majeure de la société française qui a vu les idées (les idéaux ?) écologistes se diffuser massivement tout en étant largement édulcorées par un consumérisme généralisé. Il opère en quatre parties qui organisent 16 chapitres thématiques. Il commence par analyser deux transformations majeures de la France de l’après-guerre, tant économiques que sociales mais aussi, surtout même, dans les mentalités : la mutation des Trente glorieuses et la fin du monde paysan.

La deuxième partie se concentre sur le mouvement écologiste, ses idées, sa (dé)structuration. Michael Bess retrace à grands traits, mais avec assez peu d’erreurs, les plus de 100 ans de l’écologisme. Il s’intéresse particulièrement à l’émergence politique de ce mouvement. On apprécie spécialement la conclusion de cette partie qui prend la forme d’une fiction : quelle forme concrète pourrait revêtir l’utopie écologiste française en 2030 si elle venait à se réaliser. Il faut être américain pour oser une telle histoire-fiction bien peu dans la culture des historiens français. Le résultat en est savoureux et très éclairant même s’il peut évidemment prêter le flanc à de sérieuses critiques. L’auteur en prend le risque et justifie de façon convaincante sa démarche.

À partir de ce noyau «vert foncé», Michael Bess analyse la dynamique de «verdissement» de la société française qui lui permet d’affirmer qu’elle prend désormais une teinte vert clair. Consommation, État et industrie se marient pour dresser un tableau mitigé, ambivalent, de l’écologisation française et de ses impacts concrets. À cet égard, contrairement à nombre d’idées reçues, l’industrie apparaît comme un secteur bien plus «vert» que d’autres et, de façon remarquable, comme celui qui a réalisé les plus grands progrès. Enfin, Michael Bess prend de la hauteur et développe son analyse sur une échelle non plus française mais globale.

Comme tout ouvrage de synthèse, La France vert clair peut être critiqué sur certains points précis, mais n’est-ce pas la rançon de tout précurseur ? Il reste que le panorama dressé est très juste et que la vision d’ensemble est fort stimulante pour un domaine de recherche en plein essor. À l’heure actuelle, on ne trouvera pas d’ouvrage plus complet sur cette question, ni de cette qualité. Michael Bess fait ici la preuve de la richesse des questionnements historiques appliqués à une dynamique d’actualité et démontre que l’histoire est la meilleure quand elle est le produit des questionnements du contemporain.


Rémi Luglia
( Mis en ligne le 06/12/2011 )
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