L'actualité du livrerencontre rencontrefemme Dimanche 19 novembre 2017
  
 
     
Le Livre
Histoire & Sciences sociales  ->  
Biographie
Science Politique
Sociologie / Economie
Historiographie
Témoignages et Sources Historiques
Géopolitique
Antiquité & préhistoire
Moyen-Age
Période Moderne
Période Contemporaine
Temps Présent
Histoire Générale
Poches
Dossiers thématiques
Entretiens
Portraits

Notre équipe
Littérature
Essais & documents
Philosophie
Beaux arts / Beaux livres
Bande dessinée
Jeunesse
Art de vivre
Poches
Sciences, écologie & Médecine
Rayon gay & lesbien
Pour vous abonner au Bulletin de Parutions.com inscrivez votre E-mail
Rechercher un auteur
A B C D E F G H I
J K L M N O P Q R
S T U V W X Y Z
Histoire & Sciences sociales  ->  Temps Présent  
 

Seul comme Jacques Isorni
Gilles Antonowicz   DÉFENDRE ! - Jacques Isorni, l’avocat de tous les combats
Marges de manœuvre 2017 /  22 € - 144.1 ffr. / 806 pages
ISBN : 978-2-9557399-0-7
FORMAT : 14,0 cm × 20,5 cm

Préface de Roland Dumas

Prix du Palais littéraire

Imprimer

Parmi les figures mémorables du Barreau français, Maître Jacques Isorni (1911-1995) occupe une place paradoxale, à la fois éminente par son indéniable talent et marginale par la nature des dossiers qu’il traita. Sa passion de défendre se conjugua en effet tout au long de son existence à un indéfectible «amour des vaincus». Écrire une vie d’Isorni signifie donc d’abord entreprendre un périple à haut risque dans les méandres hasardeux de la justice et oser affronter les pans les plus sombres du passé national. Cela consiste surtout à aller à la rencontre d’un homme complexe, déroutant par son parfait désintérêt financier, son don d’empathie sans limite, son insouciance quant à la préservation de sa carrière, un courage qui eut souvent pour synonyme la témérité, un style enfin, unique, empreint d’un panache jamais égalé.

Gilles Antonowicz, lui-même avocat qui se chargea d’affaires retentissantes, a relevé ce défi. La nouvelle mouture de la biographie qu’il avait publiée en 2007 chez France-Empire s’avère une lecture captivante, dès ses premières pages ; son ton enlevé séduit (l’ouvrage fourmille, comme une salle de pas perdus, d’anecdotes savoureuses, et est rehaussé de portraits ciselés), sa précision documentaire convainc. Elle permet de dépasser l’image d’un Isorni figé dans la posture du défenseur de la Collaboration et associé, comme sous l’effet d’un réflexe pavlovien dès que son nom est prononcé, à ses deux clients les plus connus : Brasillach et Pétain. L’exécution du premier, la détention selon des conditions infâmes du second, seront deux plaies qui écorcheront jusqu’au bout la conscience de l’humaniste Isorni.

Bien sûr, ces deux procès occupent près de 150 pages dans une somme qui en compte 800, impossible d’en faire l’économie ; néanmoins, ils n’occultent pas les dossiers précédents et postérieurs, à propos desquels il serait intellectuellement malhonnête de persister à qualifier Isorni de baveux de l’extrême droite. «Sous la botte», on le verra s’attacher à sauver des activistes communistes des cours spéciales instituées par les autorités de Vichy ; en pleine décolonisation, il sauvera du peloton d’exécution un nationaliste tunisien ; il se montrera un farouche opposant de la peine de mort, fût-ce à l’encontre des pires criminels de droit commun, et ce bien avant l’avènement de la génération Mitterrand.

L’aspect le plus émouvant de ce livre demeure la triste destinée d’Isorni qui, s’il aura joui longtemps d’une réputation sulfureuse, ne se verra jamais récompensé selon ses mérites. Trop encombrant pour la IVe et la Ve Républiques, trop impertinent envers les magistrats, trop fougueux pour être raisonné, trop intègre pour être amadoué, trop engagé dans son siècle pour revêtir l’habit vert des Immortels. Voilà un avocat qui aura défendu un Maréchal de France et des caïds de la pègre blindés de pognon, qui aura traité plus de 2000 cas, et qui finit ses jours dans un appartement dont il n’est même pas le propriétaire… Tout est dit sur l’étoffe de ce pur-là.

Qu’on ne s’y trompe pas, l’intention d’Antonowicz n’est pas de prononcer le plaidoyer d’un énergumène en robe, ni de réhabiliter les causes qu’il a perdues et qui l’ont relégué. L’exercice d’admiration laisse souvent place au constat des défaillances, des défauts, des impairs d’Isorni, qui en commit son lot. Peut-être qu’au-delà du portrait d’un géant des prétoires, Antonowicz a voulu brosser la fresque d’une époque où la justice, si elle était plus qu’à son tour arbitraire et impitoyable, laissait pourtant une chance à la verve, et à l’esprit et au cœur de l’emporter. Ou du moins les laissait-elle s’exprimer avec une impétuosité qui aujourd’hui serait malséante et d’emblée condamnée comme trop violente. Isorni appartient à une époque où la force de conviction avait encore droit de cité et dont on devine, en filigrane, que Gilles Antonowicz en entretient la nostalgie...


Frédéric Saenen
( Mis en ligne le 06/10/2017 )
Imprimer
 
SOMMAIRE  /  ARCHIVES  /  PLAN DU SITE  /  NOUS ÉCRIRE  

 
  Droits de reproduction et de diffusion réservés © Parutions 2017
Site réalisé en 2001 par Afiny
 
livre dvd