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Histoire & Sciences sociales  ->  Biographie  
 

Les trois visages de Mustafa Kemal
Sükrü Hanioglu   Atatürk
Fayard 2016 /  20 € - 131 ffr. / 277 pages
ISBN : 978-2-213-68633-2
FORMAT : 13,5 cm × 21,5 cm

Emmanuel Szurek (Traducteur)

Les auteurs du compte rendu :

Archiviste-paléographe, docteur habilité de l'université de Paris I, Thierry Sarmant est conservateur en chef au Service historique de la Défense. Spécialiste de l'histoire de l'Etat, il a publié en dernier lieu une biographie de Louis XIV, Louis XIV homme et roi (Tallandier, 2012) et 1715 : la France et le monde (Perrin, 2014).

Jean-Pierre Sarmant est inspecteur général honoraire de l’éducation nationale.

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Il s’agit bien avec ce livre, comme l’indique le sous-titre, d’une «biographie intellectuelle». Le récit historique est complet mais succinct. La vie privée de Mustafa Kemal est à peine traitée. L’essentiel est dans l’analyse très poussée des influences successives qui ont forgé les convictions de Mustafa Kemal, depuis son enfance dans une Macédoine agitée et exceptionnellement cosmopolite jusqu’à ses fréquentations éclectiques et ses très nombreuses lectures dans des sources variées et de qualité inégale.

Alors qu’Atatürk reste en Turquie décrit comme un pur génie qui a «fait l’histoire», en fondant ses décisions sur sa seule pensée, ce livre entend restituer le personnage en tant qu’homme de son temps. L’auteur, turc d’origine, a réuni une documentation d’une richesse exceptionnelle, jusqu’à la lecture des notes laissées par Atatürk dans les marges des livres qu’il a consultés. Ajoutons que, à la différence de la grande majorité de ses compatriotes, S. Haniog’lu lit l’osmanli, lequel est devenu, précisément à la suite des réformes kémalistes, une langue étrangère pour les Turcs actuels. Résidant hors de Turquie, il peut se permettre le recul nécessaire par rapport à une histoire qui est devenue dans son pays d’origine à la fois une religion d’Etat et une mythologique dans laquelle chaque tendance politique puise les éléments qui lui conviennent.

Le public européen retient le plus souvent d’Atatürk l’image de l’autocrate à l’énergie infatigable, qui a entrepris à marche forcée la sécularisation et la modernisation de son pays. S’il est exact que Mustafa Kemal a bien été un réformateur scientiste, rationaliste pour l’essentiel, dont le désir était de faire de la Turquie, malgré la résistance des populations, une part de l’Occident, il est moins souvent rappelé qu’il a appuyé l’idéologie nationaliste de sa variante turque d’Etat totalitaire sur des bases pseudo-scientifiques. Héritiers supposés des Hittites et des Sumériens, les Turcs d’avant l’Islam étaient censés avoir été à l’origine de toutes les grandes civilisations en rayonnant depuis leur foyer originel d’Asie centrale ! Ce mythe reste présent dans les atlas historiques encore utilisés par les écoliers turcs.

Moins connue encore est la figure du Mustafa Kemal héros du monde islamique et allié des bolcheviks, dans les années 1919-1923, alors qu\'il s’opposait avec succès aux puissances victorieuses de la Grande Guerre. Sur les ruines de l’Empire ottoman, il déclarait alors «patrie des musulmans non-arabes de l’Empire» l’Etat nouveau qu’il construisait – un Etat qui prendrait le nom de Turquie. Cette formulation non laïque avait le mérite d’inclure les Kurdes, problème qui reste d’actualité. A cette époque, le discours kémaliste mettait en sourdine le turquisme et le pantouranisme pour ne pas inquiéter la Russie des soviets, qui incorporait nombre de peuples turciques ; il débordait en revanche d’une rhétorique socialisante et anti-impérialiste.

Revisiter la pensée d’Atatürk et son héritage, le kémalisme, est particulièrement opportun pour tenter de s’orienter dans les crises actuelles, au cœur desquelles la Turquie joue un rôle essentiel et quelque peu ambigu. Ce livre sans équivalent est parfaitement adapté à cette fin.


Jean-Pierre & Thierry Sarmant
( Mis en ligne le 23/03/2016 )
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