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Une plongée dans l’âpre douceur des corps
Ivan Jablonka   Le Corps des autres
Seuil - Raconter la vie 2015 /  7.90 € - 51.75 ffr. / 105 pages
ISBN : 978-2-37021-034-0
FORMAT : 14,0 cm × 20,5 cm

L'auteur du compte rendu : Docteur en sociologie, diplômé de l’Institut d’Etudes politiques de Paris et de la Sorbonne (maîtrise de philosophie), Christophe Colera est l'auteur, entre autre, aux éditions du Cygne, de La Nudité, pratiques et significations (2008).
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Une plongée dans l’âpre douceur des corps

Le cinéma avait ouvert ses portes aux esthéticiennes avec le film Vénus beauté il y a quinze ans. Les éditions du Seuil leur ouvrent cette année celles de leur collection populaire «Raconter la vie» avec un charmant petit livre de l’historien Ivan Jablonka.

Les lecteurs seront séduits par l’élégance de cet ouvrage sans prétention qui coule comme un ruisseau et se laisse dévorer tout en charriant sur son flot beaucoup de délicatesse et d’intelligence. «Dans ce livre, explique l’auteur, je m’intéresse à la peau douce, au visage épanoui, au galbe, au corps en gloire, choyé, illuminé par une perfection de rêve». Il tient d’un bout à l’autre cette promesse paradisiaque en suivant avec tendresse douze esthéticiennes de trois générations successives, comme un photographe en empathie avec son modèle. Le parti pris est celui de la bienveillance. Point de naïveté : Jablonka sait ce qu’il peut y avoir de difficile, d’abject même, dans l’asservissement au corps des autres. Dans des jeux de zoom et de contre-zoom, il affronte les objections possibles, mais les balaie en une demie phrase : sa situation d’homme bourgeois le prive-t-il d’accès à la condition de l’esthéticienne (et l’on pourrait même penser qu’elle le place dans une position dominatrice et paternaliste à son égard) ? «Etre homme n’est pas inutile pour comprendre un univers de femmes», objecte-t-il, cela laisse place à l’émerveillement. C’est comme si l’on réhabilitait l’exotisme de l’orientalisme colonial du XIXe siècle objecteront certains… Peut-être, mais cela a au moins le mérite de transcender un peu des barrières communautaristes féministes. Le livre ignore-t-il le conditionnement social dans lequel il s’inscrit ? Non point : «La célébration du corps est à la fois une pratique et une idéologie», avertit-il dès son introduction.

Pour mieux exorciser la tentation de la commisération et de la critique sociale facile, Jablonka commence par du pur négatif : le détail de la pénibilité du job à travers l’agenda d’une jeune esthéticienne. Puis on s’élève : le travail n’est pas de pure abnégation. Esthéticiennes et clientes s’instruisent mutuellement au sujet des codes de la féminité, l’esthéticienne est introduite dans la vie intime du client, elle se fait coach, soutien moral, sœur de joie ou de détresse : «Pendant un massage, certaines clientes se mettent à pleurer, car elles sont touchées – touchées par l’attention qu’on leur accorde et, plus simplement, touchées par la main de quelqu’un», fait-il dire à une praticienne (p.29). La cabine de l’esthéticienne devient un «lit d’apaisement».

Il ne s’agit pas pour l’auteur de nier les problèmes (par exemple le rapport difficile à la pudeur féminine magnifiquement traité au chapitre 5 du livre sous le titre éloquent «Le sexe des autres» ou le rapport à la lubricité masculine au chapitre 7), mais de montrer le courage et l’intelligence requis pour dépasser les peines, et comment des points de lumière émergent du sordide, voire le transfigurent complètement, dans le contact des épidermes (et l’on peut en dire certainement autant de toutes les professions qui pratiquent le soin corporel). Au total, le livre nous offre ainsi une sociologie compréhensive à la fois riche et légère, et un hommage juste à un phénomène très typique de notre époque, comme le fut celui des bistrots de quartiers au siècle précédent, un phénomène méconnu de l’intelligentsia, et pourtant au coeur du quotidien de millions de femmes, et dont la dynamique ne semble pas près de s’épuiser.


Christophe Colera
( Mis en ligne le 19/05/2015 )
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