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Le grand bond en avant des Baruya
Maurice Godelier   Suivre Jesus et faire du business
Thierry Marchaisse Editions 2017 /  17,90 € - 117.25 ffr. / 184 pages
ISBN : 978-2-36280-161-7
FORMAT : 14,0 cm × 20,5 cm

L'auteur du compte rendu: Gilles Ferragu est maître de conférences à l'université Paris X - Nanterre et à l'IEP de Paris.
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Les Baruya, de Nouvelle Guinée : découverts en 1951 par une mission militaire australienne, ils sont passés, en moins de trente ans, du statut de tribu isolée du monde, utilisant encore des outils en pierre, à celui d’une communauté moderne, intégrée dans un État moderne, ainsi que dans une société de consommation. Une accélération de l’histoire relativement inédite, et qui peut attiser la curiosité des savants, partagés entre l’observation d’une telle acculturation et la volonté de préserver les traces d’une culture ancestrale et très élaborée.

S’appuyant sur un ensemble d’observations, réalisées par divers chercheurs entre 1967 et 2014, Maurice Godelier, qui fut l’un des pionniers de cette étude dès 1967, nous entraîne dans un voyage étonnant, qui mêle magie shamanique, propagande chrétienne, mythes fondateurs et révolutions culturelles. On passe avec lui des rites d’initiation des jeunes Baruya, structurés autour d’une cosmogonie propre – la naissance de la magie et son origine féminine – à une société qui s’ouvre à la modernité des évangélistes : le christianisme et l’économie de marché. Complexité donc de cette transition brutale, qui voit une communauté, répartie entre deux vallées, franchir à pas de géants les étapes de la modernité occidentale.

L’essai, court, comporte trois chapitres : un chapitre dédié aux Baruya et à leurs mythes, un chapitre méthodologique, et un chapitre consacré aux dernières observations et à la modernité nouvelle des Baruya. Tout l’enjeu de l’ouvrage est de suivre, dans la durée, la persistance et l’évolution de certains concepts fondamentaux dans la vie de la communauté, à commencer par le rapport des hommes aux femmes, la question de l’initiation et – enjeu majeur – le risque de trahison des secrets révélés par l’initiation, secrets qui éclairent tout le fonctionnement de la société des Baruya. On assiste donc aux initiations, on s’immerge dans les méandres des règles des mariages, des conflits, des étapes de la vie, et de la hiérarchie de cette société, on rêve avec ses shamanes, on guerroie aux côtés des grands hommes, on s’immerge dans une société qui, à la fin des années 60, aura en partie changé.

La partie méthodologique n’est pas la moins stimulante : l’anthropologue devient lui-même objet de réflexion, évoque les pratiques scientifiques, les essais, les moments importants (la visite d’une ville par des membres de la tribu, le moment d’une guerre, l’irruption de l’image et du film et – point d’orgue – la caméra qui s’insinue au cœur des rituels secrets d’initiation). L’opération anthropologique, racontée simplement, comme autant de chapitres d’une histoire qui, peu à peu, s’entremêle à celle des Baruya. Mais c’est surtout la troisième partie qui donne le ton de l’ouvrage : fondée sur des observations récentes, elle analyse les progrès du christianisme, du rapport homme-femme, la persistance des conflits (et leur règlement légal), l’enjeu de la mémoire communautaire et sa revendication via l’initiation. On y croise des jeunes partis dans le grand monde et qui reviennent aux traditions, et des anciens qui observent tout cela et commentent. Détaillant les changements intervenus dans l’univers Baruya, l’auteur – interprétant les travaux de ses confrères – souligne la tension entre tradition et modernité, qui ne se traduit pas systématiquement par le triomphe des modernes sur les classiques…

Maurice Godelier est un immense anthropologue, un maître pour des générations d’étudiants et de chercheurs, et ses travaux sur le don font référence. Avec cet ouvrage, c’est autant le conteur que le professeur et le chercheur qui prend la plume avec en enthousiasme communicatif : en prenant son lecteur par la main, en lui décrivant les Baruya, mais également le travail des anthropologues et les complexités d’une recherche aussi immersive, il renoue avec le charme et le réalisme du Lévi-Strauss de Tristes Tropiques. Mais surtout, en confrontant la modernité – cette modernité qui nous rend si orgueilleux – au prisme d’une société qui s’y immerge brutalement, il nous ramène à nos propres valeurs et à leurs racines.

Un essai puissant, en ce qu’il observe un phénomène millénaire sur une échelle de quelques dizaines d’années, et un essai très accessible, comme une belle leçon de vie et d’écriture loin du monde dématérialisé.


Gilles Ferragu
( Mis en ligne le 10/05/2017 )
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