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Ecce homo
Bérénice Levet   Le Crépuscules des idoles progressistes
Stock - Les essais 2017 /  19,50 € - 127.73 ffr. / 261 pages
ISBN : 978-2-234-07981-6
FORMAT : 13,5 cm × 21,5 cm
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Il est certain qu'on parlera encore longtemps de la déliquescence du modèle culturel français, sinon le modèle européen, lentement grignoté(s) par la globalisation en cours. Car celle-ci n’avance pas seulement d’une manière économique, mais elle promeut un imaginaire particulier.

Après un remarquable essai intitulé La Théorie du genre ou le sexe rêvé des anges, qui critiquait le puritanisme de cette théorie en ce qu'elle destituait toute différence des sexes pour l'établissement d'un individu abstrait et sans nature, flexible, s'inventant tel un Dieu au gré de ses envies ou de ses désirs, Bérénice Levet effectue ici une cartographie de ce que nous avons perdu ou de ce que nous sommes en train de perdre sous couvert d'un individualisme sans limites, sans frontières, un être jeté dans une liberté illimitée, individu progressiste réclamant sans cesse des droits.

Sa critique est claire : «L’idéologie progressiste est désormais, après plus de quarante-cinq années de règne sans partage, à bout de souffle. Le masque tombe. Ses promesses de liberté, de créativité, de fraternité universelle n’ont pas été tenues, et elles ne pouvaient l’être en raison des postulats sur lesquels elles reposaient, qui étaient purement idéologiques et ne tenaient aucun compte de l’homme en son humanité, en sa fragile humanité» (p.40).

Comme on le remarque dans le titre, elle n’utilise pas le mot ''idée'', mais celui d''idole'' progressiste, pour bien marquer le fait qu’elle n’est pas contre un quelconque progrès, mais contre une utilisation si galvaudée de ce mot qu’il en devient abstrait, servant en réalité de cheval de Troie, et qu'avance la globalisation économique qui détruira toutes les nations. En somme, de n’être qu’une carte postale, une représentation erronée ou idyllique de ce qu’il en sera dans le réel.

Elle cite ainsi de nombreux auteurs qui, s'ils peuvent souvent être en désaccord sur bien des points, tentent de préserver un modèle culturel : Hannah Arendt surtout, mais aussi Albert Camus, Michel Onfray, Alain Finkielkraut, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Régis Debray, Simone Weill, parmi d'autres. Au-delà des désaccords, il y a chez eux une volonté de préserver une réalité, une concrétude de l'être humain, de restaurer des limites, un ancrage dans le passé, une historicité et un monde communs, contre la menace d'atomes sociaux s'agrégeant au hasard et dans l’espace, sans plus aucune substance.

Bérénice Levet défend, dans un style apaisé et clair, une verticalité critique à la place d'une horizontalité (le rhizome deleuzien n'a-t-il pas abouti au ''réseau'' actuel ?). En ce sens, elle s'inscrit contre toutes les tentatives de la philosophie de la déconstruction (Foucault, Lacan, etc.), qui ont non seulement déconstruit l’individu, mais ont promu, d’une façon consciente ou non, un être sans substances, sans doute connecté sur Internet, mais déconnecté du monde réel, et de son propre être surtout. D’où ses critiques envers l’abolition de toute singularité humaine (antispécisme).

Que ce soit aussi bien dans l'État que dans l'École, du Souverainisme ou de la Culture, et d’autres domaines où l’on constate un tel effritement, elle signale cette déliquescence progressive de l'individu, un être perdant ses potentialités critiques et humaines en faveur d'un être abstrait, fluide, liquide, sans colonne vertébrale. «Le péché capital de la pensée progressiste est d’avoir prêté des vertus émancipatrices à la désaffiliation et à la désidentification, et d’avoir tout misé sur ce postulat». Évidemment, tout oppose Bérénice Levet à Jacques Attali ou à Bernard-Henri Levy.

Elle évite l’écueil que l’on pourrait lui opposer facilement : celui d'être réactionnaire, passéiste face au monde autoproclamé de la liberté illimitée et du multiculturalisme sympathique, à l'image des publicités Benetton. Quand elle fait référence à l’enracinement, elle n’évoque pas Maurice Barrès, mais Simone Weill (dans un essai du même nom). On se trompera donc de cible en l’enfermant dans le passéisme (une critique commune) sans se rendre compte que l'on s'enferme ainsi soi-même dans un présentisme permanent.

Le titre de cet essai est assez ambigu en définitive. Si Bérénice Levet constate bien une résistance face à cette globalisation et à cet être sans frontières, cool et ludique en apparence, il n’est pas sûr que cette résistance emporte la mise, c’est-à-dire que le crépuscule des idoles progressistes ait réellement bien lieu à l’avenir. Sans doute le sait-elle. Car l’individu préfère souvent une représentation rose et joyeuse qui comblera virtuellement tous ses fantasmes de complétude plutôt que de prendre en compte son être limité et concret devant faire face à ses dettes symboliques (sexualisation, mort, maladie), et qui font qu’un être humain est réellement un être humain, fragile certes, mais «magique» dans sa singularité.


Yannick Rolandeau
( Mis en ligne le 24/03/2017 )
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