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Le monde en notre absence
Nicholas Carr   Remplacer l'humain - Critique de l'automatisation de la société
L'échappée - Pour en finir avec 2017 /  19 € - 124.45 ffr. / 266 pages
ISBN : 978-2-37309-027-7
FORMAT : 13,9 cm × 20,5 cm

Edouard Jacquemoud (Traducteur)

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Si l’on se souvient, sur la ligne 1 du métro parisien, des affiches annonçaient : «En 2012, sur votre ligne Une automatisée, vos voyages seront plus réguliers, plus fiables et plus confortables». Comme quoi l’Homme serait nettement moins efficace, selon le slogan en tout cas... Peu rassurant, en définitive.

Les Éditions de l'Echappée publient des ouvrages critiques d'une excellente qualité sur la postmodernité technophile (voir Cédric Biagini avec L'Emprise numérique, ou La Silicolonisation du monde d'Eric Sadin). Nous sommes loin des déclarations d'intention ou des formules creuses ; au contraire, une critique argumentée comme savaient le faire les grands intellectuels révolutionnaires dans les années 70/80. Et cela manquait !

Nicolas Carr est aussi l'auteur de l'essai réussi Internet rend-il bête ? Ici, il s'inquiète de l'automatisation de la société, du remplacement de l'humain par des machines dans divers métiers et domaines. Il ne développe pas une réflexion philosophique mais s'attache plutôt à démontrer par des exemples concrets tous les problèmes et les conséquences que ce phénomène engendre. Nicolas Carr commence son étude en relatant son expérience avec la boîte de vitesse de sa voiture et enchaîne avec plusieurs domaines que cette automatisation a colonisés : l'architecture, l'aviation, la bourse, etc. Il termine par un éloge du travail.

L'exemple le plus sidérant concerne peut-être les Inuits de la petite île d'Igloulok sur les côtes de la péninsule de Melville. Ce peuple a fasciné des voyageurs comme William Edward Parry en 1822. «Les compétences extraordinaires de ce peuple en matière d'orientation proviennent non pas de la maîtrise des cartes, compas et autres instruments de navigation (qui n'étaient pas en usage dans l'île), mais de la compréhension intime des vents, de l'agencement des congères, du comportement des animaux, des étoiles, de la marée et des courants".

Or, depuis peu, avec le GPS, le gouvernement américain ayant levé les restrictions sur l'utilisation des systèmes de positionnement, les chasseurs d'Igloulik utilisent des motoneiges au lieu de leurs traîneaux à chiens. Résultat ? Plus d'apprentissage avec les anciens pour développer ses facultés d'orientation. Avec un GPS, on suit les satellites. Et cela procure des accidents graves, voire mortels car le GPS se grippe parfois sous le froid, le chasseur se retrouve perdu dans un univers désormais inconnu... et peut mourir victime d'hypothermie. De même, en suivant leur GPS, ces hommes s'aventurent parfois sur des glaces trop fines, ou des gouffres qu'un chasseur expérimenté aurait évités sans soucis.

Cette critique de la technologie n’est pas nouvelle. Carr rappelle le cas des luddites (du nom de Ned Ludd) : dans les comtés industriels des Midlands anglais (1811-1816), des tisserands, tondeurs et tricoteuses s’opposèrent aux nouvelles machines à tisser mécaniques et aux machines à tricoter. Cette opposition causa de nombreux morts et emprisonnements. Une telle révolte disait l'effroi d’hommes dépossédés de leur métier, et le danger d’un mouvement global d’organisation du travail décidé de façon non démocratique. On pense aujourd'hui aux algorithmes animant des robots traders ! Il y a là sans doute une métaphysique du progrès qui rassure l’existence humaine dans ce qu’elle a de fragile et de mortel, mais cela agit surtout comme un miroir aux alouettes pour le bénéfice de quelques-uns seulement et le sacrifice de milliers de vies sur les plans sociaux, sanitaires, psychologiques... Pour un mode de vie bien peu progressiste en définitive.

Si l’on peut reprocher à Nicolas Carr de n’avoir pas écrit un chapitre sur les conséquences profondes d’une telle automatisation sur le plan philosophique, toute sa démonstration est impeccable, fine et subtile, s’attachant à débusquer le diable dans les détails. Cette automatisation se fait d’une part toujours au détriment des individus et de leurs conditions de travail ; d’autre part, elle menace les fondements du monde réel pour un monde virtuel et informatisé : «Dès lors que l'automatisation nous éloigne de notre travail et s'interpose entre nous et le monde, elle supprime la dimension artistique de nos vies». L’auteur s’attache à développer des exemples concrets sur la base de nombreux entretiens, études et essais.

Rappelons que Jean Baudrillard dans Pourquoi tout n’a-t-il pas déjà disparu ? s'inquiétait déjà d'une telle automatisation : «N'avons-nous pas le fantasme profond, depuis toujours, d'un monde qui fonctionnerait sans nous ? La tentation poétique de voir le monde en notre absence, exempt de toute volonté humaine, trop humaine ? Le plaisir intense du langage poétique est de voir fonctionner le langage de lui-même, dans sa matérialité, dans sa littéralité, sans passer par le sens — c'est cela qui nous fascine. De même, dans l'anagramme, l'anamorphose, la «figure cachée dans le tapis». The Vanishing Point of the Language»...


Yannick Rolandeau
( Mis en ligne le 10/11/2017 )
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