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L'Europe vue de France
Georges de La Loyère   Comment sauver l'Europe
Editions du Rocher Le Rocher - Documents 2004 /  14.90 € - 97.6 ffr. / 196 pages
ISBN : 2268051501
FORMAT : 13x20 cm

Préface de Valéry Giscard d'Estaing.

L’auteur de ce compte rendu, Dominika Tomaszewska est diplômée de l’IEP de Paris et doctorante en sciences politiques. Elle travaille sur les mouvements sociaux contre l’implantation d’investisseurs étrangers en Europe de l’Est. Elle est l’auteur de plusieurs articles parus dans des ouvrages collectifs : «Les jeunes Européens» et «L’opinion publique dans dix pays candidats face à l’élargissement : quel réalisme, quelles solidarités ?», in Les Européens en 2003, D. Reynié (dir.), Odile Jacob, 2003, ainsi que «La campagne polonaise pour l’adhésion», in Les Européens en 2004, D. Reynié (dir.), Odile Jacob, 2004.

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Pour se doter d’objectifs ambitieux et de priorités nouvelles, l’Europe doit au préalable se doter d’un système de ressources propres, qui associe équité, clarté et transparence» : voici l’idée forte de l’ouvrage de Georges de La Loyère, membre du Conseil économique et social, spécialisé dans les questions de financement de l’Union européenne. En proche de Valéry Giscard d’Estaing, qui a préfacé cet ouvrage, Georges de La Loyère donne son appui au projet de traité constitutionnel de la Convention en traitant ses différents aspects, mais ce sont bien les passages consacrés à l’euro, au marché unique et aux perspectives financières de l’UE qui forment le noyau dur de ce plaidoyer pour une Europe plus forte et plus démocratique.

La question des ressources de l’Union apparaît comme centrale en ce qui concerne à la fois la puissance économique et politique de l’Union, et le caractère démocratique de ses procédures. Selon Georges de La Loyère, «c’est par rapport à l’origine des ressources que se détermine le côté démocratique ou non d’un organisme». Concrètement, l’auteur plaide pour un financement de l’Union à partir de ressources propres, comme cela a été prévu dans les traités et réaffirmé par la décision du 21 avril 1970. Il dénonce les effets de l’existence d’une «quatrième ressource» (à côté des prélèvements agricoles, des droits de douane et de la part de TVA) basée sur le PNB de chacun des Etats, ce qui réduit l’autonomie financière de l’Union et la rend «de plus en plus dépendante de transferts gouvernementaux décidés hors du contrôle du Parlement européen et dans la confidentialité la plus totale». L’auteur estime par ailleurs que la prise de décision à l’unanimité sur la question des ressources, les disparités de développement entre les Quinze et les nouveaux membres de l’UE, ainsi que le «chèque britannique» qui consiste à minorer la contribution du Royaume-Uni au budget communautaire (la France étant l’un des principaux contributeurs à la remise liée à ce «chèque»), constituent de sérieux obstacles sur la voie de l’élaboration de perspectives financières adéquates pour 2007 – 2013.

La focalisation sur les ressources de l’Union est un angle d’approche original pour un ouvrage à thématique européenne destiné au grand public. Il s’agit d’ailleurs du sujet de prédilection de l’auteur, qui reproduit ici l’analyse qu’il avait présentée au préalable «dans un rapport récent au CES» («Les nécessaires évolutions du financement de l’Union européenne», 1er octobre 2004) sur la pratique budgétaire. Par contre, le reste de l’ouvrage traite de manière plutôt sommaire les grands enjeux européens. Après la classique et incontournable expression de regret face au rapide oubli par l’opinion des grands acquis de la construction européenne, comme la paix en Europe («les acquis paraissent aujourd’hui tout à fait naturels alors que les failles du système apparaissent au grand jour»), et face au caractère démagogique du discours populaire sur les technocrates de la Commission européenne, Georges de La Loyère ne sait pas toujours éviter les travers qu’il dénonce. Sur l’élargissement de mai 2004 notamment, il soutient que «les négociations [préalables avec les candidats] se sont faites à l’ombre des spectateurs et les difficultés réelles à venir semblent avoir été masquées aux yeux des Européens comme les réalités de la réunification allemande furent objectivement dissimulées à ceux des habitants de la République fédérale», ce qui alimente une certaine «théorie du complot» orchestré par la Commission et donne au discours de l’auteur une teinte démagogique qu’il dit par ailleurs combattre. De même, il est question des «nouveaux membres pour lesquels l’Union ne semble s’apparenter qu’à un guichet» ; la peur de l’omniprésent agriculteur polonais se manifeste à plusieurs reprises dans l’ouvrage, et la volonté de prévenir et limiter ce qui apparaît comme d’incessantes demandes d’argent de la part des nouveaux pays membres résonne d’autant plus qu’elle s’exprime à travers des euphémismes : il s’agirait en fait de «préparer diplomatiquement les nouveaux membres à leur intégration dans un échange qui peut être profitable pour tous si nous nous efforçons de vaincre les appréhensions que chacun peut légitimement ressentir».

Par ailleurs, l’euroscepticisme combattu par l’auteur a un seul visage dans cet essai : celui de Philippe de Villiers. Ce chef de file d’un courant pourtant fort minoritaire est cité à maintes reprises, tandis qu’il n’est jamais question de l’euroscepticisme de gauche, phénomène d’une autre ampleur. On pourrait presque dire que si l’euroscepticisme avait pour seul représentant politique Philippe de Villiers, il serait beaucoup plus facile de le combattre.

Enfin, à peine une page et demie est consacrée à la question de l’adhésion de la Turquie à l’UE, à laquelle l’auteur s’oppose très fortement en présentant une argumentation expédiée : «la Turquie n’appartient pas en effet au continent européen. Sa culture et son histoire ne sont pas celles du socle commun sur lequel convergent les 25 ou 27 de l’Union». «Il ne s’agit ici ni d’ostracisme, ni d’égoïsme, mais de simple bon sens», insiste l’auteur, de manière un peu… lapidaire.

Comment sauver l’Europe est un essai qui s’inscrit dans une perspective très française, ce qui est plus ou moins assumé par l’auteur mais qui peut être difficilement recevable pour le lecteur averti. De manière sans doute légitime, la construction européenne est présentée comme un palliatif à la perte d’influence française dans le monde, et l’auteur parle de «devoir d’Europe […] pour la France, pour sa sécurité, sa prospérité et son rayonnement». Mais la comparaison du caractère ingouvernable de l’Europe à 25 sur le plan de certaines décisions financières, avec les problèmes auxquels a été confrontée l’UDF dans les années 1990, peut prêter à sourire. Pourra-t-on sauver l’Europe si on ne pense qu’à sauver la France ?


Dominika Tomaszewska
( Mis en ligne le 15/11/2004 )
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