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Le courage de l'honnêteté
René Naba   Aux origines de la tragédie arabe
Bachari - Orient & Vous 2006 /  18 € - 117.9 ffr. / 261 pages
ISBN : 2-913678-25-4
FORMAT : 15,0cm x 23,0cm
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Journaliste, René Naba a eu une carrière de spécialiste reconnu du monde arabe au service diplomatique de l’AFP (où il a été responsable de la rubrique Monde Arabo-musulman de 1981 à 1989) puis à RMC (comme Conseiller du Directeur Général Moyen Orient Chargé de l’Information de 1989 à 1994). Il devient alors écrivain politique et publie à L’Harmattan plusieurs ouvrages d’enquête journalistique sérieuse sur les dessous des relations de l’Europe et du monde arabe: Guerre des Ondes – Guerre des Religions : la bataille hertzienne dans le ciel de la Méditerranée (1998), puis Rafic Hariri, un homme d’affaires premier ministre (2000), enfin Du bougnoule au sauvageon : voyage dans l’imaginaire français (2002). Etant donnée l’importance de ces thèmes pour le présent et l’évolution de nos rapports avec le voisin arabo-musulman méditerranéen, ces livres auraient dû rencontrer un large écho dans la presse et valoir à leur auteur le statut d’expert sur les plateaux des médias, mais n’est pas spécialiste patenté qui veut. La carrière de René Naba ne lui a presque servi de rien quand il a voulu partager son expérience et ses années de réflexion sur un des sujets préférés de la communication grand public et de l’info de masse. C’est d’autant plus dommage qu’il y a des ignorances meurtrières.

Il faut donc remercier les éditions Bachari et leur collection \"Orient et vous\", qui prennent le relais de L’Harmattan, de faire passer la parole à R. Naba vers un public indépendant authentiquement désireux de s’informer. Il est bon que de petites maisons d’édition, spécialisées ou non, puissent trouver un créneau commercial et des auteurs de qualité à publier, mais on se demande tout de même d’où vient qu’un spécialiste du niveau de R. Naba n’ait jamais été publié par les grands éditeurs parisiens/nationaux. On croyait les affaires du Proche et Moyen Orient de la plus brûlante actualité ! On croyait que le sujet demandait à être expliqué pédagogiquement et sans caricature aux citoyens ! Une censure déguisée ? En rapport avec le message de l’auteur ? Avec sa «complexité» pour le grand public (entendre sa qualité, sa richesse d’information et son niveau réflexif) ? Avec sa dissonance par rapport à d’autres auteurs, les «vrais experts» proposés aux masses ? R. Naba irait-il contre le sens du vent ?…

Le livre s’ouvre sur une émouvante dédicace à plusieurs victimes de «la tragédie arabe» (Ben Barka, Kamal Joumblatt, etc.), liste non-exhaustive mais représentative de la superposition des combats et des enjeux pour un avenir moins violent des sociétés arabes. D’emblée, R. Naba se signale par sa grande liberté de ton et son absence de tabous : «Liban : Farjallah Hélou, fondateur du PC libanais, torturé et dilué dans l’acide en 1959 par les services syriens sous les ordres du pro-consul égyptien le Colonel Abdel Hamid Sarraj à l’époque de la fusion syro-égyptienne (1958-1961).» Responsables et coupables : Nasser, Saddam, Kadhafi, Abou Nidal, Hassan II, etc. Pas question de taire les divergences et les conflits internes du monde arabe par une fausse «solidarité pan-arabe»! Ni d’oublier le rôle de la France, d’Israël, etc. Et l\'on croit deviner que pour R. Naba il ne s’agissait pas toujours du nom de figures lointaines... Une histoire écrite en lettres de sang.

Le Prologue, «Une démocratie cathodique», traite d’abord de «OPEP versus OPEA : la victoire des marchands d’armes sur les pétroliers». Il s’agit de comprendre l\'enjeu majeur pour l\'occident (le pétrole) et son rôle de pourvoyeur d\'armes conventionnelles coûteuses destinées à maintenir la méfiance et la surenchère militaire entre Etats rivaux, sans inquiéter les grandes puissances. L\'auteur confirme que la manne pétrolière et gazière n’a pas été investie dans le rattrapage efficace des retards du monde arabe. «Le monde arabe aborde le 21ème siècle en état de carence politique, économique, militaire et technologique, c’est-à-dire en état de carence dans les 4 domaines qui conditionnent la puissance.» (p.28) Au point qu’au moment du coup de force de Saddam en 1991, l’Irak était hors d’état d’imposer l’annexion d’une région stratégique à l’Occident pétrolivore coalisé. Selon Jacques Attali : «La 1ère Guerre du golfe constitue la 1ère alliance militaire objective entre Israël, l’Egypte et les pétromonarchies arabes, mais également la première guerre Nord-sud par la réalisation de l’Union sacrée des consommateurs de pétrole contre l’un de leurs principaux fournisseurs.» Un exploit de surcroît financé, faut-il le dire, par les deniers arabes.» (p.28). Utile à mettre en regard du discours des médias «libres» et «insolents» de l’époque, en plein délire idéologique. Si le monde arabe doit se faire respecter dans l’avenir face à l’impérialisme occidental, il doit procéder résolument à une «restructuration mentale» de salut public selon Naba, préalable à toute politique efficace de redressement.

L’occident tentera de l’en empêcher par tous les moyens, comme il l’a toujours fait. Et d’abord en jouant de toutes les sources de division du monde arabe. Naba le rappelle : tout commence avec la fondation violente d’Israël (1948), conséquence de la migration massive des sionistes encouragés par la Grande-Bretagne de Lord Balfour, qui pensait ainsi maintenir son rôle de protecteur. La Solution finale est alors instrumentée comme justification d’une déstabilisation permanente de la région. Quant aux Etats arabes créés par les Européens après les mandats de la SDN, les accords iniques Sykes-Picot (basés sur les ambitions pétrolières britanniques) prévoient un découpage artificiel, sources de problèmes migratoires et de conflits frontaliers.

«L’instrumentalisation de l’islam comme arme de combat» (ch.1) montre comment par la suite l’occident va tenter d’utiliser l’islam comme moyen de dissension dans des sociétés fragiles conservatrices auxquelles les régimes arabes nationalistes laïcs essaient de donner les moyens de l’indépendance. Car l’occident ne supporte pas que l’occidentalisation se fasse contre sa domination géopolitique et économique : il préfère encore saper les régimes modernisateurs. Quitte ensuite à dénoncer, comme ces dernières années, les «islamistes» qu’il a souvent soutenus, protégés et financés au nom de la liberté de religion ou d’expression : ainsi Khomeiny, gardé en réserve par la France, face à un Shah d’Iran ambitieux ; ainsi le fondamentalisme wahhabite aux sources de Ben Laden, utile autrefois pour motiver les Afghans contre l’Armée rouge. Depuis lors, Hamid Karzaï gouverne l’Afghanistan en marionnette des Etats-Unis.

Pendant toute cette période et notamment depuis la Guerre des 6 jours, qui a scellé l’alliance stratégique entre les Etats-Unis et l’occident d’une part et Israël d’autre part, tout le savoir-faire idéologique américain a été mis en œuvre pour masquer cette politique, tandis que la corruption des princes cupides et les pressions ont permis de diviser le monde arabe. Cela a eu pour effet d’encourager encore Israël à braver le monde arabe avec l’aide occidentale et à finir d’humilier les régimes nationalistes. Ainsi s’explique la formation et la popularité croissante d’un islamisme combattant, qui rejette d’une même logique la laïcité politique en Orient et dans de fausses démocraties ploutocratiques, matérialistes et corruptrices d’occident. Avec pour effets, des révolutions islamiques et la guerre des pauvres au cœur du pouvoir occidental : le terrorisme. D’une grande actualité, quand on lit les discours parfaitement idéologiques de nos politiciens et de notre presse sur la haine purement irrationnelle des fanatiques qui «simplement détestent notre mode de vie parce que nous aimons la liberté» (Bush et Blair). (Tout dépend évidemment de ce qu’on met sous mode de vie et liberté ! Consommation effrénée aux dépens des peuples du sud ? Cynisme égoïste des puissants ? On sera plus informé et plus humain après avoir vu le film américain Syriana à ce sujet)

Les calomnies des élites occidentales envers les leaders arabes qui osent résister à l’ordre occidental ne sont pas nouvelles : rappelons que Nasser et Arafat ont été traités de «Hitler»... Encore un signe de l’instrumentation d’un sionisme d’ailleurs complaisant. Le chapitre 6 montre le jeu habile et conscient de l’Etat israëlien sur le calendrier symbolique de l’occident pour se placer toujours en posture d’héritier (inattaquable par nature donc) de la Shoah : pour condamner un militant palestinien dangereux, on prononce le verdict le 6 juin 2004 pour le 60ème anniversaire du débarquement anti-nazi de libération du monde occidental. Le lien entre terrorisme arabe et cause diabolique nazie est on ne peut plus clair ! En France, les idéologues atlantistes Alexandre Adler et Yvan Rouffiol parlent de «fascisme vert» et de «nazislamisme» (p.143).

Les chapitres 2 et 3 sur «les monstres sacrés» décrivent sans aménité les dirigeants arabes souvent tyranniques dans leur version républicaine et monarchique. Naba montre bien que les sociétés post-coloniales, agraires et nomades, ne pouvaient devenir immédiatement des démocraties (pas plus que l’occident ne l’est devenu sans une longue évolution) et que la crise de la décolonisation a entraîné l’invention de régimes nationalistes autoritaires menés par l’armée (élément moderniste conscient) et un parti unique (Syrie et Irak) – qui souvent conservent des structures archaïques tribales - ou la formation de monarchies vassalisées. Il est donc facile de pointer le doigt sélectivement sur ces régimes, selon les intérêts du Nord maquillés en souci des droits de l’homme.

Le chapitre 4 sur la stratégie médiatique mondiale des Etats-Unis analyse les outils de propagande hypocrite que cet Etat s’est donné pour déstabiliser ses adversaires et s’applique à bien des zones du monde : fondations humanitaires, radios, presse «indépendante», relais d’intellectuels stipendiés, etc. Lire à ce sujet aussi Jean Bricmont sur l’impérialisme humanitaire. Le chapitre 5 étudie spécialement le cas du «théâtre arabe», le 6, la stratégie de conditionnement des «analphabètes secondaires» du monde arabe et de domestication d’al-Jazira. Le chapitre 7 critique la «posture déclamatoire» de la France. Un rapport avec la discrétion de la critique française sur Naba ?

Le livre se lit bien et rectifie beaucoup de légendes de la propagande (sur le Hezbollah par exemple ou les anciens amis de l’occident devenus infréquentables depuis). Une petite erreur à corriger sur Vladimir Nabokov, qualifié de musicien, alors qu’il s’agit évidemment d’un célèbre romancier (p.142) !


Nicolas Plagne
( Mis en ligne le 23/10/2006 )
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