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Le Dernier authentique
Richard Millet   Pour Bernard Menez
Léo Scheer 2017 /  15 € - 98.25 ffr. / 93 pages
ISBN : 978-2-7561-1160-5
FORMAT : 10,4 cm × 20,9 cm
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- «Corps si français au cœur de notre mémoire menacée par l’hyperconnexion et par le renoncement» (R. Millet)

Depuis quelques années, écarté par Gallimard, Richard Millet (né en 1953) publie chez des éditeurs moins prestigieux, bien que tout autant parisianistes pour certains (Léo Scheer, Pierre-Guillaume de Roux), des textes aussi surprenants qu’inattendus. Des portraits qui font contraste avec notre époque, des manifestes radicaux qui dressent une pensée exigeante critiquant la doxa culturelle et médiatique. Avec Pour Bernard Menez, nous sommes dans la continuité d',Eloge littéraire d’Anders Breivik (2012) et du Corps politique de Gérard Depardieu (2014). Millet met en lumière un symbole fort et singulier de notre époque pour mieux analyser et critiquer cette dernière.

Depuis l'essai sur Depardieu, Millet s’intéresse au cinéma français et déploie sa vision esthétique, mêlant son intérêt pour le septième art à l'auscultation de la société culturelle et son évolution. A l’époque où Depardieu est critiqué pour ses positions politiques et fuites fiscales, Millet prend sa défense en montrant que le ''gros Gégé'', c’est avant tout la France, alors que le pays se délite sous la lourdeur moralisante et dépressive d'une bien-pensance post-historique. Pour Bernard Menez prolonge en quelque sorte cette réflexion. Moins polémique, plus pédagogique, Millet s’amusa sans doute d’avance de ce que les lecteurs penseraient de cet exemple cinématographique peu commun (et catalogué «ringard» par les profanes).

Millet, dans la posture du cinéphile, prend l’exemple canonique de l’acteur «franchouillard» Bernard Menez (né en 1944) pour parler de la culture d’aujourd’hui. Evoquer Bernard Menez, fera sans doute craindre à un ''post-moderne'' la critique et la moquerie du système mondialisé. Menez, c’est comme le dernier des Mohicans, un acteur authentique dont les films tournés par Rozier (Maine Océan) ou Thomas (Le Chaud Lapin, Celles que l’on n’a pas eues) seraient les derniers vestiges d’un monde ancien, il y a à peine 40 ans, quand le cinéma d’auteur populaire apportait ce je-ne-sais-quoi de puissant, fort, bouleversant, ironique, quelque chose de sensible et de vrai, contrairement aux mièvreries idéologiques césarisées durant les quinze dernières années. L'essai déroule une réflexion sur l’importance de l’incarnation par l’acteur, sur l’écran vidéo mais aussi sur l’époque.

En quelques paragraphes bien tournés sur cette époque révolue et celle que nous occupons, Millet, en radical pamphlétaire, brille par sa simplicité littéraire et son audace politique : Menez est notre frère, celui lointain (que l’auteur ne souhaitera pas rencontrer) d’une France perdue, mais qui parle de nous («moisie» et «rance» nous disent les militants mondialistes et multiculturels lorsqu’il s’agit de rendre hommage aux traditions perdues !). De cette authenticité fragile, humaine, existentielle, loin du cauchemar aseptisé par la post-histoire, Menez dévoile son talent d’acteur historique régional ! «Ainsi préfère-t-on l’abyssale amnésie à la profondeur, les certitudes restreintes à l’expérience intérieure, et le zombie à l’homme de qualité», écrit Millet, témoin du désastre culturel actuel, autoritaire et médiocre.

Bernard Menez, acteur-symbole, second rôle fort des années 70-80, est dépeint à travers un cinéma d’auteur ironique et sensible, un cinéma français, celui des Rozier, Thomas, Chabrol, mais aussi Seria (curieusement absent du texte). L'essai est un manifeste pour cette histoire récente du cinéma qui tend à disparaître totalement, rongé par l’industrie financière régulée par le pouvoir des 35 dernières années. La verve de Millet fait une fois de plus mouche et le lecteur, durant cette balade dans le cinéma français de Menez, apprend et comprend ce qui manque cruellement au cinéma actuel : de la profondeur, de la simplicité et du naturel. Mais tout n’est pas noir ; Tonnerre, l’un des derniers films récents de Menez, trouve grâce à ses yeux.

Un texte essentiel pour redécouvrir Menez et comprendre deux époques qui se sont succédé en moins d’un demi-siècle. Un portrait généreux et tout en louange d’un grand acteur qui porte à lui seul l’image populaire du personnage français des années 70-80 : insignifiant et tragique : «Certains acteurs ont tout joué ; d’autres ont joué leur vie ; quelques-uns n’ont été qu’eux-mêmes : à ceux-là revient, très rare, une sorte de gloire ontologique. Tel est Bernard Menez».


Jean-Laurent Glémin
( Mis en ligne le 22/05/2017 )
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