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Les dessous du bouddhisme
Marion Dapsance   Les Dévots du bouddhisme
Editions Max Milo 2016 /  19.90 € - 130.35 ffr. / 283 pages
ISBN : 978-2-315-00715-8
FORMAT : 14,6 cm × 20,6 cm

L'auteur du compte rendu : Docteur en sociologie, diplômé de l’Institut d’Etudes politiques de Paris et de la Sorbonne (maîtrise de philosophie), Christophe Colera est l'auteur, entre autre, aux Editions du Cygne, de La Nudité, pratiques et significations (2008).
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A l’heure où le lamaïsme tibétain jouit d’une indulgence voire d’une sympathie croissante dans l’opinion publique occidentale, l’anthropologue Marion Dapsance propose une approche plutôt décapante des conséquences de l’implantation du bouddhisme sous nos latitudes, en dépeignant pour nous les mœurs et croyances des sectes qui s’y adonnent à l’abri des regards.

Après avoir découvert le bouddhisme dans Le Moine et le philosophe de Matthieu Ricard et Jean-François Revel (1997), l\'auteure a été introduite dans les arcanes du bouddhisme par une enseignante de français niçoise à la retraite, adepte des thérapies alternatives. Elle a pu ainsi enquêter pendant sept ans dans un centre du dharma dépendant de Sogyal Rinpoché. Elle a pu ainsi enquêter pendant sept ans dans un centre du dharma dépendant de Sogyal Rinpoché.

Le paysage qu’elle nous décrit ne correspond guère aux cartes postales d’amour et de douceur véhiculées par nos médias sur le Dalaï Lama. Il s’agirait plutôt d’un monde concentrationnaire où «l’infaillibilité lamaïque» tyrannise les adeptes conditionnés à intérioriser leur infériorité par la culpabilité, à réduire du champ lexical pour limiter la capacité à nommer le réel, bref : à emprunter toutes sortes de voies d’aliénation, très finement analysées par l’anthropologue.

Celles-ci permettent ensuite aux apprentis dictateurs que sont les gourous «éveillés» d’aller jusqu’à user ouvertement de violence physique (par exemple agripper les cheveux d’un adepte préposé aux basses besognes, trop lent à s’acquitter de ses tâches dans une cérémonie publique en lui criant «Je suis ton maître tu es mon esclave»), et développer des systèmes choquants d’exploitation financière, morale et sexuelle des adeptes.

Marion Dapsance explore quelques causes historiques du malentendu occidental à propos du bouddhisme tibétain : celui-ci, explique-t-elle, n’a jamais été une sagesse sans divinité et sans sorcellerie. Le bouddhisme «relooké» compatible avec la philosophie des Lumières est une invention de l’orientaliste Eugène Burnouf dans les années 1840, un mythe séduisant ; comme le néo-paganisme d’une Helena Blavatsky, il s’agit surtout d’une machine de guerre contre le christianisme qu’une partie de l’intelligentsia européenne ressent depuis trois siècles comme une chape de plomb, mais cet artéfact idéologique n’est en rien conforme aux ressorts profonds du bouddhisme originel, ressorts qui viennent en quelque sorte sauter à la figure des gens dans la pratique quotidienne (sectaire) sur laquelle débouche le lamaïsme, en France comme ailleurs.

Le témoignage est précis, objectif, et sincère. Il se livre sans langue de bois, et dans un langage accessible au grand public conformément à la ligne éditoriale des éditions Max Milo. A ce titre, il est une pièce utile apportée au débat sur les croyances religieuses des classes moyennes urbaines occidentales, et leur aveuglement.

Peut-il pour autant faire évoluer en profondeur le regard sur le bouddhisme ? On peut raisonnablement en douter. Sa limite est qu’il se rattache à la culture universitaire occidentale qui est sceptique, individualiste et rationaliste. Marion Dapsance confesse ne pas croire aux déités bouddhiques, blâme les adeptes de tenter de réduire sa prétention à critiquer le gourou au nom de son karma (comme s’il était par définition illégitime de renvoyer au locuteur aux déterminations de son discours antérieures à sa naissance), dénonce la position inférieure des femmes dans le culte, autant de critiques qui, elles-mêmes, procèdent d’un univers culturel laïque (séculariste) occidental fondé lui aussi sur des croyances contestables et porteur de sources d’aliénation et d’immoralité que n’interroge pas l’anthropologue.

En tant que livre de laïque écrit pour des laïques, le livre peut ainsi paraître peu susceptible de détourner des bouddhistes endoctrinés de leur servitude volontaire, et pas forcément de nature non plus à contrebalancer la tibétophilie ambiante (car les pratiques des inconditionnels de Sogyal Rinpoché pourront toujours passer pour de simples exagérations du bouddhisme). Mais s’il jette au moins une petite ombre sur les icônes officielles trop lumineuses en provenance des cimes de l’Himalaya, l’ouvrage n’aura quand même pas été écrit en vain.


Christophe Colera
( Mis en ligne le 10/10/2016 )
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