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Me, Myself, I
Christian Laval   L'Homme économique
Gallimard - TEL 2017 /  12 € - 78.6 ffr. / 400 pages
ISBN : 978-2-07-273924-8
FORMAT : 12,5 cm × 19,1 cm
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. «L’idée que l’individu est gouverné par son intérêt et que sa conduite se confond avec un calcul de maximisation ne s’est jamais arrêtée au seul domaine économique stricto sensu. C’est bel et bien une écono­mie générale de l’humanité qui s’est imposée, selon laquelle ce sont toutes les relations humaines qui sont régies par la considération de l’utilité personnelle», écrit Christian Laval dans son introduction. Ce qu'il appelle «l'Homme économique». L'homme économique n'est donc nullement restreint à la sphère de la production proprement dite.

C'est tout le problème de la défense de l'individualité subjective occidentale alors qu'elle est le substrat du capitalisme même, que Christian Laval pose dans cet essai : un renversement, passage d'une transcendance à une immanence intégrale. Ce renversement s'est opéré par le jeu d'une économie qui devait faire éclater la morale ancienne pour accoucher d'une théologie, nouvelle norme à visée scientifique. L’égoïsme, condamné par la transcendance ou l’ancien régime, sert de substrat à cette économie, seule base des relations morales et politiques : ce «bien» nourrit en fait la guerre de tous contre tous.

Pour l’auteur, le concept maître est l’utilitarisme (ce que Marx appelait ''morale d’épicier''). Il ne s'agit pas d'un égoïsme strict dans le sens où l'on refuserait tout service aux autres, mais d'un «égotisme» qui induit toujours un rapport intéressé aux autres : le moi doit s’y retrouver, atteindre une satisfaction.

Christophe Laval discute les divers développements auxquels cet utilitarisme a donné cours. Il remonte le temps et trouve un point de jonction quand, durant la Réforme, la recherche du profit et de l’enrichissement privé a été légitimée sur le plan moral et religieux par la promotion d’une dimension de l’intérêt, autrement dit d’une éthique du travail et du profit. À partir de là, la nouvelle classe bourgeoise a réussi à consolider une doctrine morale solide. C’est l’apparition d’une conception de l’individualité (le moi intéressé) qui prend corps : un homme nouveau, calculateur rationnel. S’opère alors l’inversion des rapports de valeur entre utilité collective et intérêt particulier.

Christophe Laval met en perspective les différents auteurs qui ont peu à peu œuvré à cette cause : Mandeville (la Fable des abeilles : les vices privées sont la condition d’une société prospère), Adam Smith, Helvétius, John Locke, John Stuart Mill, Jeremy Bentham, etc. Il s’agissait de construire une politique étatique et individuelle sur la nature humaine en soi, non soumise à une loi transcendante. Il s’agissait aussi de s’appuyer sur le plaisir, les sensations (Bentham considère que l’unique principe de gouvernement est le plus grand bonheur du plus grand nombre) pour installer une telle doctrine, notamment l’idée de maximisation liée à un subjectivisme centré sur le primat du désir, écartant d’emblée toute norme sociale, morale, religieuse et politique. Dès lors, toutes les activités humaines relèvent d’une même logique, celle d’une action rationnelle maximisatrice.

Christian Laval discute avec une grande connaissance ces œuvres historiques tout au long de cet ouvrage riche et passionnant qui comporte néanmoins un certain nombre de «tunnels» qui, parfois, font perdre l’intérêt. On peut lui reprocher de ne pas analyser toutes les conséquences logiques de ce paradigme, notamment ce que Platon (ou même Marx) appelait la pléonexie, ce désir illimité d’accumulation. De même, on peut lui reprocher de ne pas considérer l’économie actuelle pour nous faire saisir toutes les implications de sa thèse. Ce n’était sans doute pas son objectif ; il se limite ici à l’histoire philosophique.


Yannick Rolandeau
( Mis en ligne le 24/11/2017 )
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