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Sciences, écologie & Médecine  ->  Ecologie & nature  
 

Le marxisme écologiste
Roland Charlionet   Luc Fouquier   L’Être humain et la nature, quelle écologie ?
Editions de la Fondation Gabriel Péri 2013 /  7 € - 45.85 ffr. / 205 pages
ISBN : 978-2-916374-71-0
FORMAT : 13,5 X 20,9 cm

L'auteur du compte rendu : Juriste, essayiste, docteur en sociologie, Frédéric Delorca a publié, aux Editions Le Temps des Cerises,  Programme pour une gauche française décomplexée (2007) et plus récemment aux Editions du Cygne, entre autres, Abkhazie, à la découverte d’une "République" de survivants (2010).
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Comme la plupart des secteurs de l\'opinion publique, le courant communiste a dû faire son aggiornamento en matière d\'écologie. Singulièrement dans l’Hexagone, le Parti communiste français, depuis le début des années 1990, souffrait d\'un handicap sérieux en la matière – handicap d’ailleurs souvent caricaturé - ayant été naguère le \"parti de la classes ouvrière\", lié à l\'essor industriel, au développement du nucléaire, à la planification soviétique ignorante de l\'écosystème : \"Selon Rakosy, si le sous-sol de Budapest résistait à la construction du métro c\'est qu\'il était contre-révolutionnaire\", rapportait en substance Sartre il y a un demi-siècle. Roland Charlionet (chargé de recherche à l’INSERM) et Luc Fouquier (ingénieur chercheur en écologie) s\'emploient aujourd\'hui à rectifier l\'image «prométhéenne» d’un marxisme réputé anti-écologique et au fond trop humaniste pour savoir ramener l’espèce humaine à sa juste dimension.

Marx et Engels, rappellent les auteurs, ont eux-mêmes su intégrer l’écosystème à leurs analyses. A partir de 1858-1860, par exemple, sous l’influence des nouvelles analyses de Liebig, ils deviennent très critiques du développement concomitant de l’agriculture et de l’industrie capitalistes et mettent en avant la notion de «rupture  métabolique» qui, selon eux, prépare le terrain à la pensée du développement durable. Dans le livre I du Capital, Marx en vient même à dénoncer le fait que «depuis un siècle et demi, l’Angleterre a indirectement exporté le sol irlandais, sans même accorder à ceux qui le cultivent les moyens de remplacer les composants du sol», et, dans le livre suivant, il s’insurge contre la déforestation. Reprenant Lucien Sève, Charlionnet et Fouquier estiment que la faculté de l’humain de se créer lui-même (sa capacité autopoïétique si l’on veut), dégagée par le marxisme, ne doit pas être en contradiction avec son environnement, mais au contraire permet de penser plus profondément l’interaction avec lui à partir d’une compréhension plus pertinente des processus de production. Empruntant également à Elisée Reclus, les auteurs cherchent à montrer comment une pensée de gauche qui met l’intérêt commun au-dessus de la recherche du profit individuel est la seule voie susceptible d’échapper au naufrage écologique du capitalisme.

Après avoir examiné l’évolution technologique de l’humanité depuis ses origines, les auteurs esquissent une analyse «critique (mais bienveillante)» du développement durable. L’objectif du livre n’est pas d’être exhaustif dans le domaine de l’écologie, mais d’aborder quelques-unes des questions parmi celles qui sont le plus controversées (par exemple, les plantes génétiquement modifiées et l’énergie…) tandis qu’il accorde une large place à des analyses peu souvent élaborées dans le cadre du développement, telles que le défi du progrès des connaissances scientifiques et techniques (qui constitue la troisième partie du livre), contre la privatisation du savoir et de la recherche par les multinationales.

Qu’il adhère aux sources philosophiques de la pensée des auteurs, ou qu’il soit en désaccord avec ses aspects essentiels ou secondaires (par exemple avec l’idée que Roland Charlionet et Luc Fouquier avancent que les besoins humains ne sont que des «constructions sociales», antiennes très répandues dans les sciences sociales contemporaines, au-delà même de la sphère marxiste, et auxquelles la psychologie évolutionniste a fait un sort), le lecteur ne manquera pas de reconnaître l’apport novateur de nombreuses idées qui s’inscrivent dans la sorte de troisième voie qu’essaie de tracer la mouvance marxiste entre le désordre néolibéral et le conservatisme nostalgique de certains écologistes intégristes.

L’idée d’«économie circulaire» que les auteurs avancent permet en effet de réconcilier les principes du progrès humains avec la soutenabilité écologique. Elle englobe de nombreuses pistes de réflexion sur le processus productif : l’écoconception (la conception des produits non pour leur seule fonction propre mais aussi pour les préparer à leurs vies ultérieures après l\'usage initial), la définition d’un processus d’urbanisation qui remette «en cause les dogmes traditionnels de zonage, basés sur la séparation des activités (production, habitation, loisir)», l’utilisation intelligente des OGM et des nanotechnologies (en les soustrayant aux intérêts oligopolistiques ou monopolistiques de groupes comme Monsanto), etc.

Le livre de Roland Charlionet et Luc Fouquier, écrit dans un style très clair et didactique, constitue ainsi une belle synthèse de pistes de réflexion stimulantes, et une contribution très importante au débat démocratique contemporain sur un choix de société auquel l’humanité ne peut plus se dérober.


Frédéric Delorca
( Mis en ligne le 24/09/2013 )
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