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Favorinus, Polémon et alii
Maud Gleason   Mascarades masculines - Genre, corps et voix dans l’Antiquité gréco-romaine
Epel - Les Grands classiques de l'érotologie moderne 2013 /  40 € - 262 ffr. / 326 pages
ISBN : 978-2-35427-027-8
FORMAT : 13,5 cm × 20,5 cm

Sandra Boehringer, Nadine Picard (Traduction)

Florence Dupont (Postface)

L'auteur du compte rendu : Sébastien Dalmon, diplômé de l’I.E.P. de Toulouse, titulaire d’une maîtrise en histoire ancienne et d’un DEA de Sciences des Religions (EPHE), est actuellement conservateur à la Bibliothèque Interuniversitaire de la Sorbonne à Paris, où il est responsable du CADIST Antiquité. Il est engagé dans un travail de thèse en histoire sur les cultes et représentations des Nymphes en Grèce ancienne.

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Huit ans après avoir proposé une traduction du maître-livre de John J. Winkler (Désir et contraintes en Grèce ancienne, Epel, 2005), Sandra Boehringer (maîtresse de conférences en histoire grecque à l’Université de Strasbourg) et Nadine Picard offrent chez le même éditeur et dans la même collection (\'\'Les grands classiques de l’érotologie moderne\'\') celle d’un ouvrage de Maud Gleason, Making Men : Sophists and Self-Presentation in Ancient Rome, publié en 1995 chez Princeton University Press. Maud Gleason, professeure à l’Université de Stanford où elle dirige le département des études classiques, n’est en effet pas sans points communs avec John J. Winkler et Sandra Boehringer elle-même (auteure d’une thèse sur L’Homosexualité féminine dans l’Antiquité grecque et romaine, publiée aux Belles Lettres en 2007), tous trois ayant travaillé sur les problématiques du genre, de la sexualité et du corps dans l’Antiquité classique. Maud Gleason s’intéresse plus particulièrement dans ses recherches à la culture grecque à la période impériale ; elle a notamment travaillé sur la question du corps chez Galien et Jérôme, et plus largement sur le genre et l’identité, la mise en scène de soi et la religion.

Dans cet ouvrage, elle s’intéresse à l’art oratoire, surtout en tant que pratique physique mobilisant le corps et la voix. L’apprentissage de la rhétorique constituant une composante du processus d’éducation et de socialisation masculines, et l’orateur incarnant un idéal de masculinité et de culture, l’analyse utilise en toute logique l’outil du genre. La traduction française est suivie d’une postface inédite de Florence Dupont sur «Les multiples vies de Favorinus d’Arles», personnage remarquable auquel s’intéresse Maud Gleason dans plusieurs pages de ce livre. Philosophe et sophiste du IIe siècle ap. J.-C., il semble avoir été ce que l’on appellerait aujourd’hui un intersexe – peut-être un cas antique du syndrome de Reifenstein, trouble endocrinien entraînant une virilisation incomplète chez un individu génétiquement masculin. Le style chantant qu’il pratiquait, avec sa voix haut perchée et sa douce séduction, était fort apprécié par certains publics du IIe siècle et tout aussi vivement critiqué par d’autres qui y voyaient un signe d’effémination et de décadence. S’opposait particulièrement à lui une autre célébrité de l’éloquence de la Seconde Sophistique, Polémon de Laodicée, fort versé en physiognomonie, à la personnalité beaucoup plus conventionnelle et normative dans sa virilité affirmée. Favorinus et Polémon incarnent en fait pour Maud Gleason deux pôles opposés d’une posture masculine possible. Ils font ainsi tout naturellement l’objet des deux premiers chapitres.

Le chapitre premier, «Favorinus et sa statue», étudie la présentation que le personnage fait de lui-même dans son Discours aux Corinthiens. Le sophiste avait perdu son crédit auprès de l’empereur Hadrien, et les habitants de Corinthe, prenant acte de cette défaveur, avaient démonté la statue qu’ils avaient érigée en son honneur du temps de sa gloire. Favorinus demande au public d’imaginer le procès de sa statue, prenant le rôle de l’avocat de la défense, et parfois même celui de la statue, pour ne pas paraître faire l’éloge de lui-même. Le deuxième chapitre, «Polémon et la construction de son image publique», nous présente le rival de Favorinus, personnage public et physiognomoniste sachant déceler la véritable personnalité des gens à partir de leur seule apparence physique. Maud Gleason y étudie la façon dont le sophiste se présente lui-même comme un personnage public reconnu, s’appuyant sur son propre traité où il se pose en maître mystérieux sachant décrypter la présentation de soi des autres. Le traité de physiognomonie de Polémon et ceux de ses prédécesseurs sont étudiés dans le troisième chapitre, «La posture comme langage : physiognomonie et sémiotique du genre». L’auteure y montre que les critères de genre étaient utilisés comme principes ordonnateurs des catégories utilisées, afin de classer les différences humaines en hiérarchies et en oppositions claires.

Le quatrième chapitre, «De l’air dans la chair : exercices de la voix et gymnastique du genre», explore les exercices vocaux qui avaient autant d’importance que les pratiques sportives dans le soin prodigué par les élites masculines à leur corps au IIe siècle ap. J.-C. La voix permettait à l’individu d’affirmer et de défendre son statut, révélant ou au contraire dissimulant son lieu de naissance, ses origines sociales et les enseignements qu’il avait suivis. La voix devenait même l’instrument de la maîtrise de soi, et l’entraînement à la rhétorique était considéré comme une discipline ayant des effets sur la santé. Le cinquième chapitre est intitulé «Voix et virilité chez les théoriciens de l’art oratoire». Dans un premier temps, il explore les conceptions sur le bon et le mauvais usage de la voix (et ses effets sur la dignité masculine) chez l’auteur anonyme du Ad Herennium, Cicéron, Quintilien et les deux Sénèque. Dans un second temps, il met en lumière les stéréotypes de la rhétorique tantôt «hypermasculine», tantôt «efféminée», chez Aelius Aristide et Lucien. Maud Gleason opère un retour à Favorinus d’Arles dans le sixième et dernier chapitre, «Le discours viril, ou comment le philosophe-eunuque construit sa masculinité». Elle y établit ce que les autres auteurs ont fait de lui (Lucien sur le mode du blâme, Aulu-Gelle sur celui de l’éloge) : un éloquent philosophe-sophiste paradoxal qui n’est même pas physiquement un homme viril.

Bien que s’adressant prioritairement aux antiquisants – et surtout ceux étudiant la Seconde Sophistique – , ce livre sera également plus largement utile à tous ceux s’intéressant aux études de genre, sans parler de l’histoire de l’éducation ou celle de la rhétorique. La traduction de Sandra Boehringer et Nadine Picard apporte une réelle valeur ajoutée par rapport au texte original, mentionnant les traductions françaises d’ouvrages cités par Maud Gleason, mais aussi d’autres compléments bibliographiques au fil des notes, notamment sur des sources nouvellement traduites en français.


Sébastien Dalmon
( Mis en ligne le 01/10/2013 )
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       de Sandra Boehringer
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       de Sandra Boehringer , Louis-Georges Tin
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