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Musique & Spectacles  ->  Variété française  
J’suis chanteur…
de Nicolas  Morin
Olivi 2008 /  18.75   € - 122.81 ffr.
Durée film 105 mn.
Classification : Tous publics

Année de production, Pays : 2007, France

Version : 1 DVD/Zone 2
Format vidéo : 16/9 compatible 4/3 (couleurs)
Format audio : Français (Dolby Digital 2.0)
Sous-titres : Aucun

DVD Edition Collector
- Concert + Bonus

CD du concert

L'auteur du compte rendu : Essayiste, romancier, Jean-Laurent Glémin est titulaire d’un troisième cycle en littérature française. Ayant travaillé notamment sur les sulfureux Maurice Sachs et Henry de Montherlant, il se consacre aujourd’hui à l’écriture de carnets et de romans. Il n’a pas publié entre autres Fou d’Hélène, L’Imprésent, Fleur rouge, Chair Obscure, Continuer le silence.

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Avant de s’intéresser à ce concert de qualité, il serait utile de revenir brièvement sur la carrière de Jean-Luc Lahaye, ce chanteur à succès des années 80, qui, jusqu’à la sortie de son album Gloria en 2004, a connu une traversée du désert tout en récoltant dans la presse à scandales quelques papiers sulfureux.

Pour comprendre l’itinéraire de cet enfant de la DDASS, il faut remonter à l’année 1986. Terrible année pour le show-business, Balavoine, Coluche et Le Luron disparaissent tragiquement. Ami des deux premiers, Lahaye, lui, connaît un engouement sans précédent. La sortie de son troisième album, Flagrant délit de tendresse, est un succès phénoménal, il est déjà disque d’or en pré-commande, c’est-à-dire avant qu’il ne sorte ! Et pour preuves, «Djemila des Lilas» et «Il faudrait que tu reviennes» sont deux tubes incontestables. Lahaye s’est fait connaître quatre ans auparavant en enchaînant coup sur coup deux albums : Appelle-moi Brando (avec son premier grand succès : «Femmes que j’aime»), puis Peur (avec là encore la célèbre balade «Papa chanteur»). 1986 toujours, il raconte dans une épaisse et passionnante autobiographie ses déboires d’adolescent orphelin, parachuté de familles d’accueil en foyers pour jeunes délinquants. Cent familles bat tous les records de vente (à ce jour, il fait partie des plus grosses ventes de librairie en France) avec plus d’un million de livres écoulés. A 28 ans, c’est une - si ce n’est la - star montante des années 80.

Puis, tout s’écroule très vite : un album qui marche moins (En vol !), une chaîne privée qui le licencie alors que son émission battait des records d’audience, et notre Jean-Luc tombe de haut. On le comprend. C’est curieusement là que son parcours artistique, à défaut du succès, prend une dimension plus intéressante. Dans l’anonymat, une série d’albums va voir le jour : Paroles d’homme en 1991, Parfum d’enfer en 1994, Rendez-vous en 1997, puis, après sept ans d’absence, Gloria, en 2004, qui lui permit de retrouver l’Olympia pour une soirée exceptionnelle. Plusieurs pointures l’aident dans ses démarches toutes originales et personnelles : Michel Mallory, Jean-Paul Dreau, Alain Dopouridis lui permettent d’enregistrer des titres rock, sombres, mélodiques, flirtant avec l’album concept, l’opéra rock ou encore la techno-pop. Lahaye écrit des textes non dénués d’intérêt, touchants, et les interprète de manière singulière, du haut de sa voix grave et suave. Car il est avant tout un interprète de talent. En 2004, il revient à ses premiers amours en réalisant un album plus «chanson française». Ce qui nous amène directement à cette fameuse soirée de décembre 2004.

Parfois maladroit, mais jamais flambeur, il interprète son dernier album ainsi que ses plus grands succès réorchestrés pour l’occasion avec un ensemble électro-acoustique de taille : basse, guitares, piano, batterie mais aussi cordes et cuivres s’accordent subtilement à la tonalité du spectacle où choristes et danseuses viennent se relayer durant les ballades romantiques ou les chansons plus dures. Visuellement, le spectacle est très cadré car l’Olympia ne permet pas trop de liberté de mouvement, la salle ne proposant que deux milles places. Tout est ajusté et Lahaye sait aussi se fondre parmi ses musiciens afin de donner au public une vue d’ensemble. Les lumières sont belles, suivant le rythme soutenu des enchaînements musicaux. Cette sobriété permet aussi de s’attacher exclusivement à la musique.

Question chansons, Lahaye a su puiser intelligemment dans son répertoire et dans celui de ses collègues (Sardou, Polnareff). S’il ne peut passer à côté de standards des années 80 comme «Femme que j’aime» (réorchestré pour l’occasion), «Papa chanteur» (émouvante), «Débarquez-moi» (avec un clin d’œil à son émission télé) ou encore «Plus jamais» (chanson poignante), il se réapproprie deux titres de Sardou et de Polnareff, histoire de se greffer dans la lignée de ces deux géants, puis complète avec des titres du dernier album ainsi que deux ou trois chansons méconnues comme «Si tu pars» ou «J’étais déjà fou». N’oublions pas la présence d’un morceau inédit écrit par Gérard Berliner : «La Casse».

Lahaye est victime de son image de «Chanteur à minettes» et des faits divers qui l’ont conduit parfois devant la justice. En réalité, et en faisant cavalier seul, il essaie juste de continuer son métier le mieux possible, loin des promotions affolantes et des plateaux de télé-réalité. Sur scène, il est sobre, chante juste (ce qui est de plus en plus rare de nos jours), et offre à un public pour le moins très divers, un spectacle sensible, un tour de chant honnête, bref, une bonne occasion d’écouter de la chanson française de qualité. Vocalement, Lahaye n’a pas changé, et tient bien la route. Sobriété une fois de plus, car 17 ans après son dernier passage à l’Olympia, il sait enchaîner les chansons et parler de temps en temps à son public, non sans humour à son endroit. Ce spectacle devrait inciter certains à redécouvrir la discographie du chanteur dont on ne parle pas assez ou que l’on catalogue assez vite du côté de la mièvrerie. Et du coup d’aller le voir aussi sur scène.


Jean-Laurent Glémin
( Mis en ligne le 21/03/2008 )
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