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Littératureet Romans & Nouvelles  

La Vie parfaite
de Silvia Avallone
Liana Levi 2018 /  22 €- 144.1  ffr. / 400 pages
ISBN : 979-10-349-0016-9
FORMAT : 14,2 cm × 21,0 cm

Françoise Brun (Traducteur)

Lorsque l’enfant paraît

Ce moment incroyable, douloureux et merveilleux pendant lequel une femme devient mère nous est conté sous la plume efficace de Silvia Avallone. La Vie parfaite, titre antinomique à la réalité décrite ici...

La jeune Adèle, dix-sept ans, abandonnée par son compagnon Manuel, sous les verrous pour avoir frayé avec la mafia, accouche le jour de Pâques. Vivant misérablement avec sa mère et sa sœur, va-t-elle pouvoir garder sa petite fille ou l’abandonnera-t-elle par force ?...

Dora, elle, est l'épouse en apparence heureuse de Fabio ; elle est obsédée par son désir d’enfant. Entre les deux femmes, on trouve Zeno (référence à l'incontournable Conscience de Zeno d’Italo Svevo) : Dora est son professeur de lettres au lycée, Adèle est sa voisine et amie. Nous sommes à la périphérie de Bologne, dans des appartements insalubres d’un ensemble de tours décrépies. Les habitants sont livrés à des promoteurs véreux, la drogue est là, les gens vivent comme des rats, dans la misère et la promiscuité. C’est la banlieue, zone de non droit et sans espoir. Dora vit au contraire dans un beau quartier qui lui donne l’illusion du confort... mais son corps et son esprit réclament un enfant.

Les deux jeunes femmes se raccrochent à Zeno quand leur mal être est exacerbé et que tout va mal. Dora considère son cas comme une injustice profonde, accentuée par l’infidélité de son mari, lui-même hanté par ses propres complexes. Quant à la pauvre Adèle, elle survit, honteuse de son apparence qu’elle ne peut dissimuler à des voisines peu charitables. Zeno apporte sa lumière au récit qui pourrait être celui d'un film néoréaliste italien. Brillant esprit, il comprend, écoute, tout en soignant sa mère dépressive. Lui aussi, depuis neuf mois, connaît une gestation ; il mûrit un roman qui pourrait être celui d’Adèle et deviendrait La Vie parfaite.

Silvia Avallone écrit sans complaisance mais sans vulgarité, sur une femme italienne marginalisée : «Ces monstres, là-bas, vous les voyez ? Ces tours ? Elles sont en grande partie squattées. Et cette horreur à côté qui fait un kilomètre, ce bâtiment plus bas, squatté, lui aussi : habitat populaire incontrôlé. Alors qu’ici (…), personne n’a envie d’y mettre les pieds, à part les rebuts de la terre».

Comment traverser les murs de ce ghetto, quel avenir pour des enfants qui reproduiront les schémas parentaux, les mères seules dépassées, les pères absents ou violents. Une naissance est-elle toujours une bonne nouvelle ?...

Réaliste, triste : un récit poignant.

Eliane Mazerm
( Mis en ligne le 09/04/2018 )
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