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Bunker palace hôtel de Enki Bilal avec Jean-Louis Trintignant, Maria Schneider, Roger Dumas, Carole Bouquet TF1 Vidéo 2005 / 3.82 € - 24.99 ffr. Durée film 95 mn. Classification : Tous publics Sortie cinéma, Pays : 1989, France Version : DVD 9/Zone 2 Format vidéo : 16/9 compatible 4/3 Format image : 1.85 (couleur) Format audio : Français (Dolby Digital 5.1, DTS 5.1) Bonus : Bande annonce Commentaires audio de Enki Bilal Le coffret est constitué de deux films de Enki Bilal : Bunker palace hôtel et Immortel (ad vitam) Une ville en guerre, un ciel gris et bas, une pluie blanche qui recouvre tout. Dans cette atmosphère crépusculaire, de sombres silhouettes se glissent au pied des immeubles. Des hommes, sanglés de pardessus noirs et tenant chacun une valise, se dirigent vers une destination connue d’eux seuls. L’un après l’autre, ils empruntent un mystérieux train, puis, après un voyage indéterminé, disparaissent dans un énorme ascenseur. Celui-ci les dépose loin sous terre : un dédale de marbre vert et gris, aux larges couloirs vides, aux colonnades massives qui n’ouvrent sur rien, une piscine à l’eau brune et dont on ne voit pas le fond, et des chambres froides où trône face au lit un téléviseur éteint. Ces hommes, ils se connaissent tous, même s’ils ne se sont pas vus depuis des années et si certains veulent secrètement la mort des autres. Ils ont tous été, il y a bien longtemps, des révolutionnaires, puis des hommes d’Etat, puis les apparatchiks accrochés au pouvoir qu’ils sont aujourd’hui. Ils se sont battus, ils ont fait de grandes choses et commis des crimes, d’abord pour la cause, ensuite pour leur seul pouvoir ou leur seule ambition. Aujourd’hui ils sont tous réunis à des kilomètres sous terre, pendant qu’à la surface la guerre fait rage, et ils attendent leur chef, le président, celui qui les a tous fait venir, celui qui a fait d’eux ce qu’ils sont, celui dont ils attendent les instructions. Sur un canevas extrêmement proche de Partie de chasse, album réalisé avec le même Pierre Christin, on retrouve tous les thèmes – faut-il dire les obsessions ?- chers à Bilal. Ce monde totalitaire gris et froid, où glissent de lourdes limousines démodées, véhiculant de sombres personnages sanglés dans de noirs manteaux, fait bien sûr référence aux régimes totalitaires de l’Est. De l’aveu de l’auteur lui-même, cette proximité n’était pas voulue au départ, mais le tournage à Sofia, en Bulgarie, a rendu le fait inévitable. C’est le pouvoir absolu d’un petit nombre, sa folie et sa cruauté absurde, qui intéresse Bilal. Le propos se veut universel, quasi scientifique : soit un petit groupe d’apparatchiks âgés, ayant tout partagé la conquête puis l’exercice du pouvoir il y a de longues années, maintenant vieux et isolés dans un refuge clos d’où ils assistent à la fin de leur monde ; observons les s’entre-déchirer, entrer en déliquescence et finalement disparaître, victimes de leur propre folie du pouvoir. Cette tâche d’entomologiste politique peut paraître morose ou pénible ; elle nécessite en tous les cas un certain goût pour la déréliction, à l’image de ce corbeau perché au dessus de la piscine de l’hôtel, qui assiste silencieusement au naufrage… On est en droit de ne pas partager cette fascination pour la pourriture, et par conséquent de trouver l’agonie un peu longue, c’est là la principale faiblesse du film. Car il y a beaucoup d’ambition dans cet exercice de style : orchestrer la fin d’un monde, et le faire sous la forme d’un huis-clos peuplé de monstres enfermés ensembles, dans un temps et un espace aux dimensions réduites. Le défi n’est qu’à moitié réussi. Trop de dialogues sont inutiles (ou mal interprétés !), trop de scènes sont maladroites pour qu’on prenne à ce spectacle davantage qu’un intérêt poli et de curiosité. Le personnage joué par Carole Bouquet, déguisée pour l’occasion en clandestine post-punk aux cheveux rouges, a bien du mal à sortir de la décoration. C’est l’éternelle héroïne mystérieuse et fatale de Bilal (La femme piège), qui, à force de se donner des airs mystérieuse et fatale, finit par en perdre toute épaisseur. Reste l’atmosphère troublante créée par le tempo ralenti et les décors massifs, quelques personnages impressionnants (une très inquiétante nurse automate, un politicien disgracié qui se venge, un barman rayé) et tout le charme diaboliquement pervers de Jean-Louis Trintignant, qui porte le film sur ses épaules. Enki Bilal, dans les commentaires audio, commente « à chaud » le film qu’il n’a pas vu depuis des années, au fur et à mesure de son visionnage. L’exercice lui permet de préciser l’historique du projet (qui devait d’abord être un court métrage) et les intentions qui étaient les siennes à l’origine. Il livre des anecdotes et explique certains choix de mise en scène, tout en prenant la mesure de l’âge du film, et de la distance qui le sépare du Bilal réalisateur aujourd’hui. Jean-Baptiste Perret ( Mis en ligne le 10/10/2005 ) |
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