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Les coupables
Boualem Sansal   Le Train d'Erlingen - ou La métamorphose de Dieu
Gallimard - Blanche 2018 /  20 € - 131 ffr. / 256 pages
ISBN : 978-2-07-279839-9
FORMAT : 14,2 cm × 20,5 cm
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Serait-il devenu «L’étranger» du pays natal qu’il habite au risque de sa vie, et où ses écrits, tous en langue française, jugés provocateurs, sont frappés d’interdit ? Avec A. Camus, son voisin Rue Darwin, en plein centre d’Alger, Boualem Sansal avait pourtant connu tolérance et partage entre les diverses communautés avant que la soif de pouvoir des hommes, sous couvert de religion, en décide autrement. Ce thème cimente sa production littéraire récompensée à plusieurs reprises en France et en Allemagne depuis son premier roman Le Serment des barbares, paru en 1999.

Grand Prix du roman de l’Académie française en 2015 pour son ouvrage 2084. La fin du monde, Boualem Sansal récidive à travers Le Train d’Erlingen ou La métamorphose de Dieu, publié peu avant l’annonce du Président Bouteflika de briguer un cinquième mandat. Invité à présenter son ouvrage sur plusieurs media (France Inter, France Culture, ONPC, LGL, 28 minutes Arte…), l'auteur confirme son combat résolu de l’esprit contre les divers déguisements politiques et religieux de l’obscurantisme dont l’islamisme selon lui fait partie.

L’originalité de ce nouveau texte réside d’abord dans sa construction pseudo épistolaire en deux parties, a priori distinctes quant aux lieux et aux époques, qui, contre toute attente, finissent par se rejoindre au nom des répétitions supposées de l’Histoire, annonciatrices de chaos. Deuxième point fort : la maîtrise de l’écriture alliant les raffinements de la langue écrite aux tournures du «parler» quotidien. Troisième atout : l’étendue et la diversité de l’érudition discrètement introduite ; le propos est en effet nourri d’œuvres littéraires et/ou cinématographiques majeures, dont celles de D. Buzati, F. Kafka, C.V. Ghorghiu, O. Welles… et d’H.D. Thoreau, auteur plus méconnu. Beaucoup d’humour manié au ixième degré et une grande liberté d’expression et de pensée - que figurent notamment les variations de polices de caractère et les découpages d’apparence fantaisiste du texte -, contribuent en outre à enchanter et/ou désarçonner le lecteur.

Que de clins d’œil ironiques après 2084 à travers cette nouvelle prédiction de fin du monde, à la fois espérée et redoutée par les riches habitants d’un village allemand d’hier, ou subie par ceux d’une actuelle et prosaïque banlieue parisienne, sur fond de paranoïa généralisée dont on ne sait plus qui sont les envahisseurs ni les victimes, mais où les femmes, toutes-puissantes mères et/ou maquerelles universelles comme dans Rue Darwin, jouent un rôle majeur. Sans oublier, nous rappelle l’auteur, qu’à des fins d’emprise et d’enrichissement personnels tous les privilégiés, célèbres ou anonymes citoyens, de tout temps et partout «à genoux devant le «Dieu Argent»», prêtent — ou ont prêté — main forte aux pires exactions afin d’accroître leurs privilèges. Le lecteur l’aura compris : «Erlingen», lieu fictif de consonance germanique, a pour fonction de dénoncer les dérives, notamment capitalistes, des régimes totalitaires dont les gouvernements successifs continuent à se rendre coupables.

Bien que ce parallèle osé entre Allemagne nazie et Algérie islamisée, déjà évoqué dans Le Village de l’allemand, aie suscité bien des critiques, B. Sansal poursuit à l’instar de H.D. Thoreau son devoir de Désobéissance civile à l’encontre des nouvelles formes de barbarie au service des puissants, d’après lui inchangées dans le fond. C’est à travers le prisme des crimes passés qu’il éclaire, entre autres, d’actuels mouvements migratoires de masse et les massacres récemment commis par l’«envahisseur» à Paris et ailleurs au nom de l’Islam. «Ils sont partout» : cette formulation, tout comme la métaphore du train, exhument de douloureux souvenirs.

Fourmillant d’idées au point de générer par moment le vertige, riche de son expérience scientifique de polytechnicien et d’économiste, l’auteur démontre à travers ce conte cruel comment les impostures et les distorsions les plus perverses mises au service de systèmes politiques corrompus peuvent venir troubler les frontières entre fiction et réalité, entre hier et aujourd’hui, et bousculer les certitudes de demain.


Monika Boekholt
( Mis en ligne le 07/12/2018 )
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