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Si c'est une femme...
Yu-Kyeong Kim   Le Camp de l'humiliation
Philippe Picquier 2019 /  23 € - 150.65 ffr. / 363 pages
ISBN : 978-2-8097-1391-6
FORMAT : 12,9 cm × 20,5 cm

Yeong-Hee Lim (Traducteur)
Stéphanie Follebouckt (Traducteur)

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Corée du Nord. Prenons un citoyen exemplaire, Wonho, journaliste, fils d'un serviteur dévoué du parti, marié à une musicienne charmante, Su-Ryeon. Il vit près de sa mère, également musicienne, et appartient à l'élite de la société nord coréenne... Aussi ne la remet-il pas en cause, et, même, son vœu le plus cher serait d'entrer au parti et d'accéder à l'élite politique du régime. Un citoyen modèle donc...

Mais un soir, Wonho rentre chez lui et découvre une scène d'apocalypse : sa femme arrêtée, son appartement bouleversé, lui-même embarqué sans ménagement par la police politique, les bowiwon. Sans procès ni tribunal, ni crime apparent, la petite famille est emmenée dans un camion jusqu'à un camp de travail perdu dans une montagne belle et rude. Progressivement, on comprend que le criminel serait le père de Wonho, qui a fait défection en Corée du sud, condamnant sa famille à l'enfer. Car le camp est un enfer, de travail, de famine, de froid, de saleté, de misère... En quelques mois, la famille de Wonho passe en mode survie, abandonne ses habitudes raffinée et ne lutte que pour manger.

Cette histoire serait toutefois banale si le démon de l'amour ne s'en mêlait pas... car Su)Ryeon, la femme de Wonho, retrouve par hasard au camp un homme qui l'a connue naguère et qui en est resté profondément amoureux. Si elle a oublié ce soupirant trop timide, Min Kyu, lui, est toujours énamouré de cette jeune femme, désormais criminelle au regard du régime. Or Min Kyu n'est pas n'importe qui, c'est un bowiwon, l'un des responsables du camp... un homme partagé entre sa fonction et ses sentiments. Min Kyu va donc s'efforcer de soutenir, aider... et pourquoi pas séduire Su Ryeon, défiant par là les normes du mariage, de la société, de la politique et de la Corée du Nord. Cela peut-il bien se passer ? Et quelles sont les solutions de survie ?

La Corée du Nord reste l'exemple le plus proche de ce que l'on définie comme une dystopie, l'envers de l'utopie : une dictature incohérente, menée par des normes arbitraires et surannées, qui a érigé la paranoïa et le collectivisme forcené en mode de vie. Rescapée de cette réalité hélas pas alternative, l'auteur, Kim Yu-Kyeong, en dresse un tableau terrifiant à partir de ce qui est finalement le symbole et la métaphore du régime, le camp de travail. Tout y passe et le lecteur va vivre pendant quelques temps le quotidien d'une famille de prisonniers comme celui d'un gardien. Avec en arrière-plan la question de l'issue. Si ce système concentrationnaire constitue, en soi, un motif de roman, version coréenne des récits de Soljenitsyne, c'est plus encore les dynamiques humaines, la psychologie des divers protagonistes, la conception même de la faute (politique, culturelle, sociale, etc.) qui traverse ce roman.

Avec ce texte, on bascule non seulement dans une autre réalité, mais surtout dans un drame de la jalousie au cœur d'un petit enfer. Pour ceux que la Corée du Nord interroge, et que la littérature des camps ne rebute pas, mais aussi pour les amateurs de drame psychologique dense, dans un contexte à la fois fouillé et singulier, ce récit bien écrit, bien pensé et bien traduit est une véritable mine, et permet de saisir, dans l'horreur d'un camp de travail coréen, la manière dont les cœurs et les esprits sont, comme les corps, anéantis et aliénés par ce système.


Gilles Ferragu
( Mis en ligne le 18/02/2019 )
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